TOULON – FÊTE DU LIVRE
Par Jacques Brachet
Un temps magnifique, un monde fou, des auteurs à la pelle… Trois jours de folie mais aussi de vraie joie de lire, d’écrire, de parler, de se rencontrer. L’éclectisme permet à tous d’y trouver son compte et de pouvoir discuter quelques minutes avec son auteur favori.
Pour un journaliste, c’est vraiment la totale frustration tant il y a d’auteurs qu’on voudrait rencontrer. Mais on manque de temps, il est difficile de franchir les stands pour approcher l’auteur qui vous parle entre deux signatures.
Heureusement, nous avons nos attachées de presse, adorables, professionnelles, du moins pour celles qui ont pris le temps de vous appeler avant la fête pour vous envoyer les livres et prendre rendez-vous avec leurs auteurs. Et ça, vraiment, c’est très chouette et très pratique. D’autant que les auteurs se plient au rendez-vous avec plaisir et sans contrainte.
Voici donc quelques jolies rencontres faites cette année sur la fête du livre.
ALICE DONA : « Le roman me permets d’inventer d’autres vies… »
C’est toujours avec plaisir que je retrouve Alice. D’abord parce qu’on a plein de souvenirs ensemble du temps des tournées avec Serge Lama, puis parce qu’elle est une bonne vivante, qu’elle aime rire, qu’elle a de l’humour et puis parce qu’elle a un sacré talent, la bougresse !
Elle compose, elle chante, elle joue la comédie et elle écrit. Et elle fait tout bien. Aujourd’hui, auteur à part entière, la voici déjà avec son quatrième livre « Chanteuses ou coiffeuses ? » (Ed Anne Carrière).
Pourquoi, tout à coup cette furieuse envie d’écrire ?
En rigolant, elle me rétorque :!
« Parce que j’étais une frustrée des mots ! J’écris de la musique et je m’y complais mais j’ai peu écrit de textes et de plus, cela ne me suffisait pas. Quelquefois j’avais envie d’en écrire plus mais dans une chanson, on est vite limité, on ne peut pas développer.
Alors, j’ai commencé comme tout le monde, c’était facile et c’était la mode, par une autobiographie « La vie à l’envers » (Ed Michel Lafon). Voilà, ça c’était fait.
Et puis, j’ai eu envie de rendre hommage à ma petite sœur en écrivant « Cricri » (Ed Anne Carrière) et je crois que c’est à partir de là que j’ai eu vraiment le pied à l’étrier. De plus, j’avais trouvé en Anne Carrière une éditrice heureuse, fidèle, affectueuse. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’onde et elle m’a suggéré d’écrire un roman. Vivre avec ma petite fille de 15 ans m’a donné l’idée de ce premier roman « Mamie a eu 15 ans ».
Enfin, ce dernier livre « Chanteuses ou coiffeuses » (Ed Anne Carrière), c’est une fille qui avait le même accent que toi qui m’a donné l’idée de parler de cette expérience magnifique que j’ai vécue avec mon école. D’autant que cette question a fait tilt chez moi : Comment peut-on poser une question pareille si l’on a vraiment le feu sacré, l’envie de faire ce métier. Moi, très jeune, je ne me suis pas posé la question, j’ai foncé et j’ai toujours su que je ne pourrais pas faire autre chose que de la musique. Sous quelle forme, je ne savais pas mais ce serait la musique ou rien ! »
Et la maman de « Raphie de la Star’Ac » et la compagne de Laurent Boyer a bien fait car ça ne lui a pas trop mal réussi puisque ses chansons, chantées par elle ou par les autres, sont aujourd’hui dans la mémoire collective.
« Alors aujourd’hui : Romancière ou chanteuse ?
Les deux mon capitaine - me répond-t-elle entre deux bises à ses fans ! – j’aime toujours composer et ne peux vivre sans ça, j’aime chanter et je referai disques et scène, j’aime écrire et je vais continuer et si, de temps en temps, on me propose à nouveau une pièce de théâtre, j’y replongerai avec grand plaisir. (Elle a joué en 2006 « Ce soir ou jamais » avec Chevallier (sans Laspalès !) mise en scène de Francis Perrin)
Et pour le moment, tu en es ou ?
