Non, ce n’est pas parce que cette fête du livre était sur le thème de la gastronomie qu’elle a été sous le signe de la femme mais tout simplement parce que nombre de romancières se sont faites remarquer par leur talent.
D’ailleurs , en cuisine, bizarrement, il y a plus de chefs hommes que femmes...
Rassurez-vous, il y a aussi d’excellentes cuisinières, nous en avons rencontré une et ce fut un grand plaisir !
Voilà donc mes dames d’à côté, rencontrées pour vous.
LES TROIS BELLES DAMES DE CHEZ GRASSET
Elles étaient trois, plus belles l’une que l’autre et pas seulement physiquement car ces trois romancières ont plus d’un point commun, en dehors du fait qu’elles écrivent superbement bien, et que l’une des trois n’en est qu’à son premier roman.
Mais toutes trois parlent du rapport à la mère et de la liberté avec beaucoup de sensibilité. .
Claire Gallois, romancière et essayiste, avait obtenu son premier succès avec « Une fille cousue de fil blanc » en 1970 (qui vient de ressortir), où elle raconte, avec des flash back, l’histoire de sa sœur morte un jour d’été sur la route et son cheminement à travers ce vécu à la fois si flou et si présent avec aussi l’ombre d’une mère bourgeoise qui centrait sa vie sur sa sœur. Il lui faudra du temps pour démêler ses sentiments entre mère et sœur. A tel point que, presque 40 ans après dans « L’empreinte des choses cassées », sa sœur revient ainsi que sa mémoire qui croyait avoir oublié certaines séquences de cette période. Mais c’est à travers un discours d’entrée à l’Académie Française qu’elle en parle, entre deux coups de griffe à cette Académie qui la reçoit, et qu’elle se raconte sous un jour nouveau, 40 ans après.
C’est à la fois drôle et poignant, féroce et insolent.
On ne présente plus Malika Mokeddem qui nous offre toujours des romans très forts et souvent autobiographiques et cette histoire « Je dois tout à ton oubli » est une histoire poignante – lui est-elle arrivée ? – sur une scène de l’enfance de Selma, son héroïne, qu’elle avait occultée et lui revient en pleine figure : l’assassinat du bébé de sa tante enceinte alors qu’elle n’était pas mariée. Elle a vu. Elle a oublié. Et voilà que tout à coup la scène ressurgit et qu’elle va essayer de demander des comptes à sa mère en retournant dans une Algérie qu’elle a quitté pour vivre une vie de liberté. Retour aux sources avec l’ambiguïté d’appartenance entre les deux pays. C’est très poignant.
Sarah Chiche a-t-elle vécu, elle aussi, ce qu’elle raconte sous ce nom emprunté, dans une famille pas comme les autres où la mère a jeté le père et vit entre deux amants sans se préoccuper de cette fille plus que gênante, non désirée, qu’elle humilie et qui est quelquefois livrée à ses amants pervers. Comment « L’inachevée » peut d’abord vivre dans ce maelström malsain, s’en sortir surtout et pouvoir se reconstruire et construire sa vie, avant de se rendre compte qu’Hannah est faite pour aimer plus que pour pleurer ?
Si la mère est toujours omniprésente, à la fois haïe et aimée, le père sera toujours l’absent, celui dont on attendait l’amour et la délivrance d’un cauchemar.
Le chemin est long, c’est un parcours du combattant que Sarah Chiche nous raconte avec ses mots à elle (quelquefois très savants et inconnus !) et l’espoir au bout.
Photo : Sarah Chiche, Claire Gallois, Malika Mokeddem
TROIS PORTRAITS DE ROMANCIERES
Elle ont en commun le talent de l’écriture, le goût de l’aventure et de la liberté, la passion d’écrire et du cinéma. Avec trois styles fort différents, voici donc trois portraits de femmes remarquables.
