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AVANT-PREMIERE au PATHE LIBERTE
TOUTES NOS ENVIES de PHILIPPE LIORET
UN FILM BOULEVERSANT

L'on attend toujours avec impatience "le nouveau" film de Philippe Lioret qui est un réalisateur plein de délicatesse et d'humanité et traite toujours ses sujets avec une infinie pudeur et beaucoup de tendresse.
Et donc, "Toutes nos envies", qui sort le 9 novembre, ne déroge pas à la règle.

Claire, une jeune juge doit traiter une affaire de surendettement. Il se trouve que sa cliente est la maman de deux enfants qui vont à l'école avec les siens. Elle mettra alors tout son cœur et sa pugnacité à l'aider à s'en sortir, avec l'aide de Stéphane, un autre juge revenu de tout et qui, grâce à elle, va reprendre goût à son métier. Mais Claire est atteinte d'un cancer probablement incurable. Un autre combat s'engage, une course contre la montre entre sa mort prochaine et l'affaire qu'elle veut clore avant de s'en aller.
C'est un film absolument magnifique servi par Marie Gillain, lumineuse et bouleversante et Vincent Lindon , dont l'intensité du regard fait passer mille sentiments contradictoires.
Entre tendresse et violence, ce film dit beaucoup de choses sur la détresse de gens qui se font flouer par les banques et sur cette sale maladie qui, hélas encore aujourd'hui, fait des ravages sur les gens et leur entourage.
Mais Lioret voit tout cela avec son infinie tendresse, avec son acuité sur les sentiments humains et nous offre un film touchant , toujours sur le fil du rasoir mais ne tombant jamais dans le mélo ou le pathos.
A noter aussi Amadine Dewasmes et Yannick Rénier, remarquables de pudeur, de générosité, d'amour et de désespoir et Isabelle Renauld, que l'on voit hélas trop peu, comédienne solaire à qui Philippe Lioret avait déjà confié un très beau rôle dans "Je vais bien, ne t'en fais pas".
Philippe qu'on a plaisir à retrouver, puisque fidèle au cinéma Pathé et à Toulon, où il fait toujours une halte pour nous présenter ses films.

Philippe, ce film est librement inspiré du roman d'Emmanuel Carrère "D'autres vies que la mienne"...
Oui. Lorsque j'ai lu ce livre, j'ai été très secoué mais l'écriture même ne permettait pas d'en faire un film. Durant quelques mois que j'ai passés en avion où je promenais "Welcome" un peu partout, je cherchais un sujet pour mon prochain film et ce sujet-là revenait sans cesse.
Peu à peu a commencé à germer une histoire qui, même si elle se rapprochait du livre, devenait une autre histoire puisque dans le film c'est l'histoire de deux jeunes juges hommes. J'en ai parlé à Emmanuel qui a été OK pour que je l'écrive et la réalise.
Que vouliez-vous mettre en exergue ?
Plusieurs choses et tout d'abord le surpassement de l'être humain car je crois que nous sommes tous capables de nous surpasser à un moment de notre vie, à prendre de grandes décisions dans une situation extrême. Puis il y avait cette histoire d'amour exceptionnelle de cette femme, d'abord pour ses enfants et qui veut donner une mère à ses enfants en introduisant cette femme qui n'a plus de toit chez elle. Il y a aussi ce problème de surendettement devenu aujourd'hui un fléau moderne, dont je voulais parler. Et puis il y a cette histoire d'amour-amitié entre elle et l'autre juge. Et puis il y a cette histoire un peu trouble d'amour-amitié se jouant autour d'une affaire qu'ils mènent ensemble. Enfin il y a cette histoire parallèle contre le temps et contre la mort.
Histoire dramatique s'il en est...
Oui mais je ne voulais surtout par faire un film "tire larmes", je voulais éviter le romantico-lacrimal, je ne voulais pas draguer le public à travers un mélo larmoyant. Le drame devait venir de l'intérieur  et percuter la peur de mourir, par l'amour, la compassion, la ténacité...

Marie Gillain est admirable...
C'est curieux car, dès que le rôle a commencé à circuler, nombre d'actrices me l'ont demandé, jusqu'à Marion Cotillard qui voulait une légitimité française. J'ai beaucoup hésité jusqu'à ce que je rencontre Marie Gillain. Elle s'est imposée comme une évidence car elle est la seule à avoir ce mélange de féminité, de force, de courage, de détermination Tout en gardant une part d'enfance. Cette situation dramatique fait basculer une jeune femme encore insouciante, en femme responsable tout en gardant une certaine candeur.
Vincent, lui, s'imposait, j'imagine ?
Avec lui, c'est une grande complicité, une belle amitié qui s'est créée durant le tournage de "Welcome" et après car on a vécu de tels délires à la sortie du film que ça a soudé entre nous des liens indéfectibles. Nous avions très envie de retourner ensemble et d'instinct, j'ai écrit ce rôle en pensant à lui. Et je crois qu'il lui ressemble.
Vous donnez toujours de très beaux rôles aux femmes, ce qui est rare aujourd'hui...
J'ai toujours aimé être entouré de femmes. Il y en avait beaucoup dans l'équipe si vous regardez le générique !
Je trouve que les femmes s'impliquent beaucoup plus que les hommes dans tous les domaines. Elles sont plus fortes, plus courageuses. Elle mènent de front vie de femme, de mère avec leur travail. En règle générale, sur un film, elles donnent beaucoup plus d'elles-mêmes. Elles savent affronter les événements beaucoup mieux que les hommes.
Très entouré, vous semblez pourtant assez solitaire ?
Réalisateur, scénariste, ce sont des métiers solitaires. D'abord on écrit seul ensuite, sur un plateau on est seul, même très entouré. On est maître à bord, on doit tout superviser, tout expliquer cinquante fois à chacun... Il faut arriver à faire passer à tous ce qu'on ressent, ce qu'on veut, ce qu'on attend.
Seul parmi les autres... c'est un peu ça mon métier !"

Propos recueillis par Jacques Brachet

Photo 3. De gauche à droite : Frédéric Godfroid, nouveau directeur du Pathé Gran Ciel et Philippe Lioret

© 2012 Evasion Mag