Eh bien, je suis sur un nouveau roman. Ce sera un livre générationnel qui met en scène trois femmes qui se retrouvent seules, qui ont trois personnalités très fortes et très différentes et qui décident d’habiter ensemble dans une grande maison commune. Ca m’a été inspiré de femmes autour de moi, de conneries qu’on dit entre femmes et peut-être aussi d’un fantasme. A partir de là, tout reste ouvert et le roman permet d’inventer d’autres vies. C’est très rigolo.
La scène ?
Après mon concert anniversaire « Quarante ans déjà ! »où j’avais envie de chanter avec d’autres, comme Fugain, Sevran, Laurent, Drucker, Lama, Macias, Liane (Live, ed Wagram), puis mon disque « Merci beaucoup Monsieur Bécaud ! » (Ed Wagram) et la tournée qui a suivi, j’ai aujourd’hui envie de chanter des chansons d’hommes et d’intituler ça « Ah si j’étais un homme ! », mêler des chansons de Bécaud, Brel, Ferré avec juste piano-voix et faire ce qu’on appelle aujourd’hui pompeusement « une stand up », c’est à dire une interactivité avec le public, papoter avec lui, faire monter quelqu’un sur scène pour un duo improvisé… Ca, ça me botterait bien.
Et pas de chansons nouvelles ?
Oui, pourquoi pas ? J’ai envie aussi de faire un nouveau disque mais pas seulement pour faire un disque de plus. Ce sera certainement pour la fin de l’année prochaine. Alors voilà, je fantasme encore, je rêve, j’imagine et tout ça va se décanter.
Tu n’as pas participé à la tournée « Age Tendre ». Ne te l’a-t-on pas proposé ?
Si, justement mais je ne voyais pas ce que j’avais à y faire car dans les années 60 je n’ai pas fait vraiment de tubes. J’ai commencé à bien marcher vers 76/80. Donc je ne voyais pas ce que je pourrais chanter qu’on connaisse encore de ma petite carrière de ces années-là. Par contre, s’il s’organisait une tournée des créateurs, auteurs-compositeurs-interprètes, avec des musiciens, là je dirais oui.
As-tu des nouvelles de tes élèves ?
C’est très bizarre car pour certains, je les ai souvent au téléphone, je les revois. Certains, qui font quelque choses, se réclament de moi et cela fait toujours plaisir. Quant à certains autres, lorsque ça marche, ils occultent leur passage dans mon atelier, ils « oublient », et cela me peine. Mais depuis que ma fille est à la Star Ac’, je redeviens à la mode et certains alors se souviennent que je les ai eus comme élèves !
Alors toi qui es dans les coulisses de la Star Ac’, tes pronostics ?
Tu sais, on ne sait jamais. Moi j’adore Maureen mais Sevan est pas mal non plus. Après, c’est de la cuisine interne, il y a tout ce qui se joue autour, et quand même le public, même si, quelquefois, il ne juge pas vraiment sur le talent. On l’a vu, il y a eu de grosses surprises certaines années… Donc… attendons la suite »
Pour nous, la suite, ce fut une soirée autour d’une table où l’on a énormément rigolé, entre Alice qui est un vrai bout en train et une belle raconteuse, une Macha Béranger caustique et incroyable, Catherine Velle, fille de mes amis Louis Velle et Frédérique Hébrard, qui ressemble beaucoup à sa maman et qui a son talent d’écrivain, (elle vient de sortir « Les sœurs chocolat », une épopée dont je vous reparlerai) et Grégoire Collard qui vient d’écrire, avec l’ami Alain Morel « France Gall, le destin d’une star courage » (Voir bios).
Ce sont ces soirées miracles que l’on doit à la fête du livre !
SOPHIE CHAUVEAU : « Je suis une menteuse et je m’en vante ! »
Femme belle s’il en est, drôle et volubile, cette Hyèroise qu’est Sophie Chauveau, c’est une bouffée d’air frais dans le monde de la littérature où souvent, le écrivains se prennent la tête et se croient investis d’on ne sait quoi. Elle écrit d’une plume alerte, fine, intelligente et les histoires dans l’Histoire, elle en fait de vrais romans. Voici donc le troisième volet d’un triptyque consacré à des artistes hors du commun de l’Italie de la Renaissance. Après « La passion Lippi » et « Le rêve Botticelli », voici « L’obsession Vinci » (Ed Télémaque) qui se situe dans le siècle de Florence des années 1470/80.