YSABELLE LACAMP : « A 48 ans, je ne m’étais jamais mise en colère ! »
Je l’avais rencontrée lorsqu’elle avait sorti son premier roman oh combien érotique, en 1987. Je l’avais trouvée belle, intelligente, drôle et de plus, en dehors de cette publicité faite à ce livre très courageux pour une femme, il y avait un fond d’Histoire et de recherches non négligeables. C’était il y a près de 20 ans.
Depuis, elle a écrit nombre de romans, a été comédienne, journaliste, animatrice… Elle a même fait des voix en doublant des films ! Un éclectisme qu’elle revendique.
Je la retrouve inchangée, toujours aussi radieuse, avec un tout nouveau roman « Le jongleur de nuages » (Ed Flammarion), encore une belle épopée sur fond d’Histoire de France et de héros chinois en quête d’identité. Une recherche initiatique pleine de rebondissements, pleine d’images fortes, un roman écrit avec humour, élégance, passion et émotion.
« Ysabelle, où vous situez-vous, finalement ?
Mais partout ! Pourquoi devrais-je me situer ou choisir un camp ? j’agis dans des domaines divers mais je pense qu’il y a une logique implacable des vases communicants. J’ai une sensibilité à exprimer et il me semble normal d’intervertir ou d'entrecroiser les arts et les plaisirs. C’est un besoin pour maturer mes pensées mais c’est surtout à travers l’écriture que je m’exprime le mieux.
Que représente l’écriture pour vous ?
C’est une symphonie dans laquelle participe la musique, la peinture… c’est l’art total où je peux inventer les mots, l’histoire, les décors, les costumes, les personnages… Je suis mon propre metteur en scène et je n’ai donc pas l’impression d’aller dans tous les sens comme on pourrait le croire ! Je peux aussi exprimer des choses très intimes, faire chanter les mots et c’est pour moi beaucoup d’émotion.
L’animation, le journalisme, vous y avez touché !
Oui et c’est un prolongement de l’écrivain même si ce n’est pas si évident que ça. Ca a été pour moi une leçon d’humilité car le mystère humain m’intéresse au plus haut point : il suffit d’un déclic pour que tout bascule. Lorsque je fais ça, je suis sur la même voie et cette voie n’a qu’un sens : me rapprocher au plus juste de l’humain, remonter l’espace. Lorsque j’écris, je tente d’être en empathie avec une période en ne perdant pas de vue le support romanesque.
Parmi les choses que vous n’avez pas encore faites, où aimeriez-vous aller aujourd’hui ?
Vers le théâtre mais en tant qu’auteur. Ecrire une pièce de théâtre est un art que je voudrais sublimer mais pour le moment ça me semble inabordable. J’aime m’immerger dans un champ romanesque pour me retrouver.
A propos de théâtre, vous avez été comédienne !
Oui mais je l’ai été un peu malgré moi. J’étais « gamine », j’avais un physique typé mais j’ai très vite eu l’intuition que la comédie, le cinéma, ce n’était pas ma vocation. C’était simplement un pont fabuleux pour passer à l’écriture. Il y a toujours une suite logique des choses !
Pourtant vous êtes revenue au théâtre !
Oui, à 50 ans je suis montée sur les planches et ça a été une expérience extraordinaire. Si j’ai dit oui c’est parce que cette pièce « T’es pas ma mère » est tirée d’un roman de Prune Berger et conçue à travers trois monologues. Le texte prenait consistance au fil de l’émotion et ça a été pour moi un plaisir intense que de me livrer corps et âme. Ca m’a beaucoup aidée dans mon écriture par la suite car ça a été une expérience initiatique qui m’a appris beaucoup de choses sur moi. Ca m’a donné la capacité de me réincarner à travers les mots, de m’extérioriser…
C’est-à-dire ?
Savez-vous qu’à 48 ans, je ne m’étais jamais mise une fois en colère ! Ca m’a révélée à moi-même et ça a été très jouissif ! Ca a été une expérience de fou, ça m’a appris à la fois à m’extérioriser et à me contrôler à travers les mots, les répliques et du coup, ça m’a permis d’avoir une écriture plus profonde. Ca a débloqué quelque chose en moi de très intime qui s’est développé au profit de l’écriture … Ce qui m’aide aujourd’hui à bien vieillir !
