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TOULON - DE MAYOL AU PATHE : LANVIN-GUILLARD…
"LE FILS A JO"... UNE BELLE AVANT-PREMIERE

Ils sont arrivés très en retard à cause de la neige qui sévissait à Orly alors que nous nous pelions sur le stade Mayol !
Mais ils sont venus, fidèles à leur promesse, Philippe Guillard, réalisateur, Gérard Lanvin l’un des héros du film « Le fils à Jo » qui sortira le 12 janvier.
On ne présente plus l’acteur talentueux et confirmé qu’est Gérard Lanvin. Pas plus que Philippe Guirard qui fut rugbyman, écrivain, scénariste avant de passer pour la première fois à la réalisation.
Dans ce beau film plein d’humanité, on retrouve Olivier Marchal policier reconverti dans le cinéma, Vincent Moscato, autre ex-rugbyman reconverti en comédien, le superbe Gamin, Jérémie Duvall et la lumineuse Alice Hamilton.
Rencontre dans les vestiaires du stade Mayol.

GERARD LANVIN : « Mon métier d’acteur me comble »

Gérard, pouvez-vous nous parler de ce film et de votre rôle ?
Je voudrais dire d’abord que le sujet du film n’est pas le rugby !
Je pense que c’est surtout un film sur le comportement d’un homme qui fait une erreur d’éducation. Sa femme est morte dans un accident d’auto, après une dispute et de cela, il se culpabilise. Son fils avait alors 1 an et depuis 13 ans il l’élève seul et sa vie tourne autour de lui mais aussi de sa passion, le rugby, dont il est une légende comme le furent son père et son grand père. Il veut donc absolument lui transmettre cette passion, cette vibration mais il s’y prend mal et sa maladresse fait que son fils ne veut plus entendre parler de rugby.
C’est un sujet grave qui joue sur l’émotion, la tendresse, la pudeur, l’humour…
Vous vous retrouvez face à Olivier Marchal avec lequel vous êtes resté longtemps fâché !
C’est vrai, entre nous ça a été la guerre pour une bêtise.
Il y a 20 ans, il tournait pour la télé des histoires à deux balles, des scénarii merdiques. Alors que je faisais à peu près la même chose, j’ai eu le malheur de le critiquer et de ce fait, nous ne nous sommes plus parlé. Grâce à Philippe Guillard, nous nous sommes rencontré, reparlé, expliqué… Nous avons beaucoup bouffé, beau coup bu ensemble et depuis, nous ne nous quittons plus ! Je viens de tourner sous sa direction « Les Lyonnais ». Nous avons passé encore trois mois ensemble… Tout va bien !
Parlez-nous de Philippe Guillard…
Avec lui aussi nous avons vécu ensemble, beaucoup mangé et bu… J’ai dû prendre cinq kilos sur le film car tous les soirs, après le tournage, nous nous retrouvions tous les trois et les autres, chez lui où il nous faisait la cuisine pendant qu’on mettait la table et qu’on ouvrait les bouteilles… qu’on descendait bien ! On faisait en quelque sorte la troisième mi-temps !
Mis à part ça !!!
Nous nous étions fréquentés sur deux films et j’avais pu apprécier sa sensibilité. C’est un type qui ne donne pas facilement sa confiance et très vite, il y a eu des vibrations entre nous. Lorsqu’il m’a proposé son scénario, j’ai eu peur, je l’avoue car j’appréciais vraiment le mec, j’avais la trouille de ne pas aimer ce qu’il avait écrit et d’être obligé de le lui dire et de refuser… ce qui n’a pas été le cas, heureusement !
Le tournage s’est bien passé ?
Nous avons travaillé dans une ambiance formidable. L’équipe était très soudée, tous les choix de Philippe étaient bons, des acteurs, des décors, des lieux qui étaient magnifiques. Nous avons vécu une belle aventure, il y avait beaucoup d’amitié, beaucoup d’émotion.
Philippe est avant tout un réalisateur populaire, dans le bon sens du terme, qui sait toucher les gens. Je suis fier d’être dans ce film
Et vous, envisagez-vous de réaliser un film, un jour ?
Jamais !… Quand je vois par où il faut passer… jamais !
Aujourd’hui, à 60 balais, mon métier d’acteur me comble car j’ai un choix plus large qu’avant, les gens de cinéma savent de quoi je suis capable et ce que je sais faire car j’ai quand même 52 films à mon actif. Je gagne bien ma vie en tant qu’acteur et je n’ai pas du tout envie de me la compliquer avec l’écriture, la réalisation, la préparation d’un film, la production, le montage… C’est un travail de Titans, c’est trop d’énergie, trop de temps… Mon métier d’acteur me comble et me suffit !
Avez-vous des envies, des idées de films ou de personnages ?
Non, pas vraiment car j’aime être surpris par ce qu’on me propose, je veux qu’on ait envie de moi et je suis curieux des rôles dans lesquels les réalisateurs peuvent me voir…
La seule chose, peut-être, que j’aimerais faire, c’est un film en costumes, chose que je n’ai jamais faite. Des films dans le genre de « Vidocq » (pas la version de Depardieu !) ou « Les mystères de Paris »… »
L’appel est lancé !

