GRECO : UN DISQUE, UN LIVRE, UN CONCERT

Un mythe – Une star – Une diva.
Si elle lit ce titre, Juliette Gréco rira, ou se mettra en colère, c’est selon, car elle a un caractère bien trempé ! Mais elle niera, certainement, car elle se considère comme une femme et une chanteuse, point final.
Pourtant, dès son plus jeune âge, elle devint la muse de St Germain des Près, avant de devenir l’un des fleurons superbes de notre chanson française. Chanson française qu’elle a exportée dans le monde entier, avec son physique de Madone, sa voix grave et sensuelle, ses gestes à la fois élégants et maniérés. On ne la nomme pas « la » Gréco, pour rien. Elle a chanté les plus grands, de Brel à Ferré, de Prévert à Kosma, de Queneau à Desnos, de Sartre à Ferrat, d’Aznavour à Brassens, de Jean-Claude Carrière à Etienne Roda-Gil sans oublier Gérard Jouannest, le complice de Brel et son époux aujourd’hui…
Qui peut se targuer d’avoir un tel palmarès ?
Aujourd’hui, elle nous offre ses coups de cœur sur un CD (Polydor) inattendu, beau et original intitulé « Le temps d’une chanson » le bien nommé car sans fil rouge, passant d’un auteur à l’autre, des « ceux » qu’elle n’a jamais chantés, des « ceux » qu’elle a chanté mais en choisissant des chansons tout à fait inattendues comme « Mathilde » de Brel, qui n’est pas vraiment une chanson pour une femme mais aujourd’hui ça ne choque pas plus que ça et elle lui donne une nouvelle dimension. « Volare », ritournelle italienne de Modugno, succès de Dalida, devient, par son interprétation, un clin d’œil à la chansonnette qui – dit-elle – repose !. « Over the rainbow » énorme succès de Judy Garland est aussi un joli morceau de bravoure et voilà qu’enfin elle ose reprendre cette chanson qu’elle désirait tant mais que Marguerite Monnot n’avait alors pas voulu lui donner, la réservant à Piaf : « Les amants d’un jour ». Sublime d’émotion par cette voix qui parle autant qu’elle chante. Elle retrouve Roda-Gil dans une chanson de Julien Clerc « Utile » et le Forestier avec « Né quelque part » qu’elle s’approprie avec élégance et prestance. Et puis, pour certaines chansons, on se dit qu’elle aurait dû les créer et on se demande pourquoi elle a tant attendu pour les chanter tant elles lui ressemblent : « Syracuse » de son ami Dimey, célébré par Salvador, « Avec le temps » du pur Ferré que Dalida a portée si bien mais qui va comme un gant à Juliette, « Un jour tu verras » de l’ami Mouloudji… Et puis la coquine « Folle complainte » de Trenet que Darrieux vient aussi d’enregistrer pour les besoin d’un film… Que du beau, du bon, du grand qui, par la voix suave de notre Gréco, reprend une forme nouvelle, devient un joli bijou dont elle est l’écrin
« Elle, belle, rebelle »
C’est le titre d’un portrait télévisé que Sophie Agacinski, Michaël Delmari et Mei Chen Chalais ont consacré à Gréco. De là est née une belle relation qui allait se poursuivre.
Tout d’abord, présentons ces dames : Sophie est comédienne, auteur, réalisatrice, en dehors du fait qu’elle est l’épouse d’un certain Jean-Marc Thibault et la mère d’un certain Alexandre Thibault, tous deux comédiens. La comédienne s’est effacée devant ses hommes mais continue une vie artistique riche et intelligente en compagnie de Mei Chen, qui, elle aussi, si elle fut l’épouse d’un certain François Chalais, journaliste, reporter, écrivain, n’en est pas moins réalisatrice. Toutes deux amies avec un troisième larron, Michaël Delmar, auteur et réalisateur, ces trois mousquetaires ne se quittent guère et un jour l’idée leur vient de faire un film sur St Germain des Près. Bien évidemment, cherchant une figure emblématique de St Germain de « la grande époque », Gréco arrive très vite comme une évidence.
Elle accepte le projet et alors, de l’été à Ramatuelle, à l’hiver à Paris, les entretiens reprennent car, si St Germain a aujourd’hui beaucoup changé, tout est dans la tête de l’amie Juliette. C’est aussi un énorme travail de recherches iconographiques faites par Yann Aubry, historiques, artistiques mais peu à peu le livre prend forme pour sortir aujourd’hui chez Michel Lafon, simplement intitulé « Juliette Gréco – St Germain des près ». Un album somptueux tout en noir et blanc, avec des documents superbes signés Doisneau, Dudognon, Ronis, Corbis, Roger-Viollet et bien d’autres, écrit par le duo Agacinski-Delmas et commenté par notre belle artiste.
On y retrouve (ou découvre !) l’ambiance d’alors, d’une époque faite de rires, de musique, de culture et l’univers de Gréco dont les amis se nomment Picasso, Sartre, de Beauvoir, Vian, Camus,… On découvre le jazz, on prend un pot au café de Flore, on descend danser au Tabou, écouter des artistes à la Rose Rouge. C’est la liberté, l’existentialisme…
Une époque révolue qu’évoquent nos amis avec un peu de nostalgie mais surtout le sourire aux lèvres et les étoiles dans les yeux…
La genèse de ce livre m’a été racontée par mon amie Sophie qui ajoute, en parlant de Juliette : « C’est une femme adorable, drôle, émouvante, sincère, perfectionniste et d’une grande honnêteté car elle n’est pas consensuelle »
Cela fera certainement plaisir à Gréco, que nous pourrons applaudir au Théâtre Galli de Sanary le vendredi 23 février à 20h45. Un spectacle toujours magique et dont on ne se lasse pas
JB |