Vous y pensez souvent ?
Comme tout le monde surtout lorsque je vois qu’aujourd’hui, au cinéma, on me propose de faire des voix de dessins animés et non des rôles de comédienne !!!
Vieillir, je le prends avec philosophie, je ne fais pas de jeunisme et surtout je relativise beaucoup depuis que mon compagnon est mort trop jeune. Je me dis que je suis en sursis et que chaque jour est un jour de gagné. Je profite donc de la vie au maximum."
JANINE BOISSARD : « Je suis heureuse d’avoir été l’anormale… »
Voilà encore une femme aux multiples talents puisqu’elle passe du roman au scénario, du livre au cinéma avec un égal bonheur et un égal succès. Jacques Dutronc, Danièle Darrieux, Line Renaud, Sandrine Bonnaire, Guy Bedos ont joué dans des séries, des films ou des télé-films à succès qu'elle a écrits comme « OK patron », « L’esprit de famille », « Une femme en blanc », « Miss »…
Janine Boissard est une boulimique d’écrite. C’est en grande partie sa raison de vivre et la rencontrer est rencontrer une passionnaria pleine d’enthousiasme et de joie de vivre… Un grand plaisir.
« Vous savez, dès l’âge de 5 ans je savais lire et écrire et j’avais déjà la rage d’écrire. Mais je ne suis pas la seule car je suis d’une génération où tous les enfants savaient lire et écrire ! J’ai toujours été première en Français même si j’étais nulle partout ailleurs et comme j’étais super active, je me suis faite virer de toutes les écoles, au désespoir de mes parents. A tel point que je n’ai jamais atteint mon bac. J’avais quatre sœurs et un frère et j’étais « l’anormale de la famille » ! Du coup ma mère a cru trouver la solution… en voulant me marier !
Et vous avez rué dans les brancards ?
Je savais déjà que ce n’était pas dans le mariage que je me calmerais et surtout, que je voulais écrire ! Je suis née créateur et je me rendais compte que je n’étais pas comme tout le monde. Ca vous isole aussi et j’ai beaucoup souffert de la solitude. C’est pour cela aussi que j’étais pressée d’être reconnue en écrivant « une œuvre »
Alors ?
Alors j’ai écrit mon livre en cachette car je savais qu’on me découragerait. Une fois fini, j’avais alors 18 ans et je suis partie le montrer à Julliard.
Pourquoi Julliard ?
Parce qu’il venait de publier Sagan et que j’avais une voie un peu parallèle ! Ca a été le miracle, il a publié le livre sous mon nom de femme mariée Janine Oriano. C’était un polar et j’étais alors la seule femme à figurer dans une série noire. Même aux Etats-Unis, il n’y en avait pas !
Pourquoi un polar ?
J’avais rencontré Jean-Claude Brisville qui m’avait dit : « Si tu veux gagner ta vie en écrivant, écris un polar. Ce que j’ai fait et ça a marché.
Pourquoi ne pas avoir continué ?
Je voulais me diversifier et j’ai écrit « L’esprit de famille » qui a fait un carton, un succès immense traduit partout et qui est devenu une série TV. A partir de là, j’ai vécu de ma plume et sous mon nom de jeune fille que j’avais repris ! J’ai même été surnommée « la millionnaire du livre » !
Qu’est ce qui vous rend la plus fière : être célèbre ? gagner de l’argent ?
Non, c’est surtout qu’après avoir écrit 30 romans, j’ai gardé mes lecteurs… et surtout mes lectrices car j’ai un public essentiellement féminin et qui se renouvelle. Et puis aussi, de pouvoir passer d’un genre à l’autre car j’ai toujours choisi l’aventure. Je suis passée d’une femme médecin à une femme pêcheur… même si j’ai très mal au cœur en bateau ! J’ai toujours foncé avec enthousiasme et n’ai jamais reculé devant l’effort et l’inconnu.