PHILIPPE GUILLARD : « Je regarde devant… jamais dessous ! »

Premier film, premier prix au festival de Sarlat… Heureux ?
Devinez ! Déjà, je n’imaginais pas qu’un jour je serais capable de faire un film… Alors, avoir un prix dès le premier !!!
Qu’est-ce qui vous a poussé à le réaliser ?
J’ai écrit ce sujet qui a pour thème l’esprit de solidarité, la fraternité, des valeurs que je voulais mettre en exergue. Après l’avoir écrit, je l’ai proposé à Gérard Lanvin… il y a huit ans !
C’était difficile à monter et je crois que j’aurais définitivement abandonné le projet s’il n’y avait eu Gérard, Olivier Marchal et Vincent Moscato qui y croyaient car c’est une aventure, un projet collectif mais que je finissais par trouver trop présomptueux.
Et alors ?
Entre temps j’ai co-écrit le scénario de « Disco » et j’ai rencontré le producteur Cyril Colbeau-Justin qui se trouvait être aussi le producteur d’Olivier. Tous deux m’ont poussé à faire le film en le produisant. Olivier m’a même dit que je portais tellement ce film en moi qu’il fallait que ce soit moi le réalisateur. Et que si je ne faisais pas… il le ferait !
Le titre, avec une belle faute : « Le fils « à » Jo », c’est bien sûr voulu ?
Evidemment !
Tout d’abord, vous ne trouverez dans aucun autre sport que le rugby, une filiation aussi forte. Nombre de rugbymen le sont de père en fils et il me semblait que raconter cette histoire par le biais d’un gamin, c’était plus fort. Quant à la faute, elle est bien sûr intentionnelle car c’est une expression populaire que l’on entend dans le rugby. On ne dit jamais « Le fils de… » mais toujours « Le fils à… ». et je précise que ce n’est pas un film sur le rugby mais sur la relation père-fils, le fond étant le rugby car j’en viens et je sais de quoi je parle !
Le choix de Vincent Moscato ?
C’est un type que j’adore, que j’ai appris à connaître car c’est une grande gueule mais sous le capot il y a bien autre chose, entre autre beaucoup de fragilité. Il a été un gamin perturbé, c’est un homme toujours plus ou moins perturbé mais il dépense son énergie dans ce sport et il y a trouvé son équilibre. Je ne vois pas comment j’aurais pu faire ce film sans lui !
Et Gérard Lanvin ?
J’ai toujours aimé le comédien et je croyais voir en l’homme un mec droit, honnête. Mon rêve était de le connaître et lorsque ça s’est fait, j’ai pu me rendre compte que je ne m’étais pas trompé sur lui. Ce rôle, c’était donc pour moi une évidence, d’autant qu’il a pratiqué le rugby !
Et puis, il n’y avait pas 36 solutions : c’était lui ou Lino Ventura…
- Mais il demandait trop cher, réplique Lanvin en riant !
Enfin, le petit Jérémie Duvall, qui est magnifique ?
C’est vraiment « Le fils à Jo » !
Après un long casting, j’ai vraiment flashé sur lui mais j’ai eu aussitôt très peur : lorsque je lui ai annoncé qu’il allait jouer avec Gérard, il a éclaté en pleurs. Il était très impressionné car il n’avait jamais rencontré d’acteurs. Mais après un mois de répétition, chacun a apprivoisé l’autre et une connivence s’est installée. Ils sont devenus potes et complices comme père et fils ! Je voyais en lui Billy Elliott, avec autant de naturel, de spontanéité.
Comment dirige-t-on un comédien comme Olivier Marchal… qui a fait ses preuves en tant que réalisateur ?
Avec beaucoup de trouille et… passablement bourré !!!
Je rigole mais c’est un bel acteur, un réalisateur impressionnant et de plus, il était producteur du film… Vous pouvez imaginer la pression et mon envie d’être à la hauteur de son talent et de la confiance qu’il mettait en moi.
Et ça a été sans problème ?
Exactement. Il a été formidable. Il m’a dit dès le départ : « C’est ton film, je n’interviendrai pas mais je serai toujours là si tu as besoin de quoi que ce soit ». Il y avait une véritable confiance, un vrai échange. J’ai bien sûr mis un point d’honneur à assurer à tous les étages ! Et jamais il ne m’a fait une critique… il les a faites une fois le film terminé et je les ai acceptées car elles étaient fondées.
Quant à moi, comme un funambule, j’ai toujours fait en sort de regarder devant et jamais dessous ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag