Bons plans
    - Les bons plans

  Cinéma
    - Gad ELMALEH
    - Soraya NINI

  Ecriture
    - Michel DRUCKER
    - Gérard LENORMAN
    - Notes de lecture
    - Bios

  Evénement
    - Cloclo à La Garde
    - Danse à Cannes
    - Des nouvelles du ski
    - Choeurs de lumière

  Expos
    - Salon d'automne
    - Jacques RENOIR

  Festivals
    - Portraits de femmes
    - Communication responsable

  Gastronomie
    - Belgentier tout chocolat
    - La Bastide de Tourtour
    - Des nouvelles du Bandol

  Musique
    - Idées cadeaux
    - CD nouveaux
    - Casse-Noisette
    - Orphée et Eurydice
    - Laissez passer la chanson
    - ARNO
    - Mes sixties

  Portraits
    - Hugues AUFRAY
    - Mine VERGES

  Théâtre
    - Toc Toc
    - Goldoni folies
    - Claudine COSTER

  Tourisme
    - Noël à Montbéliard
    - Les 3 Vallées
    - Le Pays Basque
    - La villa Massalia

 

UNE JOURNEE AVEC GAD ELMALEH… DU RIRE AUX LARMES

Ce samedi 1er décembre, nous avions à Toulon Noël avant l’heure : la venue de Gad Elmaleh, comédien emblématique s’il en est qui, grâce à un certain Chouchou, est devenu le number one des comédiens comiques, le préféré des Français et qui, en ce samedi, nous offrait un film, un spectacle et sa présence… Quoi demander de plus ?
Tout d’abord le film qui sortira le mercredi 12 décembre : « Comme ton père », signé du réalisateur israélien Marco Carmel dont c’est le premier film. Et quel film !
Dur, fort, poignant… Noir.
Noir c’est noir… il n’y a vraiment plus d’espoir sinon dans les cinq dernières minutes du film !
C’est peu mais le film vous scotche de bout en bout car ce drame est superbement interprété par deux magnifiques comédiens : Gad Elmaleh et Richard Berry. Richard, c’est sans surprise car il nous a habitués à ce genre de rôle fort et de parfait salaud qui n’a qu’une loi : la sienne. Il y est magistral.
Mais Gad, qui nous a habitués à des rôles légers, déjantés et drôles, il plonge, comme Coluche avec « Tchao Pantin » dans le drame total et il y est tout simplement génial, parce que tout en nuances, jouant sur une palette de sentiments comme seuls savent le faire les grands. Il nous émeut, il nous surprend, il nous laisse sous le choc. Bravo l’artiste !
Le sujet est quelque peu autobiographique du réalisateur. Félix est un israélien qui débarque en France pour y refaire sa vie. Brave homme, adorant sa femme et ses enfants, naïf et idéaliste, il va se retrouver sous la coupe de Serge, un truand venant du même pays et là, ça va être la descente aux enfers qui va bouleverser toute la famille. A ses côtés la lumineuse comédienne Yaël Abécassis, femme aimante qui défendra son mari contre vents et marées et protègera ses enfants tant bien que mal. Les deux jeunes comédiens Jules-Angelo Bigarnet et Corentin Daumas sont également parfaits.
C’est un film on ne peut plus noir et encore, le réalisateur nous avoue qu’il a dû écrire un second scénario car le premier était… trop noir !
Trop noir, qu’est-ce que ça veut dire ?
Je ne vous le dirai pas, nous avoue-t-il en riant car si j’ai enlevé des choses c’est que je ne voulais pas en parler… Donc je n’en parlerai pas ! 
Voilà. On n’en saura donc pas pluslors de notre rencontre avec les deux artistes dans le salon feutré du Pathé Liberté de Toulon où chacun est inquiet à sa manière : Marco, très réservé, maniant un français hésitant mais parfait et un peu angoissé de nos réactions. Gad, charmeur, rieur, malgré un nœud au ventre qui grandit, l’heure tournant pour aller retrouver son public dans la salle puis l’autre public qui l’attend au Zénith.

« Gad, tu parles super bien l’hébreu !
Je le parlais un peu au Maroc mais je dois dire que j’ai appris les phrases du film par cœur et je crois que je m’en suis bien sorti. Par contre, dès que je m’énervais un peu, j’avais tendance à perdre mes mots. Je les retrouvais en regardant Yaël qui est si belle !
Marco, où avez-vous trouvé ces décors des années 70 ?
Sur un ordinateur ! Parce qu’aujourd’hui on ne trouve plus ces décors-là alors on les a reconstruits sur ordinateur et ça nous a donné deux mois de travail !
Gad, tu entres là dans un nouveau registre… Difficile ?
Ce film c’est celui des premières fois : première fois que j’aborde un drame, première fois que j’ai des enfants et même, première fois que j’ai une femme à l’écran ! Je vieillis, quoi !
Evidemment, ça m’a donné beaucoup plus de travail que pour une comédie car ce n'est pas mon quotidien et le travail d’acteur est plus important. Ce qui m’a aidé, c’est que Marco ne m’avait vu qu’au cinéma et pas sur scène. Il n’avait donc pas d’à priori sur mon image de comique…
- C’est vrai – ajoute Marco – que lorsque je l’ai rencontré, sur une plage de Tel Aviv, j’ai su tout de suite que c’était là car je voulais un type qui ait beaucoup de charme mais qui pouvait devenir assez dur. Un type un peu ambigu qui fait des conneries, qui n’est pas très clair mais qu’on puisse quand même aimer. C’est ce mélange là que je voulais doser et qu'a très bien compris Gad…
- Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il a d’abord proposé le rôle à plein d’autres comédiens !
- Remettons les choses en place : lorsque j’ai parlé de Gad à la productrice d’alors, elle m’a dit que ce n’était même pas la peine de lui demander tant il avait de propositions. Il a fallu que je change de productrice et que je rencontre Gad pour que ça se fasse.
- Ce qui m’embêtait au départ c’est que Félix entrait très vite en prison pour revenir à la fin du film. Alors on a remédié à ça en ajoutant des scènes !
Est-ce que sur un tournage aussi dramatique, on peut rigoler ?
On ne peut pas rigoler… on « doit » rigoler et c’est vrai que c’est sur ce genre de films qu’on rigole le plus car il y a une telle tension qu’il faut de temps en temps se lâcher. Sur un film comique on rit assez pour ne pas en rajouter et il y a un timming, un rythme à respecter. Là, la tension est telle, le tournage est tellement difficile qu’il faut de temps en temps s’aérer. Et puis, pour certaines scènes, il y a de la pudeur, de la gène et ma façon à moi de réagir est de rigoler.
Un exemple ?
Eh bien, lorsqu’il faut embrasser une femme à l’écran, devant trente personnes, je suis très mal à l’aise. Rassurez-vous, dans la vie je sais très bien embrasser mais devant toute une équipe c’est le travail le plus difficile qui soit… Enfin, pour moi, du moins.
Sans compter que dans ce film je suis père et que je le suis aussi dans la vie et de temps en temps, avec les gosses, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à mon fils.