Votre nouveau livre « Malek « (Ed Fayard) est encore un défi, une inconnue ?
Oui car lorsque j’ai rencontré Malek Chebel au salon du livre de Nice et qu’il m’a raconté l’histoire de son enfance prise dans le tourbillon de la guerre d’Algérie où il va être séparé de sa mère et connaître beaucoup de cruauté avant de s’en sortir par le souvenir des contes que lui racontait sa mère, l’amour, l’amitié, la lecture et sa vie en France, tout cela m’a beaucoup touchée. J’ai ressenti très fort ses blessures et j’ai voulu raconter tout ça. Au départ il a refusé mais je suis revenue à la charge et un jour il m’a dit « OK, vas-y… Mais c’est parce que c’est toi ». Malik, ça a été un coup de cœur réciproque. Il m’a fait confiance, il aime ma spontanéité, j’aime sa façon de voir la vie, son énergie, son histoire est une histoire universelle
Il est tout ce que je ne suis pas mais je suis romancière et c’est comme cela que nous sommes partis ensemble sur cette nouvelle, belle et bouleversante aventure. Son but à lui était de rendre hommage aux pieds noirs.
Et en plus ça marche… car vous êtes très populaire !
Et si vous saviez comme j’en suis heureuse. On écrit par plaisir et nécessité bien sûr mais aussi pour être lu ! J’en ai marre des intellos de gauche qui nous dénigrent et je suis très fière d’être populaire. Je suis un porte-voix, et si les gens se reconnaissent dans mes livres, dans mon temps, dans mon époque, ça ne peut que me rendre heureuse.
Je suis curieuse de la vie, j’adore écrire sur la révolution de la vie, aller au fond des problèmes.
Finalement, vous êtes heureuse d’avoir été « l’anormale » ?!
Ca a été une blessure au départ, une grande solitude mais je crois qu’elle a été nécessaire pour entrer en moi-même, avoir le courage de faire ce que j’ai fait. Beaucoup d’enfants créateurs sont différents, ont une scolarité difficile et connaissent la solitude. Mais alors, ils ont une vie plus intéressante que les autres.
Alors oui, je suis heureuse d’avoir été « l’anormale » !
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ALEXANDRA LAPIERRE : "L'écriture est une aventure !"
Décidément toutes nos romancières ont des accointances avec le cinéma.
Alexandra Lapierre, elle, a commencé par le cinéma puisqu’après des lettres modernes à la Sorbonne elle se retrouve en 77 aux Etats-Unis pour suivre des cours de mise en scène de cinéma. Elle écrit des scénarios, tourne des court-métrages et revient avec diplôme et bourse à Paris en 82 poursuivre sa thèse sur les courtisanes du Second Empire. Elle lit. Elle lit beaucoup. Par la force des choses, elle écrit et… sort son premier roman historique en 84 « La lionne du boulevard » (Ed Robert Laffont) en 84. Et la voici lancée dans la littérature !
« L’écriture a toujours été quelque chose d’important pour moi et lorsque vous lisez mes romans il reste quelque chose de très cinématographique dans les images, les scènes, les descriptions… Le cinéma n’est jamais très loin dans mon écriture !
J’avais envie vraiment de faire du cinéma, j’ai même obtenu le prix Nicholas pour un court-métrage à Los Angeles.
Mais pour faire du cinéma il faut de l’argent et l’on dépend de trop de choses et de trop de gens. L’écriture c’est la liberté et me retrouver seule devant une feuille est pour moi un moment qui n’a pas de prix. Je peux écrire tout ce que je veux, ce sont de véritables récréations.
Il y a aussi un goût prononcé pour l’Histoire avec un grand H !
