JAZZ A TOULON par Serge Baudot
Studio 11 samedi 16 mai : apéritif 20h00 – concert 21h00
Tigran Hamasyan Trio Red Hail
Le pianiste Tigran Hamasyan est né en Arménie en 1987. Il entra dans le monde du jazz dès l’âge de 7 ans et se mit à improviser au piano. Puis il se passionna pour Duke Ellington, Monk, Bird, Miles et Art Tatum. Il commença à être connnu après le premier festival de jazz de Yerevan. Il recontra Chick Corea, Avishai Cohen, Jeff Ballard. Il vint en France en 2001 et joua avec les frères Le Van bien connu à Toulon. Puis il joua avec la crème du jazz d’aujourd’hui dont Pierre Michelot et Daniel Humair. Il remporta le prix Marial Solal en 2002, puis pas mal d’autres prix dont le prix du public pour solo de jazz à Montreux en 2003. Il en est à son 3 ième disque intitulé « Red hail » (L’enfer rouge) qu’il vient d’enregistrer avec son nouveau groupe, Aratta Rebirth, et qui sera l’objet de ce concert au Studio 11 avec Areni (voc), Ben Wendel (anches), Nate Woods (dm), Sam Minale (b) et Charles Altura (g) invité sur quelques titres. Profitons de cette nouvelle tournée de Tigran pour venir le découvrir. C’’est un jazz éminemment moderne, assez ancré sur des racines arméniennes, mais surtout sur la tradition de Tatum à Chick Corea, Keith Jarrett en passant par Monk. L’après Miles, peut-être ? En tout cas Tigran se situe dans cette nouvelle génération de pianistes brillants comme par exemple Yaron Herman ou encore Brad Mehldau.
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Blues au Studio 11 de Toulon avec « Francisci-Steinman Reunion »
Le studio 11 c’est une cave des Lices à Toulon, un véritable club de jazz, animé par Daniel Michel et sa dévouée équipe du COF, qui offre quelques concerts dans l’année, afin de maintenir le lien avec le festival du mois de juillet, avec toujours des pointures rares dans nos contrées.
Le principe est des plus convivial. À 20 heures ouverture des portes pour un sympathique apéro dînatoire. À 21 heures concert dans la chaleureuse salle voûtée.
En ce soir d’avril pluvieux c’est le soleil du blues qui venait nous égayer, dans une rencontre hors normes, puisqu’il s’agissait d’un tromboniste de jazz, tendance moderne, Michael Steinman, également chanteur, qui, après un parcours assez chaotique « on the road », suivit des études universitaires, se retrouva dans un big band de l’armée américaine, puis s’adonna complètement au jazz, pour une rencontre avec des bluesmen locaux purs et durs : Jonathan Soucasse (p), Thierry Gau (tb), Jean-Marc Pron (b), Lionel Pellissier (dm), Emil Melenchon (g) emmené par Didou Francisci (hca, voc, g) . Didou est l’un des 3 fondateurs des « Dixie Cats » en 1976, groupe bien connu dans la région et ailleurs, puisqu’ils ont joué avec Johnny Halliday, Eddy Mitchell, sont allés jouer au Texas et au Chicago Blues Festival, et continuent avec divers musiciens.
Même si le blues est l’une des essences du jazz, et sa base expressionniste, il n’en reste pas moins vrai que ses deux musiques répondent à des pratiques différentes. Les complexités harmoniques, rythmiques et de phrasés du jazz sont souvent difficiles à aborder par des bluesmen. Il ne s’agit pas de supériorité du jazz, car on peut ennuyer profondément un auditeur avec de la complexité et le rendre béat de bonheur avec deux notes ; c’est une affaire d’expression et de tripes . Donc la gageure était âpre.
Disons d’emblée que le pari tenu fut une belle réussite. Ça chauffait dur sous les voûtes du studio 11. Il faut dire que Michael Steinman, qui a joué avec maints bluesmen dont B.B. King et Bo Diddley, a eu l’intelligence et la sagesse de laisser toute sa place au blues. Heureusement, car des thèmes comme « All Blues » qui repose sur le modal, ou même « Caravan », ne permettaient pas au groupe de s’exprimer librement, ni de donner toute sa flamme. Certes il y a d’autres disparités, comme l’excellent guitariste, qui est d’un autre monde musical, néanmoins la mayonnaise a pris, grâce à l’ouverture d’esprit et à la générosité de chacun. Michael est plus intéressant au trombone qu’au chant, Didou est un forcené déchaîné, il brûle le micro aussi bien à l‘harmonica qu’au chant , le batteur est le solide pilier du groupe et le gardien du tempo, le bassiste sait lier la sauce, le pianiste déménage pas mal et le tromboniste forge des solos brûlants plutôt dans la tradition New-Orleans. En musique comme en cuisine, on peut mélanger toutes sortes d’ingrédients, à condition d’avoir un chef qui sache accommoder tout ça pour le régal des convives, ce qui est le cas de Michael Steinman. Et pour un premier concert, c’était plus qu’encourageant. Le public leur a fait un triomphe. On les retrouvera sur la place Puget dans le cadre de Jazz à Toulon le mercredi 22 juillet à 17 H 30.
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