Dans le film, Félix joue souvent sa vie à pile ou face… Est-ce ton cas ?
Je suis un peu fataliste et je crois à la destinée. Je pense que tout est écrit mais que rien ne nous est vraiment donné. A un moment, il faut foncer pour attraper ce que l’on veut. Je suis un fonceur alors souvent, je plonge et je peux faire des choses folles, inconsidérées comme, par exemple, louer l’Olympia alors que mon nouveau spectacle n’est pas écrit ! Mais ça me donne de l’énergie car je sais que si je fais ça, derrière il va falloir assurer. Et puis, rencontrer un réalisateur qui vous veut, par hasard, sur une plage de Tel Aviv… C’est pas un signe, ça ?!!
Que te reste-t-il de fort de ce tournage ?
Plein de choses car j’ai dû construire un personnage très différent de ce que j’ai montré jusqu’ici et ça, c’est très gratifiant. C’est un rôle très payant… enfin, artistiquement parlant car pour le reste…. Bon, ne plombons pas l’atmosphère !!!! J’adore explorer des terrains inconnus, des choses inattendues j’aime que le public me suive mais tout en le surprenant, le déstabilisant, le sédusiant. Je ne veux pas lui donner que ce qu’il attend de moi car très vite je m’ennuie et très vite il me lâchera. Donc ce film est important et j’attends sa sortie avec impatience et un peu d’appréhension.
Que ce soit dans ce film, dans d’autres films, dans ton spectacle, il est souvent question de transmission…
Pour moi, la famille, la transmission, c’est ce qu’il y a de plus important. D’ailleurs, je vais tourner un film cet été dont je suis l’auteur, le réalisateur, le comédien où il est question de ces rapports père-fils. C’est une réflexion sur la mégalomanie, les apparences et l’argent. Je reprends mon personnage de Coco et je traiterai d’un sujet assez grave mais ce sera un film comique.
Marco, est-ce difficile de monter un premier film sur un tel sujet ?
Cela m’a pris quatre ans car durant longtemps, malgré les grands producteurs qui étaient derrière, rien ne se passait. Il m’a fallu un petit producteur et Gad, pour que ça se déclenche.

Votre fils a-t-il vu le film ?
Oui, il a seulement trouvé que ça manquait un peu de bagarre ! Hormis cela, ça lui a fait poser beaucoup de questions sur son grand père.
Et votre père ?
Il m’a simplement dit qu’il était fier de moi.
Vous pouvez donc tourner la page ?
Je crois que j’ai surtout fait ce film pour ça. 
Gad, faire la promo de ce film tout en jouant le soir, c’est dur, non ?
Très dur et j’ai d’autant plus mal au ventre de trac. Mais j’avoue que c’est le spectacle qui m’en donne le plus car le film est là et advienne ce qu’il adviendra. Et puis, c’est plus facile de tourner que de jouer car il y a plus de contraintes, d’exigences, tous les soir sur une scène c’est chaque soir un éternel recommencement. Il faut faire rire quoiqu’il arrive. Je suis tout seul devant le public et il faut qu’il rigole, quoiqu’il me soit arrivé dans la journée. Je suis malade tous les soirs mais une fois que je suis parti, ça va !
C’est donc du non-stop ?
Oui, c’est ma vie en ce moment et j’ai même déjà une idée d’un prochain spectacle. J’aimerais que ce soit une comédie musicale… mais tout seul sur scène !!! »
On vient lui dire que les radios l’attendent pour faire une prise de son… Aussitôt ça devient un sketch :
« Des radios ? Pourquoi me passer des radios ? C’est pour l’assurance ? Et puis, pas question d’une prise de sang… » Et le voilà parti en rigolant malgré l’angoisse qui monte, répondre à nos collègues au micro.
On le retrouvera le soir dans un Zénith toulonnais qui a inscrit « complet » sur les affiches et durant près de deux heures, l’ami Gad va se déchaîner, tout seul sur scène et faire crouler de rire un public qui lui fait une ovation et qui lui dit qu’il l’aime…
Après quoi, un avion l’attend pour une prochaine étape…
C’est ça, la vie d’artiste !

Jacques Brachet

© 2005 Evasion Mag