A 10 ans, j’adorais les romans de chevalerie, les chevaliers étaient mes héros mais j’avais envie d’écrire sur des femmes qui ont compté dans l’histoire, qui ont vécu des aventures hors du commun comme Fanny Stevenson, femme de l’écrivain Robert Stevenson qui a été chercheuse d’or au Nevada avant de venir peindre à Barbizon et de gagner Samoa pour y devenir planteuse ! Artemisia Gentileschi première femme peintre à vivre de son art. J’aime ressusciter les histoires dans l’Histoire… L’écriture est aussi une aventure !
Il n'y a d'ailleurs pas que des femmes et ce sont toujours des personnages qui ont existé ?
Oui, puisque j’ai aussi consacré un livre à William Petit, un aventurier anglais dans l’Empire Ottoman…
D’ailleurs avec ce dernier roman « Tout l’honneur des hommes » (Ed Plon) je romance la vie, à partir de 1839 de Djemmal-Eddin fils de l’imam Shamil, enlevé par les Russes au temps des Tsars, adopté par Nicolas 1er, qui deviendra un garçon cultivé, un homme de l’Art tout en restant fidèle à l’Islam, jusqu’au jour où il tombe amoureux…. On rejoint les romans chevaleresques et les vrais grands destins.
Lorsque j’ai découvert cette histoire, j’ai été absolument bouleversée par ce jeune homme fidèle à sa religion, à son peuple, malgré les milliers de kilomètres qui l’en séparaient et qui, tiraillé entre deux cultures et l’amour, est rentré chez lui au péril de sa vie pour le sauver.
C’est une histoire très contemporaine en définitive ?
Oui et c’est pour cela que j’ai aussi eu envie de l’écrire et que ça devrait toucher beaucoup de monde, même ceux qui ne sont pas passionnés d’Histoire mais qui peuvent vivre une histoire similaire.
Cette histoire se passe entre 1839 et 1859 et elle est identique à ce qui se passe aujourd’hui. Mais c’est une histoire oubliée par le flot de l’Histoire et dont le sujet central est l’honneur et ce pont entre deux mondes que vivent nombre de gens exilés aujourd’hui..
Quelle est la part de réalité et la part de roman ?
L’histoire est vraie, à la virgule près. L’enlèvement politique, l’idée de la colonisation et de créer une élite, l’honneur de la Russie et des Musulmans… Tout cela a souvent été écrit et décrit de façon romantique. Mois je voulais écrire la vraie histoire et je suis donc allée sur place, retrouver les traces d’Iman Shamil et de Djemmal-Eddin. Durant trois ans j’ai fait les allers-retours non sans danger puis je suis allée en Italie, en Angleterre, j’ai rencontré nombre de descendants d’exilés, j’ai envahi bibliothèques et collections particulières mais je ne trouvais jamais ce que je cherchais…
Vous cherchiez quoi ?
De vraies traces, des témoignages sur lesquels je puisse m’appuyer vraiment car chaque pays relate différemment certains événements. Et puis je suis tombée sur le journal intime d’une jeune fille de l’époque qui avait écrit, en 1911, à 87 ans, son histoire. Ce fut une jouissance extraordinaire car je savais que le but de mes voyages… c’était ça ! Tout à coup, tout pouvait ressusciter et je pouvais exhumer ce personnage oublié de l’Histoire.
Ca a dû être un boulot monumental ?
Oui, beaucoup de travail et surtout un boulot « casse-gueule » mais j’étais tombée amoureuse de ce garçon remarquable, à la fois intellectuel, intelligent et ayant gardé l’émotion intacte et des qualités humaines hors du commun. Je n’avais donc pas le choix, je devais porter témoignage.
Et la famille dans tout ça ? Car entre l’écriture, les recherches, les voyages…
Ils sont d’accord avec moi, ils me suivent car ils savent que l’écriture c’est ma vie. J’ai toujours mené cette vie, ma fille avait six mois lorque je suis partie en Italie, elle y a fait une partie de sa scolarité. Il se trouve que mon compagnon aime les voyages. Il m’a accompagné en Georgie, il fait ainsi des voyages ponctuels avec moi, nous nous ouvrons au monde…
Que fait-il ?
