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DES NOUVELLES DU JAZZ
Par Serge BAUDOT

TOULON - THEÂTRE DE LA PORTE D'ITALIE, VENDREDI 8 JANVIER 21h
CONCERT INDIANA NEW ORLEANS JAZZ BAND

L’orchestre «  INDIANA JAZZ BAND » est un orchestre de styles New Orléans et Swing.
Existant depuis plus de 8 ans il s’est produit un peu partout dans la région Provence Alpes Côte d’Azur.
- Jazz Club Venture (Le temple du Jazz à MARSEILLE) - le King à LA CIOTAT - Le Moulin et « Les Arts Verts » à GEMENOS - Club Changri-La et la Cave à Jazz du Cellier de la Crémaillère à CARNOUX (le nouveau temple du Jazz dans la région marseillaise) - Le Club La Pelle à MARSEILLE - Les Creissauds à AUBAGNE - Les Escondus à VARS - PUGET sur DURANCE - Le Printemps du Livre à CASSIS
- Les festivals de Jazz de MARSEILLE, CALVI et LAURIS et diverses prestations privées.
Cette formation, pleine de vitalité, a acquis une certaine notoriété puisqu’elle est présentée comme
« Certainement un des orchestres Nouvelle Orléans qui obtient un gros succès et qui a su prendre une place incontournable sur la scène du Jazz traditionnel  ».
Ils vous invitent à un voyage syncopé, aux quatre coins de la Nouvelle Orléans, à la découverte de mélodies insolites et à une promenade à travers un répertoire familier.
Ils se mettent en sept pour vous séduire et vous enchanter
Avec : Jacques LESPES : Clarinette - Saxo - Eric TURPIN : Trompette - Chant  - Michael STEINMAN : Trombone - Chant - Christian MONDESIR : Piano - Joël GREGORIADES : Contrebasse - Richard QUEVA : Batterie - Mathieu BOUCHARD  : Banjo-Guitare

Sélection
Sylvain Kassap - Quatuor de saxophones inédits "Nouvel Archipel"

( Daphénéo - codaex)

Jean-Pierre Barglioli (ss), Philippe Portejoie (as), Clément Himbert (ts), Michel Supéra (bs), Sylvain Kassap (cl), Marcel Azzola (acc), Lina Bossatti (p), Hélène Labarrière (b)
Enregistré au studio Cargo en 2007
Sylvain Kassap a réuni différents quartettes pour jouer ses musiques, l’un purement d’anches, l’autre avec accordéon, piano, contrebasse et anches.
Nouvel Archipel est une pièce écrite en 2006 pour quatuor de saxophones : Kassap explique sur le livret commet fonctionne cette musique quelque peu aléatoire, c’est à dire que le quatuor choisit l’agencement des éléments selon un système de cartes. Le résultat est plutôt fort, bien que pas vraiment jazz. D’ailleurs Kassap revendique trois aspects de son travail, la musique dite contemporaine, le jazz et la tradition populaire : mission accomplie. J’aime particulièrement le septuor avec ce magnifique accordéoniste qu’est Marcel Azzola ; il nous offre trois petits régals en septuor avec « La valse des petits objets » jolie valse fuguée avec un beau solo de clarinette, « Tangjazz » qui louche vers Astor Piazzolla (Azzola !), et « Mademoiselle Pogany », une très belle mélodie sur tempo lent dans laquelle accordéon et clarinette se marient pour le meilleur, la subtilité d’Azzola, le lyrisme de Kassap, et un magnifique solo de contrebasse. Pour le quatuor de saxophones je recommande l’écoute de »Llamarada » morceau lancinant et envoûtant d’un lyrisme à fendre le cœur, pas loin du blues.
Certes c’est un disque qui peut dérouter parce qu’i mélange des univers différents, ce sont les univers de Sylvain Kassap, qui est l’un de nos grands musiciens. C’est une musique forte et belle, facile d’écoute car portée par des mélodies. À noter aussi la qualité des arrangements qui sont là pour faire donner le meilleur de chaque musicien.

Découverte
Anne Paceo "Triphase"( Laborie JO5 - ebl-laborie.com)

Leonardo Montera (p), Anne Paceo (dm), Joan Eche-Puig (b)
Enregistré du 12 au 14 juillet 2008 au studio Laborie
Il y a de plus en plus de musiciennes dans le jazz mais assez peu de batteuses, ce qui donne encore plus de relief à la production d’Anne Paceo. Mais foin de ces histoires de genre, ce qui compte c’est la qualité des musiciens. Et l’on peut dire qu’Anne Paceo joue dans la cour des bons batteurs, avec un drumming très fin, discret, un feulement des balais des plus réjouissant, un son des peaux et des cymbales net, clair et beau. Elle n’en rajoute pas, et sait emballer la machine quand il le faut.
On a affaire ici à un trio, somme toute assez classique, avec le piano devant, mais tout de même un partage à trois voix. Le bassiste est également un adepte du beau son, de la note ronde et bien sentie, utilisant accords et glissandi à bon escient, jouant souvent en contrechant ou en répons. Le pianiste sait faire monter la tension, comme par exemple sur « Cloe », il a une façon bien à lui de se poser sur des accords à la main droite comme sur « Attendre ». Ajoutons que les thèmes, reposant sur d’agréables mélodies, sont écrits par chacun des trois musiciens (détails sur le livret) ; ce qui ajoute aux partages musicaux de ce beau trio.
Ajoutons que Anne Paceo vient d’obtenir un Django d’Or dans la catégorie « nouveau talent ».