Qui est vraiment Léonardo da Vinci ? Un être qui, au fil des siècles a gardé son mystère. Un artiste qui a fondé sa carrière sur très peu d’œuvres. Un scientifique qui a posé les bases du XXème siècle. Un metteur en scène qui a fait de sa vie une saga somptueuse. Un charmeur qui avait une cour incroyable d’admiratrices… et d’admirateurs ! Un humaniste, un précurseur, un dissimulateur… Bref, une star, une vraie et ce portrait est flamboyant.
« Comment vous est venue l’idée de ce monstre à trois têtes, de ces trois portraits ?
Ce n’était au départ pas du tout prévu. Je me suis intéressé à Lippi qui, s’il était un artiste, peut-être le plus grand peintre de la Renaissance, qui a laissé des fresques magnifiques, était un véritable voyou dont toutes les femmes étaient folles… Et j’en suis tombée amoureuse mais son œuvre est superbe. Toutes les icônes que l’on voit dans les missels sont signées de lui et lorsqu’on sait que son modèle était une sœur qu’il a dévergondée et dont il a fait une star, on commence à le cerner. Mais il a gardé beaucoup de mystères et j’ai suivi sa trace avec beaucoup de recherches bien sûr, et ce que j’invente de sa vie est bien en dessous de la réalité car il a eu une vie hallucinante. Par ce biais je me suis intéressé à Boticelli car il fut l’un de ses maîtres et, découvrant la vie de celui-ci je me suis rendu compte qu’elle était aussi incroyable que celle de Lippi. Et il se trouve qu’il a été très proche de Vinci… Tout cela a donc fait ricochet, il y avait matière à trois livres et mon éditeur m’y a poussé et m’a payé pour le faire… Je n’allais pas dire non !!!
Pour vous, c’est Vinci le plus grand ?
Sinon le plus grand sinon le plus fort car finalement son œuvre picturale se résume à douze tableaux ! mais c’est sa vie elle-même qui est une œuvre d’art. Il est l’artiste de l’inachèvement car il se passionne pour une multitude de choses mais ne va jamais jusqu’au bout. Ses talents sont multiples, c’est un génie mais il butine et lorsqu’il trouve un nouveau pôle d’intérêt il se désintéresse de celui sur lequel il travaille.
Sa vie à lui est plus connue !
Pas tant que ça ! De plus, lorsqu’on lit le livre que Giorgio Vassari, peintre du XVIème siècle, lui a consacré, on découvre des tas de mensonges et de contre-vérités car il mélange les siècles.. Et je me suis renseignée ! Du coup, ça a été très libérateur pour moi et j’ai su m’arranger en inventant du probable et boucher des trous… Il ne reste pas grand chose, finalement, de Vinci, et je le dénonce avec amour. Il ne vivait pas de ses œuvres mais de ses mises en scène. Il vendait des fêtes car il était un inventeur né. Il avait mille idées géniales. Et surtout il avait tous les talents : grand, beau, drôle, gentil, courtois, enthousiaste, célèbre… Il avait tout pour lui.
J’ai quand même puisé dans les 8000 pages qu’il a écrites à l’envers et en toscan, ce qui n’est pas une petite affaire. Et je me suis rendu compte qu’il avait écrit beaucoup de cochonneries !
Il n’a jamais cessé d’être une star (on dirait un people aujourd’hui !) mais c’était finalement un grand imposteur, un génie de la fuite et en définitive, sa plus belle œuvre c’est sa vie !
Et c’est ça qui vous plait chez lui ?
Oui, tout ça et peut-être aussi parce que je m’y retrouve un peu, je suis quelque part un voyou aussi. Depuis 35 ans je vis de ma plume. On me paie pour écrire. C’est vrai que je bosse et que je donne une œuvre mais je suis aussi une menteuse et en plus j’aime ça… Donc je ne me plains pas. La, je prépare cette fois une bio de Vinci, chez Folio. Après j’arrête la Renaissance car ça fait six ans que j’y suis dessus et je commence à étouffer, je suis au bord de l’overdose. Il est temps que je réintègre mon époque ! »
On retrouvera Sophie Chauveau à la Villa Tamaris Pacha à la Seyne puisqu’elle a écrit la biographie de Frédérix Bradon dont les œuvres seront exposées à partir du 18 janvier.
