SORTIE SUR LES ECRANS LE 7 AVRIL : "GARDIENS DE L’ORDRE"
UN POLAR MUSCLE !
Un reportage de Jacques Brachet
Dès les cinq premières minutes, on entre de plain-pied dans le drame et l’angoisse.
Simon et Julie, deux gardiens de nuit, tirent sur le fils d’un homme important, qui est drogué et descend dans son coma leur collègue.
Vu le renom du jeune qui n’est que blessé, nos deux gardiens sont très vite lâchés par leurs chefs et rétrogradés pour bavure.
Ils se retrouvent dans des bureaux mais bien décidés à faire payer aux dealers la mort de leur collègue et le désaveu de leur hiérarchie. Ils s’infiltrent alors dans le monde des dealers.
A partir de là, commence une course haletante faite d’angoisse, de poursuites, de tactiques, de coups de théâtre… On reste en haleine d’un bout à l’autre du film grâce à un scénario musclé et bien ficelé, trois comédiens magnifiques :
Cécile de France (Julie), sublime dans un rôle de femme-flic têtue, tenace, pugnace, qui n’aura de cesse de faire éclater la vérité .
Fred Testot (Omar et Fred) très crédible dans son premier rôle dramatique.
Julien Boisselier, trop vite classé dans les charmeurs romantiques et naïfs, qui interprète un dealer effrayant, passant d’une seconde à l’autre de ce sourire qui a fait son charme, au rictus le plus démoniaque, au regard hallucinant de cruauté et de perversité.
Un trio superbe, un film d’une grande force, signé Nicolas Boukhrief.. et une très belle rencontre avec le réalisateur, Cécile de France et Fred Testot, au Pathé Liberté de Toulon.

CECILE DE FRANCE
Cécile, vous voici dans un rôle des plus dramatiques de votre carrière….
C’est vrai mais j’ai quand même déjà tourné quelques rôles assez dramatiques comme « Un secret », « Quand j’étais chanteur »…
Quel a été le déclic pour accepter ce rôle ?
Je ne choisis jamais un film pour le rôle seulement. Ca dépend de l’histoire, du réalisateur aussi. C’est un tout, un ensemble.
Il se trouve que j’avais très envie de travailler avec Nicolas Boukhrief qui a un univers très fort. J’avais beaucoup aimé « Les convoyeurs », « Cortex ». J’avais aussi envie de jouer un flic, non pas un super héros mais un agent qui est dans la vraie vie, dans l’intimité de la rue. Un personnage riche, juste…
Avez-vous eu des contacts avec des gens de la police ?
Déjà, nous avons, avec Fred, travaillé deux mois en amont du tournage et j’ai rencontré beaucoup de femmes flics. J’ai appris à me servir d’une arme, à la tenir, à tirer, ce qui est une chose vraiment étrange. J’ai lu aussi le livre de Bénédicte Desforges « Flic », je me suis imprégnée de son univers, enrichie de sa vie, de son métier qui est un sacerdoce.
Bref, je me suis totalement immergée dans ce monde.
40 jours de tournage sur un film aussi fort, est-ce que ça laisse des traces ?
Chacun a sa manière de vivre un tournage et de s’en sortir. Il se trouve que j’ai été habituée très jeune à entrer dans l’univers d’un film, d’un réalisateur et à en ressortir aussi vite. Ce qui est peut-être le plus difficile pour moi, c’est, lorsque le tournage s’est bien passé, de quitter l’équipe car nous vivons comme une famille durant un temps et on se quitte du jour au lendemain.
Est-ce que travailler en amont avec Fred a été un plus ?
Certainement car nous avons eu le temps de nous connaître, de nous découvrir, de nous apprécier, de créer entre nous une vraie complicité. J’espère que ça se ressent à l’écran.
Vous venez de tourner avec Clint Eastwood… Alors ?!!
Et avec Matt Damon ! Le film s’intitule « Hereafter ».
Alors c’est très impressionnant ! C’est vrai que c’est un honneur d’être choisie par une telle star pour participer à son film, qu’il est venu tourner à Paris.
Je dirai que, d’un côté, c’est très facile de tourner sous sa direction car, acteur lui-même, il aime les acteurs et les comprend. Il nous fait totalement confiance, il nous rend responsables à tel point – et c’est là que c’est difficile ! – qu’avec lui on ne fait qu’une seule prise. C’est une habitude chez lui. On a donc intérêt à ne pas se rater. Mais la pression, ce n’est pas lui qui me l’a mise, c’est moi toute seule ! Lui, du moment qu’il vous a choisie, il vous laisse toute latitude.
C’est une merveilleuse expérience.
FRED TESTUT
Fred, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film ?
C’est d’abord Nicolas Boukhrief car le jour où je l’ai rencontré il avait une très belle robe et un sac très chic !!!!
Ceci dit, d’abord il y avait un bon scénario, puis j’avais beaucoup d’admiration pour ce qu’il avait fait avant et, cerise sur le gâteau, j’avais Cécile de France pour partenaire… Comment refuser ?