Indispensables
André Jaume/Alain Soler "Hymnesse"
(Label Durance-01 (www.label-durance.com)

André Jaume (ts, as), Alain Soler (g, reversedelay)
Enregistré en 2009 à Château-Arnoux
Jaume et Soler ont eu la judicieuse idée d’improviser sur des « hymnes » qui ont inspiré leur vie et dont certains ont marqué le XX° siècle. Il y a des chants traditionnels qui sont devenus des hymnes comme « Els Segadors » pour les Catalans, des chants religieux dont l’un deviendra l’hymne corse « Dio Vi Salvi Regina » ; tout cela est fort bien décrit sur le livret. Il suffit de deux musiciens, inspirés, sincères, qui utilisent leur chant profond, avec tout le poids d’espoir d’un monde meilleur pour provoquer une intense émotion et un bonheur sans pareil. Jaume joue avec ce lyrisme ample, cœur ouvert, avec une ferveur très prenante et une tendresse communicative, que ce soit à l’alto ou au ténor. Soler adopte un style country/blues, avec parfois une caresse de la guitare dans un lyrisme serein ; il n’utilise l’électronique que sur 3 morceaux, et encore pour créer un fond nécessaire et du meilleur aloi. Ce qui ne les empêche pas de montrer leur colère parfois comme sur le traditionnel corse qui démarre dans la douceur, passe par la colère pour revenir à la sérénité, dans une belle prière païenne. Écouter « Amazing Grace » c’est acheter le disque, tant cet hymne protestant est sublimé par le chant du ténor sur contrechant de guitare avec un fond en bourdon qui fait penser à la cornemuse écossaise. Il faut écouter « L’Internationale » comme on ne l’a jamais entendue, avec un contrechant de guitare révolutionnaire derrière l’envolée du sax, et le même phénomène se reproduit sur « La Bella Ciao ».
Et l’humour étant l ‘une des composantes de l’art, les deux compères ont composé leur propre hymne « l’Hymne Hanou ».
Bill Carrothers a enregistré les chants de la guerre civile américaine mais à la différence du duo Jaume/Soler il n’a pas su en faire du jazz. Ici, on a une formidable réussite, qui montre que le jazz est essentiellement dans l’expression.

Philippe Le Baraillec "Invisible Wound"
(AJM 18 - www.allumesdujazz.com)

Philippe Le Baraillec (p), Mauro Gargano (b), Ichiro Onoe (dm)
Enregistré les 25 et 26 juin 2008 à Pernes les Fontaines
Le trop rare et excellent pianiste Philippe Le Baraillec nous propose un disque somptueux. Il sort de la sphère Bill Evans duquel il possède les qualités de sensibilité, de subtilité, de richesse harmonique et rythmique, avec cependant plus de chaleur et d’emportement. Son phrasé clair, aéré, chantant, un peu à la John Lewis, avec des notes ciselées, tout de finesse et de retenue , et dans les traits rapides aucune note ne reste coincée ou oubliée, et tout ça avec un sens de la progression lyrique et de l’intensité dramatique, qui va mourir au silence en le nourrissant. J’aime beaucoup « « Song For Lilian » où les accords de la main gauche sont joués avec un léger retard, dans une autre façon que celle d’Erroll Garner, ce qui ajoute de la vitalité à la main droite, effets encore accentués par le jeu de cymbale du batteur ; batteur qui a un joli son des baguettes qui « friselisent » volontiers sur la caisse claire. En musique comme en tout il faut savoir s’entourer, et Le Baraillec a su s’adjoindre deux musiciens qui lui collent à la musique comme ses deux mains au piano. Le bassiste joue plutôt mélodique, en particulier dans ses solos, écouter « Interlude/bolero » pour l’apprécier, pas d’effets gratuits, rien que de la musique ; écouter aussi ses jolis trémolos à l’archet derrière le piano sur « Invible Wound » : cette « blessure invible » se dévoile en fait dans cette musique, qui n’est pas de volonté thérapeutique, qu’on se rassure, mais simplement le chant de la beauté des choses cachées qui se dévoilent à notre oreille.
Un trio riche de tout ce qui fait le jazz, trois musiciens en partage généreux, du grand piano hors des sentiers empruntés par la plupart des jeunes loups d’aujourd’hui.

© 2008 Evasion Mag