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CHATEAUVALLON : LA NUIT DU FADO

C’est dans l’amphithéâtre archi plein que s’est déroulée cette nuit du fado qui s’est terminée vers une heure et demie du matin en ce premier jour de juillet où soufflait le mistral.
En première partie on découvrait un nouveau venu dans le fado, Antonio Zambujo, beau jeune homme de belle allure, très à l’aise, parlant parfaitement français, qui s’est attiré dès l’entrée la sympathie du public.
Belle voix de ténor, chaude et vibrante, de celle qui vous entre par le corps, capable de monter dans les aigus de contre-ténor avec une souplesse étonnante, empreinte à la fois de fragilité et de force, voix qui sait aussi offrir toutes les nuances ; le groupe qui l’entoure est parfait, avec une mention au guitariste portugais, les arrangements sont efficaces et au service du chant, sachant laisser la place à des solos fort bien venus. Antonio Zambuco s’essaie à faire sortir le fado de la tradition pure, en utilisant la clarinette, (sur quelques morceaux), qui n’est pas un instrument du fado ; le clarinettiste possède un phrasé plutôt jazz, et son jeu s’insère parfaitement dans l’ensemble. On peut dire que c’est réussi, apportant une création qui titille l’oreille. Il y a aussi l’introduction du cavaquinhio (sorte de petite guitare à quatre cordes) tenu par un Cap-Verdien, et donnant un rythme de chauffe autre à cette musique. Mais c’est tout de même dans les fados traditionnels qu’Antonio Zambujo est le plus enthousiasmant. Il était accompagné par Luis Guerreiro : guitare portugaise. Ricardo Cruz: contrebasse. Jose Conde: clarinette et Jon Luz: cavaquinho.

En deuxième partie, celle qu’on attendait, la grande et belle Cristina Branco, forte silhouette en robe noire décolletée, image qui évoque bien sûr la mythique Amalia Rodrigues. La voix de Cristina a pris de l’ampleur, de la profondeur et du grain, elle chante avec la passion, la dramatisation, et la sensualité propres au fado. Elle est parfaitement entourée par des musiciens excellents : Ricardo Dias: piano, accordéon. Bernardo Couto : guitare portugaise. Bernardo Moreira : contrebasse, et Carlos Manuel Proença à la guitare fado, d’une vélocité extraordinaire.
Cristina essaie également de sortir du fado traditionnel, en chantant par exemple un tango, ou encore la célèbre chanson cubaine « Dos Gardenias », mais là je n’ai pas été emballé, ce sont d’autres univers musicaux, même s’ils sont cousins du fado, il semble difficile de passer de l’un à l’autre. Elle a même chanté « L’invitation au voyage » de Baudelaire, avec une ferveur et un engagement admirables : « Là, tout n’était que luxe, calme et surtout volupté ».
Elle aussi, à mon avis, est vraiment plus grande et bouleversante dans le fado traditionnel.
Concert généreux, public ravi, longues ovations, Cristina est revenue chanter deux fados. L’extase !
Maintenant passons aux côtés négatifs de la soirée. Il a fallu au moins trois morceaux avant que le son soit correctement réglé pour le groupe d’Antonio Zambuco. La contrebasse dominait tout et cassait complètement la prestation du chanteur. De plus on entendait le vent dans les enceintes, alors qu’il existe de micros qui ne prennent que le son direct. Pour Cristina le son était trop fort, ce qui faisait siffler les chuintantes de fin de phrase.
Le fado est une musique intimiste, chanté dans de petits lieux, restaurants, cafés, alors il est difficile de rendre cette atmosphère intime sur une grande scène en plein air. Mais pourquoi vouloir utiliser toute la surface de la scène, on peut très bien resserrer les musiciens et donner cette intimité par des jeux de lumières, des paravents. Là on a voulu donner l’intimité en éclairant très peu, seulement du haut des gradins on ne distinguait absolument pas le visage des musiciens, si bien que Cristina Branco n’était plus qu’une silhouette qui chantait. Heureusement que la force de son chant faisait oublier tout cela.

Serge Baudot

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