GRAND CORPS MALADE, LE POETE DU BITHUME
Le 26 septembre sur la scène cannoise du palais des Festivals, grand Corps malade s'est produit devant un public emballé par sa prose et sa présence. Isabelle G, notre correspondante a rencontré l'artiste. Sous le charme des mots et des maux elle nous conte cette rencontre artistique et humaine.

Grand Corps Malade , de son vrai nom Fabien Marsaud est arrivé dans sa loge et a immédiatement imposé toute la douceur et la force de sa présence; un regard bleu pénétrant, innocent et rieur balaie les "interviewers" un peu médusés; selon sa définition. Le slam est avant tout un "ascenseur d’émotions", un voyage au pays des mots avec des textes parfois durs, légers ou drôles.
Son inspiration ? Il l’a puisé au contact des textes de Brassens, Brel, Barbara, Renaud. il apprécie également le Rap français, il aime bien le Reggae et le Rock aussi. L’écriture de ses textes est assez rapide, il n’y a pas vraiment de règles. Des thèmes le touchent qu’il laisse mûrir et il laisse courir son stylo quand il sent le moment venu. Il n’est pas un bourreau de travail à heures régulières mais si parfois les textes sont demandés par d’autres, car il a besoin de nourrir sa création d’éléments particuliers comme pour le texte demandé par le chanteur kabyle Idir, père musulman qui veut écrire une lettre d’amour à sa fille.
Il est très conscient de l’atout que représente sa voix, elle lui permet de mettre en valeur ses "délires" de mots et d’images diverses. Il a également évoqué les tournois de Slam où l’applaudimètre décide du meilleur serviteur de la poésie avec des thèmes imposés ou pas à traiter en un temps parfois limité à une demi-heure seulement, une performance qui n’a pas grand-chose à voir avec l’improvisation. L’exercice est exigeant même si certains pratiquent le "Free Style" en démarrant avec un mot.
Ce qui ressort surtout de ces exercices, c’est la mixité des influences et le partage des trouvailles, de la rime qui va faire la différence. Fabien Marsaud a choisi ce mode d’expression qui lui va comme un gant et lui permet d’établir de réels échanges entre les cultures et de partager sa vision du monde et de son monde avec le public qui le suit en nombre sans cesse grandissant.
Lors de sa prestation scénique à Cannes, il a récité des textes "a capella", ou sur fond musical effectué par ses compères et potes surtout : "Petit Nico" au piano, Yannick à la guitare et l’extraordinaire "Feedback" à la batterie . Une petite équipe bien soudée dont il émane beaucoup de fraîcheur et de sincérité. En première partie, Sami, pour un stand up où ce jeune algérien a assuré avec brio des petits sketches qui tournent en dérision ses semblables avec la parodie d’une cérémonie de mariage entre un rappeur et sa promise qui se doivent fidélité dans la " zermi" ( misère),il se moque gentiment des " rebeu" et du verlan des banlieues. C’est prometteur et plutôt drôle.
Fabien et son équipe se produisent dans une ambiance intimiste aux lumières tamisées et les textes tour à tour nous enchantent, nous émeuvent et nous font sourire, la souffrance est présente mais pas omniprésente ! Elle fait partie de la vie et les rêves brisés ont donné naissance à la création artistique. Quant à la banlieue, elle véhicule plus un mélange de saveurs, d’accents et de musiques que la violence et la misère; diversité, partage, tolérance, c’est l’essentiel de son credo.
A retenir ( entre autres ): "Si un enfant chiale si fort à sa naissance, c’est qu’il sait que la vie va faire mal …" , " Après la foudre, prends toi en main et redessine ton horizon …" , "Je ne sais pas si j’ai un style mais j’ai un stylo …" , il est "un chercheur de phrases .. qui n’a que la peau sur les mots " , "la patience guide ma raison " , il fait "tout pour faire kiffer " son ‘auditoire et lui "dégourdir le cœur" , il combat "le mal par les mots", "même sans revolver , il faut que ses vers tuent , que ses vers durent" , "j’espère , donc je suis " ….
C’est fort, c’est touchant , c’est " kiffant" ! On ne ressort pas indemne !
Pour la première fois , parce que Grand Corps Malade est vraiment à part dans le paysage musical français- même si il ne souhaite pas être un chef de file – j’ai eu envie de lui faire un petit texte à Sa manière ,sans prétention de l’égaler, bien sûr,pour lui dire à quel point j’ai apprécié son passage à Cannes …
Isabelle G
Dans le 9 – 3
Règne un Roi
Pas celui de la frime,
Celui de la rime,
Câline, assassine, mutine,
Sur la scène que tu as arpentée,
D’un pas mal assuré, béquille au poignet,
Tu as posé ton regard bleu
Et ta voix puissante, rocailleuse, elle,
A assuré, assuré que la vie – pas toujours cadeau-,
L’amour des mots, l’amour tout court, ça donne envie.
Envie de se connaître, se reconnaître, de renaître.
Merci à toi, Grand Maître,
Corps Malade peut-être
Mais, l’esprit, lui est sain,
Ton front haut et serein,
Merci de nous transmettre
Ta douceur, ton génie, ta verve, ta fraîcheur.
T’es un tueur !
On en pris plein le cœur !
De nouvelles émotions, tu es le géniteur …
Tu sais quoi, G.C M ?
Ben…, on T’ M …..
Isabelle G.
En deuxième partie de la soirée, les spectateurs ont pu apprécier la performance artistique de la formation El Club. Au programme : rock, folk... et plaisir d'écouter ce quatuor de qualité.
EL CLUB : UN BON CRU
Dommage que le public n’ait pas été au rendez-vous pour El Club, la formation pop-rock de Michael Jones ( un temps complice de J.J.Goldman); programmation trop tardive ? Public trop différent de celui de Grand Corps Malade ? Ou tout simplement fatigue du milieu de semaine et qu’il faut se lever tôt le matin? Difficile de savoir !
Les quelques chanceux qui sont restés étaient eux, très enthousiastes, tous debout et tapant des mains au rythme des ballades folk-rock avec quelques gigues irlandaises bien enlevées ou de morceaux pop-rock interprétés par des musiciens si expérimentés que tout semble facile entre leurs mains.
L’évènementiel cannois a encore un bon feeling et espérons que ce petit démarrage débouchera sur des tournées à grand succès . Tout y est plaisant; la joie des musiciens à jouer sur scène et à partager avec le public, leur bonne humeur communicative, leur interprétation sans faille .
Longue vie à la formation du plus français des musiciens gallois Michael Jones et à ses acolytes Gildas Arzel, Eric Benzi et Christian Séguret.
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