Il travaille dans une banque et il tient le coup ! Quelquefois il doit me trouver fatigante, quelquefois, moi-même suis un peu fatiguée mais l’écriture me galvanise, me passionne et à chaque roman, à chaque rencontre, c’est un cataclysme.
Et c’est un besoin »
CAROLINE MIQUEL : « Je vis dans ma cuisine ! »
Quel bonheur de rencontrer tant de passion dans un visage tout rond, cette étincelle dans le regard et tout ça pourquoi ? pour parler cuisine !
Découvrir la vie de Caroline Miquel c’est un peu comme jouer aux 7 familles.
Dans la famille « Cuisine », donnez-moi :
La mère, dite Madame Itav’ ou Grosibou, cuisinière passionnée et émérite ;
Le père , amateur de bons restaurant et y emmenant femme et filles avec l’excitation de la découverte ;
La sœur qui est une experte imbattable en pâte à crêpes ;
Le grand-père, jardinant son potager et champion de conserves « maison » ;
Le mari, un Kurde spécialiste des produits laitiers venus de Mésopotamie.
Avec tout ce monde autour, vous pensez bien que Caroline n’était pas faite pour la broderie !
Et, sans surprise pour personne, mais avec une passion démesurée, Caroline, avec l’appui de tous, est devenue un chef reconnu à Mirabeau, petit village entre Marseille et Manosque et aujourd’hui, avec ce livre beau, original, coloré et pratique elle nous offre tout simplement « La cuisine de Caroline » (Ed de Borée), une cuisine pleine de saveurs, d’idées gourmandes et simples où sont classés fruits et légumes, soupes et salades, viandes et poissons, dans la poêle, dans la marmite, dans la saucière, dans la soupière, dans le moule, dans le bocal et pleines d’indications et de bonnes idées pour garder (ou perdre !) la ligne, le tout en 150 recettes gourmandes pour s’amuser et se régaler, magnifiquement illustrées par Valentine Hurtene.
« Alors, heureuse, Caroline ?
Oh que oui – dit-elle avec notre accent chantant – je ne peux qu’être heureuse de ce premier livre car j’associe ma passion de la cuisine avec l’amour des livres et en plus, c’est un bon moyen pour que je garde moi-même mes recettes car j’en fais tellement que je finissais par ne plus m’en souvenir. Je ne cesse d’inventer mais j’oublie les proportions car je ne fais jamais la même chose.
Du coup, aujourd’hui elles existent et mes copines sont contentes !
Est-ce qu'il y aurait une seule personne dans votre famille, qui soit passée devant une cuisine sanss’arrêter ?
(Rires) Personne ! On adore tous la cuisine et on y est plus souvent qu’au cinéma. Pour nous, la cuisine c’est la pièce à vivre, la plus importante de la maison !
C’est quoi pour vous, la cuisine ?
C’est un art, tout d’abord, je le proclame, même si , par la force des choses, c’est un art éphémère. Les grands chefs sont pour moi de vrais créateurs d’émotion. On crée de la mémoire, du plaisir, de l’émotion. Moi, lorsque je découvre un plat excellent, je peux en avoir les larmes aux yeux !
Vos recettes viennent d’où ?
La plupart sont des recettes que j’invente. C’est un mélange d’invention, de recettes familiales, que je ramène de mes voyages et aussi celle que mon mari m’a fait découvrir de son pays ; Après, j’accommode façon Caroline !
Vous vous dites « chef événementiel »… C’est quoi au juste ?
J’anime des ateliers au Château de Clappier et un peu partout aussi. Vous pouvez aussi bien venir dans ma cuisine que moi aller dans la votre, j’organise des week-ends gastronomiques si vous avez un lieu et vous voulez vous regrouper entre amis… Cet été j’ai servi 10.000 repas au festival d’Avignon et j’ai fait 30 kgs de tapenade « maison »… Tout est fait maison !
Et lorsque vous ne cuisinez pas, que faites-vous ?
De la cuisine, de la cuisine, de la cuisine !!!!"