« J’ai écrit un article sur l’amitié dont je suis particulièrement fière », me dit-elle en m’embrassant comme si l’on s’était toujours connus !
A suivre, donc…
SARA YALDA : « Briser le silence »…
Il y a des moments, dans la vie de journaliste, qui sont des moments de vrai bonheur. Après la rigolade avec Alice Dona, la générosité impétueuse de Sophie Chauveau, me voici auprès de la douce et lumineuse Sara Yalda.
Iranienne, elle quitte à huit ans son pays pour s’installer en France. Elle n’y retournera que 27 ans après, après bien des cogitations mais surtout une grande curiosité chargée d’émotion pour ce pays dont elle ne se souvient pas de grand chose. D’autant qu’elle dit une phrase très forte : « Toute ma vie j’ai cherché à me fuir et à oublier mon enfance… »
On imagine alors ce que peut représenter ce retour à l’enfance et elle nous l’explique dans ce livre empreint d’émotion mais toujours avec un petit clin d’œil d’humour « Regard persan » (Ed Grasset)
« Pourquoi cette fuite ?
Tout simplement parce que je n’ai pas eu une enfance heureuse. Déjà à huit ans, je fuis et je me retrouve dans un pays inconnu, la France, parce que mes parents sont francophones et en plus, l'on me met en pension. J’étais très seule, très solitaire. J’avais laissé en Iran des morceaux de moi. Il y avait des absences, des silences à combler. Alors que faire sinon fuir cette enfance, s’inventer une autre vie. D’ailleurs Sara n’est pas mon prénom… C’est moi qui l’ai choisi
Alors, question inverse, pourquoi ce retour ?
Justement parce que j’avais un vide à combler. Je voulais revoir la maison de mon enfance, retrouver la petite fille que j’étais. Et en définitive, ce furent des retrouvailles formidables. Je pensais que j’allais m’écrouler à cause d’une trop forte émotion, c’est le contraire qui s’est produit : je me suis retrouvée avec une légèreté incroyable. J’ai retrouvé mon père qui a 90 ans, mon frère qui en 50. Ca a été pour moi un grand moment de surprise et d’émotion, mais tout cela dans la joie. Et ça m’a fait beaucoup de bien de pouvoir enfin briser ce silence.
Et ce pays, comment l’avez-vous retrouvé ?
Il y a un immense fossé entre ce qu’on en croit, ce qu’on en dit et ce qui est. La société iranienne est une société très secrète. Il y a un monde entre l’espace public et l’espace privé. Dans l’espace public, tout est interdit. Dans l’espace privé, on brave tous les interdits avec bien sûr, des risques énormes mais avec énormément d’excitation !
Aujourd’hui vous avez la double nationalité ?
Oui et je me sens bien dans les deux ou alors… je ne me sens dans aucune des deux ! Je suis une femme libre, une femme du monde. Je suis aussi un petit anneau à la frontière de deux mondes et je me construis de tout cela. Ce n’est pas toujours facile, quelquefois on tombe mais l’essentiel est de se relever.
Vous avez été journaliste. D’où ce livre ?
Oui bien sûr, c’est un livre de journaliste et non pas une œuvre littéraire. Je voulais donner quelques clefs pour mieux faire connaître cette vie. Mais je vais vous avouer quelque chose : j’ai surtout écrit ce livre… pour plaire à un garçon. C’est un peu comme une longue lettre à l’absent…
Le sait-il ?
Je ne sais pas. Il est à l’étranger mais j’ai confié le livre à un de ses copains… Je pense qu’il aura fait suivre. Je n’ai pas de nouvelles. Sinon, j’en écrirai d’autres et après, je serai heureuse et je n’écrirai plus. Je peux dire que c’est le chagrin qui m’a fait écrire ce livre… Mais je ne suis pas malheureuse, rassurez-vous ! »
Son beau regard et son merveilleux sourire m’ont très vite rassuré !
