VU SUR A2
LA FEMME QUI PLEURE AU CHAPEAU ROUGE
UN FILM FRANÇAIS DE JEAN-DANIEL VERHAEGUE EVOQUANT DORA MAAR ET PICASSO , " LES TERRIBLES AMANTS "
C’est un saisissant portrait de Dora Maar, peintre et photographe, plus connue pour sa liaison tumultueuse avec Picasso, que nous offre Jean-Daniel Verhaegue, dans ce télé-film évoquant les amants terribles, magistralement interprétés par Amira Casar et Thierry Frémont qui réalisent de magnifiques performances, allant jusqu’à tellement ressembler aux vrais protagonistes qu’on croit les voir revivre.
Par contre, l’on sort de la projection terriblement bouleversé et surtout passablement abasourdi de voir combien un homme – aussi génial soit-il – peut être immature, dépassant les limites de la goujaterie et du sadisme (inconscience ou tout simplement égoïsme, machisme et perversité portés au paroxysme ?) pour avilir autant une femme. Et surtout, ce que peut endurer d’humiliations une femme amoureuse… On a parfois envie de la bousculer pour qu’elle se réveille et qu’elle lui jette un tableau à la tête !
J’avoue que je ne n’ai jamais été un grand admirateur du peintre… Quant à l’homme, s’il était vraiment ainsi, il ne pouvait être que détestable… du moins avec ses femmes !
Frémont fait une composition magistrale de cet homme ambigu. Quant à Amira Casar, tout en sensibilité, elle est à la fois terriblement humaine et lumineuse.
Jacques Brachet
Rencontre avec ces deux magnifiques comédiens, au 7, rue des Grands Augustins, dans « le grenier », l’atelier de Picasso, qu’il a occupé entre 1936 et 1995, c'est dans ce lieu même qu’il a réalisé « Guernica » (Photo)
THIERRY FREMONT
N'avez-vous pas un peu eu peur d'incarner le rôle de Pablo Picasso?
J'ai toujours peur quel que soit le projet et tant mieux car c'est cette peur qui m'empêche de tomber dans des petites recettes d'acteur et qui m'oblige à me renouveler sans cesse.
Faire entrer un rouquin dans la peau d' un Méditerranéen Espagnol, ce n'est pas évident....Je me suis dit : cette fois, ils vont se rendre compte que je suis un escroc ! Je me suis efforcé de disparaître derrière lui. Pour Picasso je n'étais pas inquiet de devoir composer le personnage , car le défi c'est un peu ma marque de fabrique, mais plutôt de devoir affronter ce genre de " monstre " humain, un tel génie créatif.
Comment et de quelle manière avez-vous composer cette métamorphose ?
Beaucoup de travail pour me familiariser avec son oeuvre ainsi que pour lui ressembler .
Trois mois de préparation, à lire, a observer, à mieux le connaître.
Comme il n'assumait pas sa calvitie à l' époque, je me suis rasé le crâne et j'ai rajouté une perruque. Le maquillage est subtil ainsi que le travail sur les perruques, cela m' a permis de suivre ce génie sur Dix ans. J'ai travaillé aussi mon regard et porté des lentilles noires pour me rapprocher du sien, ces grands yeux noirs dont Brassaï disait : qu'ils ressemblaient comme deux diamants noirs.
De petite taille, il regardait toujours les gens de haut .
J'ai revu le film de Clouzot " Le Mystère Picasso " pour m'inspirer de sa façon de peindre et, avec un coach, j'ai aussi travaillé l'accent espagnol.
Le film retrace une facette peu connue de Picasso. On découvre un être odieux avec les femmes surtout avec Dora Maar ....
C'est un pervers, il aime montrer le pouvoir qu'il a sur les gens, je ne le connaissais pas avant : J'ai appris à l'aimer et je pense avoir réussi à le comprendre. Il était loin du cliché que l’on a du Méditerranéen en pull marin !
Il était essentiel de comprendre ses réactions et sa démarche. Picasso vivait dans une angoisse profonde de la mort, u ne recherche constante d'éternité, une volonté farouche de persister, un besoin de vider son sac aux yeux du monde.
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AMIRA CASAR.
Avant d'incarner Dora Maar , connaissiez-vous le personnage ?
Elle me fascine depuis 15 ans. J'ai découvert son oeuvre en faisant des photos avec le photographe Paolo Roversi, passionné par le surréalisme et le travail de Man Ray qui a signé le célèbre portrait de Dora . J'ai été fascinée par son regard à la fois glaçant, envoûtant et dangereux. Elle était r ayonnante, c’était une femme-phare du surréalisme, peintre et photographe. C'était une immense artiste.
Comment avez-vous réussi à l'approcher avec autant de justesse ?
On m'a souvent dit que je lui ressemblais, entre autre James Lord, un auteur surréaliste qui l'a bien connue. Je me suis appuyée sur la correspondance de Brassaï avec qui elle a travaillé. C’était une femme libre avec beaucoup de style, elle portait des chapeaux de Schiaparelli, des bijoux de Vautrin. Je me suis nourrie de tout ce que je trouvais sur elle. Etant une grande gourmande, j'ai dévoré livres et biographies, et je me suis coupée du monde.
L'issue est tragique entre ces terribles amants, n'a-t-elle pas tout perdu ?
Pas si sûr ! Lorsque Dora rencontre Picasso, elle le veut, le désire et elle sait bien où elle met les pieds. Il y a un Jeu entre eux. Il a trouvé une partenaire sur mesure, il pique, elle répond.
Elle lui a aussi beaucoup appris dans le milieu de la politique. Dora n'est pas une muse à mon sens. Il est lui aussi fasciné par cette femme, il épuise les autres mais tout en se protégeant.
Quand il peint Guernica, elle est là journellement présente, photographiant chaque étape de cette toile. De cet art, de cet appétit dévorant et dévastateur tous deux en sortent épuisés.
Mais étant plus robuste et en toute connaissance de cause, Dora c'est laissée dévorer par son fauve.
Elle le voulait. C'était le prix à payer pour cette expérience de l'amour !
Propos recueillis par Evelyne Laurent

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