
SIX-FOURS -LES VOIX DU GAOU L'ILE BATTUE PAR LE VENT, LA PLUIE & LES RYTHMES
Triste été pour les Voix du Gaou, un festival aujourd'hui renomme mais cette année très malmené par le temps épouvantable qui a sévi tout le mois de juillet. Heureusement, les organisateurs n'ont perdu ni leur pêche, ni leur bonne humeur, ni leur optimisme et les spectacles qui n'ont pas été annulés ont été suivis de milliers de spectateurs qui, au fil du temps, ont pataugé dans la gadoue ou soulevé de la poussière !
Un lieu magique où les artistes sont heureux de venir et ont la surprise de découvrir cette île miraculeuse où le public est toujours survolté.
Une belle douche et un vent de folie pour Cocoon qui n'en n'ont pas moins régalé le public gelé, Une douce soirée et néanmoins rock'n roll pour Louis Bertignac et Texas, une nouvelle douche mais un public électrique pour Aloe Blacc et le phénomène Ben, l'oncle soul qui ont mis le feu à l'humidité ambiante et un Jamiroquai plus fou que jamais, sosie de Clint Eastwood, qui a réchauffé la foule en transe...Voilà pour les spectacles que nous avons suivis et pour les belles rencontres que nous avons faites et que nous vous faisons partager...
JB
LOUIS BERTIGNAC :
"MES ENFANTS, C'EST CE QUI M'EST ARRIVE DE PLUS BEAU"
Il est débraillé, pas coiffé, pas rasé... Mais il est souriant, gentil, presque géné d'être là et son sourire est celui d'un enfant timide. Quel charme, ce Bertignac ! Et quelle simplicité, lorsque l'interview devient conversation intime, qu'il nous parle de politique et de la drogue dont il est revenu depuis bien longtemps, de ses compagnes et qu'il nous montre avec tendresse et émotion les photos de ses filles !
Un vrai joli moment dans l'enfer du froid, de la pluie, du vent et des décibels du Gaou !
"Durant tout juillet je fais en moyenne 7 concerts tous les 10 jours...
Et vous tenez le coup ?
La journée je suis crevé, j'ai mal partout mais mon médicament c'est la scène. Là, j'oublie ma fatigue et après le concert, je suis tellement remonté que je suis en pleine forme jusqu'au petit matin !
D'où la fatigue du lendemain !
Eh oui car j'ai une telle montée d'adrénaline qu'il faut que j'attende ce temps-là pour que l'excitation redescende !
35 ans de carrière, quelque 3000 concerts, ça vous passionne toujours autant ?
Oui et de plus en plus ! La musique, c'est ma vie et depuis que je me produis et que je suis entièrement libre, c'est formidable.
Que pensez-vous des jeunes artistes d'aujourd'hui ?
J'avoue que ça ne me passionne pas plus que ça mais il m'arrive quelquefois de tomber sur quelqu'un qui me plaît. Je suis resté sur les musiques de mes 15 ans : les Beatles, les Stones, Led Zeppelin... Mais je suis prêt à découvrir les nouveaux Beatles !

Vous travaillez tout de même avec des jeunes ?
Oui et de préférence... des femmes et... des femmes brunes ! Corine de Téléphone, Carla Buni, Beverley Jo Scott, les Plasticines, Joyce Jonathan... Je préfère bosser avec des femmes, ça a plus de charme et lorsque je suis enfermé seul dans mon studio, l'arrivée d'une femme m'enchante... A condition qu'elles n'essaient pas de transformer l'homme ou l'artiste, ce qui m'est arrivé et que je ne veux plus qui arrive. Même au niveau des vêtements : aujourd'hui c'est moi qui m'habille... chez "L'Eclaireur" ! Mais c'est vrai que j'ai tendance à être négligé. Je ne fais pas d'efforts !
Pourquoi avoir tant attendu pour faire une carrière solo ?