HERVE VILARD : Il venait d’avoir 18 ans…
Recorman des ventes sur cette fête du livre, s’il y avait un stand où l’on ne pouvait plus bouger c’est bien sur celui de la librairie Gaia où s’était installé Hervé Vilard. 40 ans d’amour avec un public indéfectible qui n’a pas cessé d’affluer durant deux jours et de patienter car Hervé est attentif à tous, a un mot gentil, un sourire, une bise pour chacun, quand ce n’est pas la photo qu’on veut prendre avec lui. Il est d’une patience angélique et ne se donne le temps que d’aller fumer une cigarette (son vice !) pour revenir signer à tour de bras.
D’autant que « L’âme seule », son premier livre de souvenirs, a été autant signé que son second « Le bal des papillons » ( Ed Fayard). c’est dire la fidélité de son public.
Il prendra aussi un moment, qu’il me consacrera, en souvenir de tous les galas, de toutes les tournées, de nombreux beaux moments que nous avons passé ensemble sur les routes.
« Alors Hervé, tu a aujourd’hui pris ce virus de l’écriture !
Tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées !
D’accord mais, entre ces notes et les livres, il y a un pas à franchir !
Et c’est pour cela que j’ai mis du temps. D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie c’est quelque chose de très singulier et des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu. Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puisse le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant. Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content !
J ’avoue que j’ai adoré ça.
Donc bientôt le troisième volet ?
J’y suis déjà ! J’ai déjà écrit quelque 250 pages que je travaille et re-travaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets…
Alors, pourquoi ces carnets ?
C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et je continue aujourd’hui !
Dans ce second volet, il est surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prend un coup !
J’ai voulu montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinement, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.
40 ans après, comment vois-tu ton métier ?
Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose. Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens comme Nucéra, Cordier alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins. On vit une époque où tout est cloisonné. A « notre époque », il n’y avait pas cette ségrégation ! Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait « Capri » avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’essaierai de m’appliquer toute ma vie
Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque je fais mon 13ème Olympia au mois de mai, il y a toutes ces mères qui me portent et pour certaines… je pourrais être leur père ! Et puis je pars à Toronto, Chicago, New-York… Et j’ai cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire. Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde. C’est pour cela qu’il faut qu’un livre soit bien écrit… Sinon on écrit des bouquins !
Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur. Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ca ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre. Ils sont immortels. Et qui est la plus grande vente de disques en France ? C’est Salvador, un type on ne peut plus populaire et fier de l’être ! Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac ?!!! Qui l’eut cru ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant ».
GONZAGUE SAINT-BRIS : " Venise est comme le Phœnix..."
Chef de file de ce qu’on a appelé « Les Nouveaux Romantiques », cet auteur prolixe nous emmène aujourd’hui dans sa ville de prédilection : Venise. Dans ce livre « Les romans de Venise » (Ed le Rocher) il nous la présente à sa façon. C’est à dire qu’il nous offre « sa » Venise. Une ville qui reste mythique, qui est aussi le dernier des lieux romantiques. Une ville dont on dit toujours qu’elle va disparaître mais qui vit, qui survit, qui revit, qui s’accroche et renaît à chaque fois. Il nous la fait connaître dans son cœur même et nous y présente tous les héros qui ont fait d’elle la ville universelle : Marco Polo, Proust, Casanova, Goldoni, Byron, Diaghilev, Musset et Sand, et même Mitterrand !
« Gonzague, en définitive, c’est quoi « votre » Venise puisque vous dites que chacun a « sa » Venise !
La particularité de Venise c’est que chaque personne qui y va se l’approprie et s’y retrouve à chaque retour. Je n’a pasi vraiment voulu donner « ma » vision de Venise mais écrire un ouvrage où Venise se raconte elle-même. Il y a 21 chapitres parce que nous sommes au XXIème siècle et chaque chapitre est un roman où tout est vrai. J’ai bien sûr fait énormément de recherches. Voilà 20 ans que je suis Président des Amis pour la Sauvegarde de Venise, j’ai contribué à la rénovation de l’Eglise Gasvatti et du Casino Venier et j’ai voulu restituer les anecdotes les plus marquantes, faire revivre les personnages les plus flamboyants.
En 1980, le Carnaval, qui avait été interdit par Napoléon, a été restitué à Venise et pour fêter ça, j’ai traversé en février le grand canal, sous l’œil photographique de Jacques-Henri Lartigues. C’était fou, je n’avais rien à prouver sinon faire revivre la lagune ! C’était symbolique.
Habitez-vous à Venise ?
Non mais j’y vis une grande partie de ma vie depuis 20 ans ; je marche des heures dans les moindres rues de la Sérénissime, que je connais par cœur. J’ai lu tous les livres sur cette ville, et Dieu sait si elle a fait couler beaucoup d’encre. J’aime rencontrer les acteurs d’hier et d’aujourd’hui, j’aime retrouver des bribes de son histoire. Une histoire qui part de rien : les Huns d’Attila commencent à planter des pieux à l’envers sur des marécages sur lesquels, peu à peu, vont s’élever des palais et des églises. Et à partir de là, va naître une ville magique.
Ville d’art mais aussi ville de génies en tous genres, de scientifiques… Ville qui a inventé la fourchette et les lunettes, la pharmacopée et les caractères d’imprimerie (la fameuse italique), la technique de l’eau forte et les premières cartes… Grâce à celles-ci, Marco Polo a découvert l’Amérique. Venise pratiquait la thalassocratie, c’est à dire le gouvernement par la mer, le commerce vers la Chine, les comptoirs d’Orient.
Lire tous les livres a dû être long et fastidieux !
Non car j’ai appris une multitude de choses. Mais j’avoue que pour moi, les deux plus grands livres écrits sur Venise, sont écrits en français : « Le livre des merveilles » de Marco Polo et les mémoires de Casanova qui fait quand même mille pages, qui trouvait que le Français était la plus belle des langues et qui a longtemps vécu à Versailles. Il y a une jolie phrase de lui, lorsque la Pompadour lui demande : "Alors, vous venez de là bas ?", il répond : "Non, je viens de là haut !".
Qu’en est-il de ces bruits maintes fois alarmants, prédisant la mort de Venise s’enfonçant dans l’eau ?
Il est fort possible que « un jour », elle disparaisse sous l’eau à cause de l’aqua alta (marée) mais tout d’abord on y construit une digue mobile qui devrait être prête en 2012 mais aussi, il faut se dire qu’un jour tout disparaîtra et que si Venise doit disparaître, il ne faut pas l’en empêcher…
On aura alors vécu Venise…
Bizarre, venant de votre bouche !
Ce n’est pas que je tienne à ce qu’elle disparaisse mais il y a toute une mythologie autour de « la mort à Venise ». Il y a un romantisme glauque, morbide autour de ça mais que faire contre cette réalité ? Et puis, ce n’est pas pour demain. Souvenez-vous de ce que veut dire la Fenice : le phœnix… Donc, elle renaîtra sans cesse. Pour titre de mon chapitre 20, j’ai pris une phrase de Jean d’Ormesson : « La vraie leçon de Venise, c’est que la mort n’a pas le dernier mot ».
Alors… Elle n’est pas encore morte ! »
LAURENT CHALUMEAU :
« Avec le polar j’ai trouvé ma voix et ma voie… »
C’est un garçon très discret, un peu distant, qui sourit peu… Sachant tout l’humour qu’il peut avoir lorsqu’il écrivait des sketches pour le duo De Caunes-Garcia sur Canal +, cela surprend un peu. Mais une fois le contact pris, c’est un homme chaleureux et passionné.
Autre surprise : lorsqu’on voit tout ce qu’il a déjà fait dans sa vie, des sketches aux scénarios en passant par les romans et les chansons, on imagine un homme plus vieux… Il sourit à ces réflexions :
« C’est parce que j’ai commencé très jeune et que tout s’est enchaîné très vite. Ca a commencé à 22 ans où j’ai commencé à écrire des articles pour « Rock et folk ». Ces articles m’ont amené à aller à New-York, ville qui m’a inspirée et donné matière à écrire un premier roman. Grâce à ce livre je rencontre le trio De Caunes-Lescure-De greff et je pars pour un moment vers Canal + et ces fameux sketches qui me font rencontrer Pierre Mondy. Je passe donc au théâtre, je deviens dialoguiste puis je passe au cinéma. Le hasard de la vie me fait rencontrer Sardou, Bruel, Clerc pour qui j’écris des chansons….
