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CANNES - LES NUITS DU SUQUET
GRAND CORPS MALADE... LE LANGAGE DU COEUR

Grande silhouette reconnaissable entre toutes, il s'avance, aidé de sa béquille : pour la seconde fois sur la scène du Palais des Festivals de Cannes, il clôture les Nuits du Suquet avec des extraits de son dernier album, Troisième temps, et des anciens titres réorchestrés pour l'occasion. Sa candeur et sa sincérité sont intactes, tout simplement, il nous fait pénétrer dans son univers poétique et percutant : jeux de mots sur les maux divers ou les joies simples de notre vie et de notre société; pour exemple, un extrait de « A l'école de la vie » : « J ai parfois été fort dans les cours de faiblesse » , « en cours de solitude, j'avais du potentiel » , d'autres textes : « On court après la vie sachant que la mort est à nos trousses », « Si tu vois jamais mes larmes, c'est qu' elles coulent à l'intérieur ».
La chanson « Définitivement » sur l'arrivée de son fils dans sa vie est touchante: « Tu m'apprendras l'incertitude, tu m'apprendras les nuits blanches... », « Je mettrai mon amour de fer dans une apparence de velours ». Avec « Roméo kiffe Juliette », il évoque les amours interdites d'une jeune juive avec un beur, l'évolution des mentalités par rapport aux différences de cultures est un thème qui lui est cher puis, il reprend « J'écris à l'oral » ; « … des heures à user nos salives, croquer les mots jusqu'à la sève... », ou encore « Education national » ( nouveau titre) : ... »l'enseignement en France va mal, l'état ne met pas assez d'argent, quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent »..; des paroles chargées de sens, l'artiste est ancré dans la société de son temps qu'il observe sans concession mais la poésie, la recherche des paroles justes, des sonorités qui font mouche restent sa marque de fabrique. La légèreté revient quand il joue avec son public, il fait chanter des airs, répéter, nous aussi, dans le public, nous participons à un atelier, celui des émotions et surtout le plaisir de prendre complètement part au spectacle, comme si nous passions la soirée avec un ami qui nous dit: « la vie, c'est gratuit, je vais me resservir, tu devrais faire pareil.. » , ses musiciens sont complices, la voix profonde et chaleureuse de Grand Corps malade donne toute sa dimension au langage universel du cœur. La vie, l'amour, la détermination face à l'adversité, l'espoir,  ça peut marcher", messages reçus, G.C.M. …. jusqu'à la prochaine...

RENCONTRE
Grand Corps Malade, vous voilà à Cannes pour la seconde fois, la première , c'était à l'occasion des concerts de septembre où vous aviez triomphé, vous revenez sur proposition ou cela faisait partie d'un programme de tournée ?
On m'a invité à participer aux Nuits du Suquet, j'ai volontiers accepté car j'aime bien le mélange des genres, la diversité musicale, dans un festival plutôt classique, cela ne me déplaît pas d'apporter une touche différente mais qui peut être complémentaire après tout. On reste dans l'univers musical.
Oui, cependant le texte prime sur la musique dans le slam ?
Il est essentiel, les textes sont dits, mais la musique les soutient, c'est important pour l'ambiance surtout que la musique est composée d'après le texte et non le contraire, le fond musical compte aussi pour la mise en scène du spectacle.

Il arrive à certains d'associer rap et slam, qu'en pensez-vous?
L'association se fait parce que les deux sont parlés, ces modes d'expression sont issus d'un milieu urbain également mais le slam, c'est plutôt un moment de rencontre dans un bar, un café, c'est à capella ou sur une musique et parfois la scansion, selon le propos est plus rapide et peut rappeler le rap mais le rap est toujours plus scandé en général et il est encore plus ancré dans le cadre urbain.
Les ateliers d'écriture vous tiennent à cœur, ils font partie de vos activités...
 Oui, c'est important, je respecte les professeurs que j'ai eu en français et qui étaient très bons mais ils ne m'ont jamais appris à écrire quoi que ce soit, on ne créait pas. Je trouve que les ateliers donnent l'opportunité à tous de pouvoir s'exprimer sur la feuille, on peut obtenir des choses surprenantes.
A ce moment là, son producteur Jean- Rachid intervient : « Il ( Grand corps Malade) fait le modeste mais moi qui n'ai rien fait à l'école, je suis fier de produire quelqu'un dont les textes sont étudiés en classe, il va même dans les prisons et dans une maison de retraite et ça marche… »
Ah bon, les prisons aussi, je savais pour les maisons de retraite mais la prison ?
(
avec un sourire un peu gêné) : « Oui, le slam donne l'occasion aux détenus d'exprimer leurs émotions, c'est un enrichissement culturel aussi et ça change un peu leur quotidien qui n'est pas toujours très rose.. .J'étais amusé aussi d'apprendre qu'une mamie de la maison de retraite où j'anime un atelier avait réfléchi à une rime et qu'elle s'était levée pour l'écrire afin de ne pas l'oublier … C'est une expérience positive pour eux, je leur donne quelques conseils, des pistes à explorer et cela représente du travail mais ils s'investissent.
 En effet , j'ai aussi lu le texte « Education Nationale » de votre dernier album, 3ème temps et un plus ancien intitulé:  « le blues de l'instituteur », le slam, vous l'utilisez aussi pour faire passer des messages, cependant, vous refusez qu'on vous considère comme "engagé"...
Je préfère l'appellation d' « artiste concerné », je suis préoccupé par l'école à deux vitesses, à la base, l'école doit donner des chances à tous, à l'heure actuelle, le système fait qu'il s'y crée de plus en plus de différences, je donne mon avis, oui mais je ne veux pas être « récupéré » par les média et que mes paroles soient interprétées d'une manière ou d'une autre, par rapport à la politique aussi, je reste prudent là-dessus..."
 
I.Giulietti

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