Le hasard, les circonstances. Lorsque Téléphone s'est arrêté j'y ai pensé. Et puis Corinne est venue mettre de l'ordre dans mes affaires, elle a cru que j'avais besoin d'une maman et l'on a créé les Visiteurs. Jusqu'au jour où j'ai vraiment eu besoin d'être seul...
Aujourd'hui, vous avez deux petites filles...
Oui, Lola, 7 ans et Lili, 4 ans. Chacune porte deux L (ailes)... car ce sont des anges !. Les enfants, c'est ce qui m'est arrivé de mieux dans ma vie...
Quel papa êtes-vous ?
Un papa rock ! Lola se pose déjà beaucoup de questions. Elle est un peu comme moi, assez secrète mais elle adore la musique même si elle est toujours un peu surprise de voir son papa à la télé ou dans les journaux. Lili est plus délurée, plus extravertie. Elle est folle de musique, joue de la guitare et de temps en temps elle monte sur scène et veut me prendre la mienne... J'ai fait une tournée avec elles, ça a été le plus beau moment de ma vie !
Si elle veulent faire le même métier ?
Elle le feront ! Je ne les pousse ni dans un sens, ni dans l'autre. Mais je serai très attentif aux embûches qu'elles pourront rencontrer .
La drogue ?
Entre autre mais pas seulement. Mais la drogue oui car je sais de quoi je parle. Mais lorsqu'on a la volonté d'en sortir, c'est possible... La preuve. Aujourd'hui ma meilleure drogue c'est la scène et ça, c'est une bonne accoutumances et je ne peux vraiment pas m'en passer.
Faire de la musique et donner du bonheur aux gens, c'est ce que je sais faire de mieux. En plus, c'est un bonheur visible.
Et pour l'égo, c'est extraordinaire !!!

SHARLEEN SPITERI, THE TEXAS'S GIRL
Dès 1989, l'on était charmé par ce nouveau son venu d'Ecosse, emporté par un groupe dont la figure de proue emblématique se nommait Sharleen Spiteri. Le groupe ne nommait bizarrement Texas et Sharleen charma des millions d'hommes. mais également, avec ces hommes, elle fit grimper dans les hits du monde entier "I don't want a lover" qui se vendit à plus de deux millions d'exemplaires.
Vingt ans après Sharleen fait cavalier seul et sort deux albums et retrouve cette année... le carré d'as de Texas qui, lui aussi, avait pris d'autres directions.
Le groupe reformé, les revoici sur scène et de passage à Six-Fours, aux Voix du Gaou. Evénement. D'autant plus que, si certains artistes français refusent de nous recevoir (N'est-ce pas Monsieur Noah !), l'adorable Sharleen, au visage de poupée de porcelaine et au bel accent écossais, nous reçoit en toute simplicité dans sa loge, une demi-heure avant de monter sur scène.
Chapeau et merci, Madame !
Sharleen, pourquoi cette séparation ?
Nous avions tout simplement, tous, envie de prendre l'air, enfin, un autre air, après 20 ans passés ensemble. C'est pour cela que, chacun de notre côté, nous avons travaillé autrement. Et c'est ainsi que j'ai fait deux albums solo. Mais nous n'étions jamais très loin les uns des autres car nous n'étions pas fâchés et nous avons tous collaboré sur les albums des uns et des autres.
Qu'est-ce que vous avez donc fait que vous ne faisiez pas avec "vos hommes" ?
Justement... j'ai travaillé avec des femmes ! et je pense que mon premier album solo sonnait différemment avec un son très féminin. D'abord il n'y avait plus de guitares à outrance et je dois avouer qu'à part cinq batteurs que je supporte, je n'aime pas trop la batterie. J'ai donc travaillé sans batterie. Elle est venue après que le disque soit enregistré. Un batteur peut totalement nuire à un enregistrement et le dénaturer.

Alors, ce retour ?
