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JEAN-PIERRE GASTALDI
« DONNER DU RIRE, C’EST DONNER DU BONHEUR »

C’est l’un de nos comédiens les plus populaires de France, qui sévit au cinéma, au théâtre, à la télévision.
C’est aussi ce qu’on appelle une gueule comme, hélas, il n’y en a plus beaucoup dans le cinéma français.
Boulimique, on l’a vu l’an dernier dans deux pièces de théâtre à Galli, en septembre il créera un Guitry à Paris et auparavant le voici de nouveau cette saison avec une pièce oh combien mythique, signée Francis Veber : « L’emmerdeur » que Molinaro avait portée à l’écran avec le duo Brel-Ventura et qu’avait repris l’an dernier Richard Berry et Patrick Timsit dont il reprend le rôle aux côtés de Luq Hamett pour 40 dates en tournée.

« Je trouvais dommage – me confie-t-il – qu’ils ne partent pas en tournée avec cette pièce, aussi, j’ai décidé de faire la tournée et le démarrage province s’est fait à Marseille à l’Odéon devant une salle pleine qui nous a fait savoir qu’elle avait aimé. Ce qui m’a rassuré…
Pourquoi ? Aviez-vous besoin d’être rassuré ?
Oui, pour plusieurs raisons : D’abord, c’était un dimanche après-midi et dans ces cas-là le public est assez âgé et j’étais un peu inquiet de sa réaction. Ensuite, parce que, comme vous le disiez, j’ai fait trois tournées à la suite et l’on a toujours peur que le public se lasse et ne soit pas au rendez-vous… Ce qui n’a pas l’air d’être le cas et j’en suis heureux.
Et de reprendre un tel rôle tellement marqué par Lino Ventura ?
Là, j’étais moins inquiet. D’ailleurs Molinaro, qui est un ami et avec qui j’ai beaucoup tourné, était très heureux que je reprenne le rôle, ce qui était rassurant et puis, entre la pièce et le film il y a beaucoup de choses différentes, ne serait-ce que le fait que tout se passe, au théâtre, entre deux chambres mitoyennes.
Donc vous êtes heureux de retrouver le public de province.
Je suis toujours heureux de le retrouver et particulièrement à Sanary où je suis toujours très bien accueilli par lui, par le directeur du théâtre Galli et par l’équipe de l’Hôtel de la Tour où je commence à avoir mes habitudes !
Alors, parlez-nous de ce Guitry que vous jouerez à la rentrée de septembre à Paris… avant, je pense, de l’emmener en tournée !
Certainement mais pas avant deux ans. Le titre en est « Tu m’as sauvé la vie » et je suis d’autant plus heureux que je vais y retrouver comme partenaire et metteur en scène Jean-Laurent Cochet qui fut mon professeur. C’est une pièce qu’il avait lui-même créée dans les années 50 avec Fernandel dont je reprends le rôle du clochard qui va être sauvé et épousera une princesse… Un conte de fée à l’envers !
Là encore je suis très heureux car pour moi, Guitry est un maître absolu et de plus, on va le monter avec les notes et toutes les indications personnelles de Guitry que sa famille a confiées à Jean-Laurent. Ce sera donc une vraie création et je crois que c’est une pièce très forte, très exigeante, très complexe, même si elle est assez bavarde ; mais en même temps, c’est du Guitry !



Qui jouera auprès de vous deux ?
L’on ne sait pas encore car on devait jouer la pièce à cette rentrée mais d’abord, le théâtre dans lequel on devait la donner, a été vendu et fermé. Et puis il y avait trois Guitry à l’affiche parisienne. Ca faisait un peu beaucoup. Donc on a repoussé. Ce qui me permettra de retrouver, entre la tournée et cette création, mon fils Benjamin.
Vous allez le retrouver où ?
Sur scène ! Nous allons jouer une pièce ensemble… J’en suis très heureux, une fois de plus !
Justement, tout comme Alice Dona avec sa fille Raphaëlle, tout à coup vous êtes devenu « le père de Benjamin » ! Quel effet ça fait ?
Avouez que c’est drôle ! Mis à part ça, quel est le père qui ne s’est jamais fait de soucis pour le devenir de ses enfants ? Surtout qu’il est tombé dans une famille d’acteurs entre sa grand’mère Simone Signoret, Yves Montand, sa mère, Catherine Allégret et moi-même… Lui il est devenu présentateur de télévision avec le succès que l’on sait. Même si ce succès peut-être éphémère et s’il agace beaucoup de monde parce qu’il est célèbre, brillant et talentueux !
Alors, je ne peux être que… heureux !
Quant à mon second fils, il entre cette semaine à Eurosport où, dès le 14 février il va animer tous les lundis une émission de foot de deux heures… Vous voyez, eux, ils ont choisi la télé et l’animation.
Vous avez commencé au conservatoire aux cours Simon, vous avez joué des pièces dramatiques, classiques mais très vite vous avez été placé dans la catégorie « comique ». Comment avez-vous pris la chose au début ?
Très mal ! C’est Didier Kaminka qui, le premier m’as dit : « toi, tu es fait pour jouer des rôles comiques. Tu es drôle ». Et j’ai été très vexé…Et puis, Molinaro m’a proposé de jouer dans « Pour cent briques t’as plus rien ». Et je n’ai plus arrêté parce que j’ai eu le coup de foudre pour ce genre et que j’ai découvert que faire rire les gens, il n’y avait rien de mieux. C’est alors devenu une drogue.
Quoi de plus merveilleux que de voir toute une salle rire et, après le spectacle, de vois plein de sourires vous disant merci ?
Donner du rire, c’est donner du bonheur.
Dès le départ, vous avez aussi été catalogué, tout comme Michel Simon, Ventura, de Funès et quelques autres, comme « une gueule ». Lorsqu’on débute une carrière, est-ce un handicap ou une chance ?
A mon époque, c’était une chance car dans le cinéma, on aimait les gueules comme aussi Carette, Bourvil… C’était une chance parce qu’on était reconnaissable entre tous, on se souvenait de vous et il y avait des emplois… On avait « la gueule de l’emploi », on était une personnalité.
Aujourd’hui il n’y en a plus que très peu, on est en manque car s’il y a beaucoup de bons comédiens ils sont comme tout le monde, ils ne sont plus typés, ils manquent souvent de personnalité. Par contre, ils sont tous « stars » !
Moi, je suis très content d’avoir cette gueule et je me contente d’être un comédien populaire. Je le dois au public et je ne peux le remercier qu’en jouant du mieux que je peux, avec plaisir, passion et humilité ».

Propos recueillis par Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag