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JOHNNY... ROYAL

Soixante balais passés, quarante années et des poussières de carrière, une vie de fou, et le voilà une fois de plus en tournée devant un public aussi fidèle que jamais inassouvi de venir à sa messe… Quatre générations parmi ces 8500 personnes entassées comme des sardines dans cette cathédrale toulonnaise… Qui dit mieux ?
Le seul changement est que le public, s’il est toujours fervent, s’est quelque peu calmé devant l’idole… Est-ce l’âge ? Il s’est assagi, chante toujours à l’unisson avec l’idole, hurle toujours son amour mais peut-être résiste-t-il moins au temps que ce Phénix toujours aussi superbe !
Un grand rideau de camouflage puis la musique et des hélicoptère vrombissent, une ombre qui monte du sous-sol et Johnny, superbe, dans un manteau noir, statue au regard laser dont le bleu acier est entretenu par un savant maquillage, apparaît dans un décor anachronique pour un rocker : Mi-musée Grévin, mi-théâtre italien à l’abandon, de grands rideaux rouges qui ont l’air d’avoir cent ans encadrant un écran géant, deux immenses escaliers… On se croirait chez Hamlet qu’il a failli un jour interpréter.
La voix… Que dire de cette voix qui n’ait déjà été dit ? L’âge passant, elle s’est endurcie, elle est là, omniprésente, comme l’artiste, à la fois forte, puissante et modulée.
Le manteau enlevé, le voici en hussard pailleté, magnifique et étrange à la fois, bien campé sur ses jambes, micro à la main ou guitare en bandoulière, c’est un seigneur majestueux, un vrai, un beau, un grand seigneur. C’est un mythe vivant qui va nous offrir des chansons qui ne sont que des tubes énormes, avec un arrêt-tabouret de bar où il va reprendre en vrac « le pénitencier » ou Fats Domino… Du rock, du blues, vrais de vrais, avec un orchestre magnifique et deux choristes sculpturales qui le laisseront reposer dix minutes en entraînant le public dans un « Proud Mary » digne de Tina Turner !
Mêlant rock dur et tendresse-émotion dans un dosage parfait, il nous emmène, durant deux heures d’un concert magique, jusqu’à l’estocade finale en nous offrant « La quête », grande chanson de Brel qu’il interprète avec son complice Yvan Cassar au piano. Un voile de tulle descend sur lui, la nuit se fait, on entend un « Merci » et la messe est dite.
Le public repart, heureux et frustré à la fois car il en voudrait encore mais il part dans le calme, sans avoir rien cassé, se coucher en rêvant de l’idole qui va faire de même pour que le Phénix renaisse demain de ses cendres et de sa sueur, pour une nouvelle étape de ce show superbe qu’il joue partout à guichets fermés.
Johnny… Royal !

© 2005 Evasion Mag