Il s'est fait tout naturellement... Nous avons attendu que le public nous redemande, ait besoin et envie de nous revoir. Ce qui est drôle, c'est que la demande a été plus forte en France que dans les pays anglo-saxons !
A quoi cela est dû ?
Je ne sais pas, il faudrait le leur demander. Mais les Français sont beaucoup plus attentifs à ce que nous faisons.
La France vous aime... Aimez-vous la France ?
Oh oui, depuis la première scène que nous avons faite à Paris, alors que nous débutions. La France est un beau pays et cet été nous avons quelques dates et nous en sommes très heureux.
Des souvenirs de France ?
Oh oui... Je ne sais pas si c'est racontable : J'ai une amie qui habite Cognac et nous sommes allés y jouer. J'y ai découvert le Cognac et le Pinot...et j'en ai un peu abusé. Le blanc, le rouge, le Cognac avec du Schweppes... Bref, j'ai eu beaucoup de mal à monter sur scène !
Ce retour sur scène, comment l'avez-vous vécu ?
C'est drôle car j'ai eu l'impression de n'avoir jamais arrêté. Nous nous sommes retrouvés comme avant et j'ai retrouvé la même fusion qu'avant.
Alors, plus question de vous séparer ?
Ca n'est pas à l'ordre du jour. Déjà nous avons recommencé à écrire ensemble et nous préparons un nouvel album !"

BEN, L'ONCLE SOUL... LA NOUVELLE IDOLE DES JEUNES... ET DES FANS DES SIXTIES !
Benjamin Duterde, alias, Ben, l'Oncle Soul, a fait un carnage aux Voix du Gaou...
7000 personnes, malgré la pluie se sont agglutinées sus les parapluies, les capuches et les sacs plastique pour ovationner la nouvelle idole du rythm'n bues, le vrai, celui des origines popularisé par la Tamla Motown, cette dernière d'ailleurs, ne s'étant pas trompée en signant très vite ce nouveau génie de la musique. Il a relancé ce style musical ainsi que son look original des sixties : costume cintré, bretelles, nœud papillon...qui le fait tellement ressembler à un certain black d'une pub pour le riz qu'il a été surnommé l'oncle Soul... le vrai nom lui ayant été interdit !
Il est jeune, il est dégingandé, il est souriant et plein d'humour et de simplicité... Pourvu que ça dure !!!
Petite lunettes rondes, casquette de base-ball, il vient s'asseoir en ce court moment d'accalmie ensoleillée, pour une conversation à bâtons rompus. Il nous avoue être arrivé à ce métier de chanteur par hasard :
"J'étais aux Beaux-Arts où je préparais ma cinquième année. En parallèle, le week-end, je faisais de la musique avec mon pote Gabin Lesieur. C'était en dilettante puisque j'ai passé - et réussi ! - mon examen de cinquième année. Les deux choses étaient bien séparées. On s'amusait avec les copains musiciens à faire de petits galas jusqu'au jour où nous avons mis deux ou trois morceaux sur my space. Motown est tombé dessus, a buzzé, m'a appelé et m'a fait signer !
C'était inespéré, non ?
Oui, bien sûr... mais je ne me sentais pas prêt. Alors, après avoir signé, je leur ai déclaré qu'on se reverrait... dans un an ! Le temps de préparer des chansons et de ne pas enregistrer n'importe quoi. Aussi, je suis reparti à Tours retrouver mes musiciens.
C'est quand même gonflé !
Peut-être, d'autant qu'en fait, on a bossé deux ans ! Mais je ne voulais pas sortir un disque qui fasse amateur. Entre temps, j'ai fait un album de reprises Tamla Motown (Ray Charles, Aretha Franklin, Marvin Gaye, Otis Redding...) pour faire patienter mais aussi pour prendre du recul. Je voulais faire de la musique désinhibée et montrer notre vraie couleur. Je voulais faire un pont entre la musique d'hier et d'aujourd'hui. Après ça, j'ai fait mon disque en toute liberté, sans pression. D'ailleurs, tout Motown qu'ils étaient, s'ils étaient intervenus, je leur aurais dit d'aller se faire foutre. J'ai même imposé mes musiciens, qui sont mes potes. Mais aussi parce que ce sont d'excellents musiciens, sinon je ne les aurais pas pris. Pas idiot !

Tu chantes en Français et en Anglais...
Oui, je travaille avec Gabin et Beat Assaillant, Je fais les musiques, ils se partagent les paroles afin d'être le plus efficace possible. Chanter en Français est un choix que j'assume car la langue française sonne aussi bien si l'on sait la faire sonner, trouver des mots appropriés. Ce qu'ont su très bien faire des mecs comme Brel ou Nogaro... C'est lié à la manière d'écrire.
Tu as collaboré avec nombre d'artistes...
Oui parce que c'est enrichissant et de plus, ce sont toujours des rencontres coup de cœur, avec Hocus Pocus, Beat, Electro de Luxe, Akhenaton... Ce sont des rencontres sur des festivals, des échanges qui débouchent sur des collaborations amicales.
Sur scène, tu t'éclates vraiment !
C'est pour ça que je fais ce métier et avec moi, tu ne sais jamais ce à quoi tu t'attends car ce n'est jamais pareil deux soirs d'affilée. La scène, c'est notre plaisir et il n'y a pas de barrières, c'est la liberté totale, on peut tout faire, tout essayer, tout changer, nous sommes hyper libres. A chaque balance on essaie des choses afin de ne pas se lasser ni lasser les gens qui reviennent nous voir. Ils ne voient jamais le même spectacle. Surtout pas de routine !!!
Ce succès soudain, comment le vis-tu ?
Très mal tu penses !!! Je le réalise tous les soirs avec joie quand je vois l'enthousiasme du public, cet impact, ce soutien... C'est hyper agréable . Moi qui ai une certaine pression, ça me rassure et ça me galvanise.
Es-tu déjà sur le prochain album ?
Non, je veux en terminer avec le premier que je chante tous les soirs et ça m'empêche de travailler sur autre chose. Je veux rester dans cette ambiance du premier pour pouvoir, après, tourner la page et passer au second. Qui sera d'ailleurs différent car aujourd'hui j'ai l'expérience de la scène et je travaillerai les morceaux dans cette optique là. Il faut que je lâche le premier bébé pour passer au suivant.
Que t'a apporté la scène ?
Plein de choses : l'assurance, le plaisir du partage, l'ouverture vers les autres. C'est énergisant, ressourçant, ça nourrit. Il y a les rencontres avec les artistes, avec le public. Passer de 70.000 personnes au festival de Montréal, pour me retrouver, quelques heures après, dans une boîte avec Prince ou Maceo Parker, c'est fantastique et ça remet les pendules à l'heure.
C'est toi qui a conçu la pochette ?
Ben oui... Les restes des Beaux-Arts ! Mais aussi parce que j'aime vraiment le faire, j'aime tout suivre d'un bout à l'autre, je sais exactement ce que je veux et c'est vachement bien de pouvoir maîtriser ça car j'adorais les pochettes vinyles et j'ai voulu garder cette magie mais aussi proposer aux gens un concept, un bel objet. Je me rends compte aujourd'hui à quel point les Beaux-Arts me servent. J'ai d'ailleurs été nommé pour ma pochette aux Victoires !!!
Le Net, c'est important pour toi ?
Pas plus que ça. Je préfère le contact charnel au contact virtuel. Pour moi c'est plus important. Je sais qu'aujourd'hui c'est indispensable aussi, comme tout le monde, j'ai un blog. Et puis je vois les images de mes concerts. Mais le Net me sert surtout à acheter de la musique... et des nœuds papillon !!!"

Un reportage de Jacques et Julien Brachet |