Vous êtes très éclectique à ce niveau là car il y eu aussi les G. Squad, Fred Blondin, Michèle Torr…
Mais oui, pourquoi pas ? Tout m’intéresse et je m’adapte. Le disque avec Michèle Torr, par exemple a été un très agréable moment car le concept était d’écrire des paroles sur des musiques country. C’était une proposition très inattendue mais il se trouve que c’est ma musique préférée et j’avais un énorme choix devant moi. C’était un peu comme si l’on m’enfermait dans un supermarché et qu’avec mon caddie je prenne tout ce que j’ai envie !
J’ai donc puisé, cherché, fouillé, trié et on a convenu d’un choix final avec Michèle qui a, de plus, une superbe voix. Ca a été un très joli moment.
Mais je dois avouer que j’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire, je n’ai jamais eu aucune obligation et j’ai tout aimé faire au moment où je le faisais. Le seul petit problème c’est que je ne suis pas très lisible dans le milieu professionnel car on ne sait jamais où on va me trouver !
Et l’on vous trouve aujourd’hui dans le polar !
Oui parce que j’adore en lire, que j’ai aimé tout ce cinéma d’une certaine époque et que j’ai eu envie de m’y essayer. C’était une vieille envie de 20 ans… Et là, j’ai découvert un sentiment nouveau et je pense y avoir trouvé ma voix et ma voie. J’ai trouvé ma tonalité dans la comédie policière et je m’y sens bien. Je ne suis pas un aventurier, je n’ai pas vraiment de connaissances sur la pègre, le milieu, la police mais aujourd’hui je suis assez mûr pour savoir où je mets les pieds. En plus, ça a l’air de plaire. Mais je crois que tout vient à point… Je ne pense pas que j’aurais pu le faire plus tôt. J’ai avancé à la godille et aujourd’hui je m’épanouis dans ce style d’écriture.
Comment naît un polar ?
C’est la jonction de plein de choses différentes. Je pars d’un fait divers, d’une histoire, d’une idée, je me renseigne, je mène mon enquête. J’ai quand même une expérience de journaliste qui me sert. Après quoi je fais ma construction, j’invente des scènes que j’imbrique. Mes « années scénar » me servent, mon expérience de l’humour avec Antoine et José me servent aussi. Je me nourris de toutes ces expériences… C’est un peu comme un scoubidou : il y a plusieurs fils, plusieurs couleurs et on tresse de la façon la plus originale possible tout en gardant en tête que ce doit être plausible. Et surtout j’essaie de tempérer les choses…
C’est à dire ?
J’essaie de garder la tête froide, de ne pas m’enthousiasmer trop vite mais aussi de ne pas me désespérer si ça ne vient pas comme je veux. Je n’ai pas, ce qu’on appelle, la peur de la page blanche car lorsque je m’y mets c’est que déjà, j’ai tout dans la tête. Mais la construction, l’intrigue, ça m’angoisse un peu plus. Il faut jouer avec ça et ne pas trop se prendre la tête.
Et avec ça, le cinéma n’est pas loin car vos deux polars « Maurice le siffleur » et celui qui vient juste de sortir « Les arnaqueurs aussi » (Ed Grasset) vont devenir des films !
Le premier c’est sûr, il va devenir un film. Pour le second, c’est vrai, il y a déjà des options !
Travaillerez-vous à l’adaptation ?
Non, pas du tout. D’abord parce que ça se fait rarement et surtout parce que je n’en éprouve pas l’envie. Je préfère que ce soit quelqu’un d’autre. Je crois qu’un auteur est mal placé car il a toujours des réticences à enlever tel ou tel passage et de plus, il y a des passages qui ne sont pas cinématographiques. Je ne suis qu’un élément de la solution, pas du problème !
Vous n’avez pas peur que le roman soit dénaturé ?
Vous savez…. Ce n’est pas Mozart qu’on assassine ! Je ne pense pas que ce soit un tel chef d’œuvre qu’on ne puisse pas y toucher ! Si mon histoire devient un film c’est autre chose, ça ne m’appartient plus. Bon, lorsque tout se passe bien entre l’auteur et l’adaptateur, on se tient au courant, on peut en parler mais ça s’arrête là. J’ai fait moi-même des adaptations, je sais donc qu’il faut savoir prendre des distances ».
Un homme équilibré, qui sait prendre du recul avec le métier, qui sait profiter de sa vie… Mais oui messieurs-dames, ça existe… Même dans ces métiers où l’on devient vite mégalo… Il y a des exceptions à la règle et Laurent Chalumeau en fait partie ! |