C’est votre premier rôle dramatique ?
Oui et c’est aussi ce qui m’a plu chez Nicolas, c’est qu’il n’est pas concerné par les étiquettes que l’on nous colle. Pour lui, il y a des comédiens, point. S’il voit un comédien pour le rôle, il ne regarde pas si c’est un comique ou un chanteur, il s’en fout. Il n’a pas d’à priori et c’est rare !
C’était pour vous une envie, une nécessité de changer de registre ?
Oui, comme tout comédien, je crois. Mais c’est vrai que c’est le premier – le seul aujourd’hui et pas le dernier, j’espère !- à m’offrir un rôle dramatique. Mais moi, j’aspire à ça. J’ai envie de m’amuser, de jouer des rôles différents. Je veux me faire plaisir !
Il est dur de sortir du tiroir dans lequel on vous met et j’espère que ce film donnera des idées à d’autres réalisateurs !
L’image du flic que vous jouez est-elle proche de ce que vous en pensiez ?
Bien sûr que non, évidemment ! On a des images pas nettes, des à priori, on pense qu’un flic est méchant, hargneux, désagréable. Ca peut être vrai mais il faut aussi savoir que c’est un métier très difficile, pas de tout repos, pas toujours drôle. Il y a beaucoup de tension. Aujourd’hui qu’on a appris à les connaître avec Cécile, nous avons beaucoup d’admiration pour eux.
Avez-vous eu des difficultés à entrer dans ce rôle ?
La première semaine a été très difficile car j’entrais dans la peau d’un flic, je descendais deux mecs, j’avalais des amphétamines, j’aimais Cécile et en plus je voyais des caméras partout… Dur pour un seul homme, il y a de quoi devenir parano !!!!!
Non, sérieusement, on a travaillé dur mais entre les prises et en dehors du tournage, on a beaucoup rigolé et ça, c’est essentiel car ça fait du bien, ça désamorce les tensions, c’est un exutoire.
Le prochain film ?
Une comédie romantique avec Leïla Bekhti (Le prophète)
NICOLAS BOUKHRIEF
« Gardiens de l’ordre » est un film fort, dense, dramatique, violent… Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce film ?
Comme tous mes autres films, je recherche des sujets pas, peu ou mal traités, des sujets forts et des mondes très différents. Il n’y avait jamais eu de film sur les convoyeurs avant que je l’aie fait, pas plus que sur de simples agents sinon dans des comédies où ils sont plutôt caricaturés.
Comment avez-vous procédé pour écrire ce scénario ? vous êtes-vous inspiré d’une histoire vraie ?
Non pas vraiment, même si souvent, les flics sont confrontés à des situations plus ou moins légales, au désaveu de leur supérieur, à des « fausses » bavures qu’on leur fait endosser… Avec Dan Sasson, qui a écrit le scénario avec moi, on voulait être au plus juste de la vérité, bannir les à priori car souvent la fiction est en dessous de la réalité.
Le postulat du film était : tout est possible à condition que ce soit vrai et crédible !
Nous avons fait lire le scénario à des policiers qui ont été satisfaits et ont vu qu’on était bien documenté. Souvent les polars français sont invraisemblables.
Je voulais que ce film soit truffé de détails vrais, de trouvailles et que le public se rende compte du travail de recherche qu’on a fait.
Pouvez-vous dire que c’est un film moraliste ?
Je dirais plutôt que, s’il y a un message, c’est la prévention. Je pense que lorsque les jeunes verront ce film, ils n’auront pas du tout envie d’aller vers la drogue.
Ce qui me motive, ce n’est pas de faire des films « moraux » mais tout simplement du bon cinéma et surtout, de faire des films sur des métiers peu connus, des personnages inédits… pas des super héros mais simplement des personnages humains.
Vous avez fait le choix de trois superbes comédiens qui sont, sinon à contre-emploi, du moins dans des registres qui leur sont inhabituels !
Oui et je trouve ridicule qu’on classe des comédiens dans des types de rôles. Raimu, Bourvil, Fernandel pouvaient passer du rire aux larmes, de la comédie au drame et tout vrai comédien peut et doit savoir le faire. Un artiste doit pouvoir tout jouer.
Les étiquettes, je ne veux pas connaître et d’ailleurs, je crois que tous trois sont très crédibles !
Avez-vous envie de les réunir à nouveau ?
C’est drôle ce que vous dites car, si ce n’est pas encore un projet, c’est une rêverie que j’ai : faire la suite de cette histoire car je la trouve inachevée, L’histoire et le décor ont été posés, les personnages bien installés et aujourd’hui je voudrais les développer.
Je me pose la question : que vont devenir Julie et Simon ?
Pour le rôle de Boisselier, c’est clair, il n’y a plus rien à faire et il faudrait trouver un type encore plus méchant, encore plus fort.
Mais lorsqu’on fait une suite, il faut qu’elle soit plus forte, sinon ce n’est pas la peine…
Alors… on y réfléchit !
|