Je vous avais parlé de l’autobiographie de Françoise Hardy, parue voici quelques mois, qui m’avait totalement navré de voir à quel point cette belle artistes était revenue de tout, pessimiste, pas sûre d’elle pour un sou, ayant traversé les époques en idole puis en icône mais n’ayant pas l’air de s’en être rendue compte, ayant une vie professionnelle tout autant qu’une vie personnelle dénuées de toute logique, de tout bon sens, ne se rendant jamais compte de son talent, de son succès, doutant de tout, satisfaite de rien… Bref, l’anti-star sous toutes les coutures et pourtant si aimée, si idolâtrée, si appréciée et aujourd’hui persona gratta de la chanson française.
Moi qui l’adorais et l’avais rencontrée avec un plaisir extrême, j’avais lu son autobiographie avec une déception sans bornes.
Voici que quelques mois après, Pierre Mikaïloff, musicien, écrivain et journaliste, nous offre ce très beau livre « Tant de belles choses » qui nous remet un peu les pieds sur terre et nous prouve que nous n’avons pas été si idiots d’être fans de cette belle auteur compositeur interprète et nous enlève nos doutes quant à son talent.
Il a bien travaillé, Pierre, en insérant l’artiste d’abord dans son milieu familial puis dans son époque et enfin en nous faisant redécouvrir une artiste hors normes qui, quoiqu’elle en dise, est devenue une égérie de la chanson française, de la mode française, de la vie française.
Françoise Hardy fut, au temps des seventies, une artiste qui, déjà, ne se découpait pas dans l’horizon « yéyé » car elle avait quelque chose en plus… ou en moins.
Ces fameuses années étaient faites de joies simples, de musique pas compliquée, de rires, de rythmes, de folie… l’antithèse de ce qu était déjà Françoise, intello avant l’heure, pessimiste de nature, passant son temps à essayer de se comprendre et de s’exprimer et écrivant des textes élaborés, poétiques et intelligents.
Pierre est un fan, on s’en rend vite compte mais ce n’est pas pour cela qu’il nous décrit une Françoise épanouie, douée et « rock’n roll »… On finit même par se demander comment elle a pu émerger de cette mode et surtout durer comme elle l’a fait alors que d’autres ont disparu de la circulation.
Il l’aime, certes, mais il reste lucide et nous explique ses erreurs, ses questionnements, ses bonheurs (rares), ses désirs (inassouvis), cette façon de vivre sa vie de femme et d’artiste en dehors de toute logique.
Elle a rencontré les plus grands de la terre, Jean-Marie Périer était amoureux fou d’elle mais elle lui a préféré un Dutronc immature et vivant une vie, non pas avec elle mais en parallèle avec elle. Comment a-t-elle pu supporter ça, elle qui était si jalouse d’un JMP qui lu,i était fidèle et amoureux comme pas un ?
Françoise Hardy est un bloc d’ambiguïtés qui a traversé les décennies en s’auto flagellant, en flagellant tous ceux qui l’approchaient, en fascinant sans que jamais elle ne prenne conscience de cette fascination de cette adoration, de cette admiration dont elle était l’objet. En fait, Françoise Hardy n’aura jamais été heureuse, doutera jusqu’à sa mort alors qu’elle aurait pu avoir une vie de diva qu’elle est….. Mais une diva est-elle une femme heureuse ?
Pierre nous le raconte avec un recul mêlé d’admiration et avec une logique qui font que l’artiste nous attire encore plus et nous donne envie de lui crier qu’elle est aimée, qu’elle est belle, qu’elle est talentueuse et qu’il faudrait qu’un jour ou l’autre elle s’en rende compte et ne passe son temps à se flageller inutilement.
S’il devait en rester une de cette mythique saga des sixties, ce devrait être elle.