MICHELE LAROQUE
LIBERTE... MON AMOUR
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Une femme douce, gentille, docile vivant dans un milieu bourgeois avec un mari pénible et détestable. Mais une femme qui, depuis deux ans, vit un grand amour avec un type mi-aventurier, mi-poète et qu’elle voit en cachette. Elle sait qu’il est l’homme de sa vie mais, timorée, trop prudente et venant d’une éducation bourgeoise, elle n’ose pas franchir le pas, tout laisser tomber, pensant à son fils et au qu’en dira-t-on…
Et voilà que le mari meurt dans un accident d’auto. La liberté est à portée de main… Hélas pas pour longtemps car aussitôt, toute la famille lui tombe sur le dos afin de la protéger, de l’entourer dans « ce terrible chagrin » qu’ils croient sien. Le fils, redoutable « papa protecteur » ne va plus la quitter d’un pas, dormant jusqu’avec elle pour ne pas la laisser seule. Les sœurs, encombrantes et s’incrustant dans la maison,… Bref, sa vie devient un enfer, elle ne peut plus faire un pas… A la limite, le mari était moins collant !
Que faire alors lorsque l’amour de sa vie lui propose de partir près de deux ans en Chine, sur un bateau ?
La situation semble inextricable… Elle sera longue et difficile à dénouer.
Ce qui pourrait être un sombre drame, par l’intelligence, le tact, l’humour, la dérision et le recul, Isabelle Mergault signe là un second film tout aussi touchant, joli, drôle que « Je vous trouve très beau » avec des situations toutes simples qui arrivent à tout le monde mais qu’elle sait enjoliver car elle a un réel talent d’écriture.
Un réel talent aussi pour trouver le personnage adéquat : Michèle Laroque, à la fois drôle et émouvante en bourgeoise coincée, Jacques Gamblin magnifique et bouleversant lorsqu’il découvre l’amour sur le tard, Eva Darlan en sœur jalouse qui sent « un truc pas clair », Claire Nadeau en autre sœur nunuche, Valérie Mairesse en femme de maison qui est tout amour pour sa patronne (un rôle très joli pour Valérie) et enfin un mec, « le » mec redoutable, le fils, Tom Morton qui va jouer les pères consolateurs avec sa propre mère et en est aussi touchant que ridicule.
Bref, tout ce beau monde se croise dans une somptueuse ville en bord de mer (A Six-Fours dans le Var, exactement) sous un climat qui pourrait faire que la misère serait moins triste au soleil. Mais c’est compter sans les embrouilles à la Mergault qui nous donne là un film délicieux, tout en clair-obscur et en bons sentiments.
Encore une belle performance pour cette artiste vraiment complète et talentueuse.
Et un vrai plaisir de retrouver la lumineuse Michèle Laroque à la sortie du film. On est encore sous le charme.
Elle l’est aussi d’ailleurs, de ce tournage qui s’est fort bien passé, qui lui a fait retrouver son soleil méditerranéen (elle est de Nice) et son complice de « Pédale douce » Jacques Gamblin.
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« Descendant d’avion, j’ai toujours beaucoup d’émotion de retrouver ces paysages et cette mer qui comptent tant pour moi. Je retrouve aussitôt le soleil, les odeurs de ma jeunesse mais aussi ces mêmes sensations que durant le tournage. J’ai vraiment merveilleusement vécu ce tournage. J’étais tous les jours au bord de la mer, l’atmosphère était très douce, toute l’équipe était formidable et de plus, c’étaient de sacrés fêtards. On a aussi mangé magnifiquement… Ah, ces poissons grillés… ! Ce fut un tournage béni des dieux.
Alors aujourd’hui vous êtes devenue un peu varoise ?
J’adore le Var mais je reste quand même Niçoise dans le cœur !
Qu’est-ce qui vous a plus dans ce film ?
C’est une comédie et j’adore la comédie. Mais elle est un peu atypique par le fait qu’elle est à la fois cynique, dramatique, émouvante, généreuse. Ce qui est important dans ce film c’est l’émotion qu’on y ressent. On rit, on est ému, c’est une histoire qui ressemble à la vie…
Et qui vous ressemble ?
Dans la vie, c’est vrai, je crois avoir beaucoup de sensibilité. Comme beaucoup de gens qui jouent la comédie d’ailleurs. En principe c’est cette pudeur, cette sensibilité qui servent à nos personnages. Le rire est un peu une façade.
Et puis, nous avons tous eu, je crois, dans notre vie, un moment où on n’ose pas dire les choses pour maintes raisons : la peur de peiner, la pudeur de les dire, l’envie de plaire ou de faire plaisir, un peu de lâcheté quelque part et peut-être aussi la peur de ternir son image… Dans la vie on est souvent dans des carcans et il faut un certain héroïsme pour en sortir, pour arriver à dire les choses, la vérité simplement. Je crois qu’à la base, nous ne sommes pas formatés pour être libres. On est souvent esclave des autres, de l’entourage, de la famille. C’est une forme d’amour qui arrange les autres. Dès l’enfance on est conditionné, on vous dit qu’on vous aimera si vous êtes sage, si vous êtes poli, si vous travaillez bien en classe, si vous ne répondez pas… Et ça, après, on le traîne toute sa vie.
Alors que faire ?
Eh bien, se libérer de toute cette hypocrisie, penser d’abord à soi plutôt que de toujours penser généreusement aux autres et, dans la mesure du possible, se faire plaisir et faire ce qu’on a envie… Ce n’est pas facile la liberté !
Parlons un peu d’Isabelle Mergault !
C’est une femme délicieuse et une formidable professionnelle. Avec elle tout se fait dans la souplesse, la gentillesse, le bonheur et le plaisir. Elle est là pour faire un film avec une équipe qu’elle aime et qui le lui rend bien sans vouloir elle-même exister à tout prix. Elle est généreuse, simple. Avec elle il n’y a pas de rapport de force. Elle sait ce qu’elle veut et sait faire passer le message. Du coup, tout le monde est à son service dans la joie. Autant elle n’aime pas se voir à l’écran, autant elle aime tourner des films. Et je crois qu’elle continuera parce que ça lui plaît et qu’elle a du talent. Mais elle continuera à écrire et à jouer sur scène car elle est aussi faite pour ça.
Ce n’est pas la première fois que vous tournez avec une réalisatrice !
Oh non, sur la trentaine de films que j’ai fait j’ai dû en faire la moitié avec des femmes et tout s’est toujours très bien passé. Entre femme on se comprend, il y a quelque chose d’intuitif entre nous. On se protège mutuellement, on se sent entouré. Mais il n’y a pas de méthode pour bien s’entendre. Homme ou femme, il faut qu’on soit sur la même longueur d’onde, dans la même compréhension.
N’avez-vous pas souffert d’être taxée de « comédienne comique » ?
Non, d’abord parce que j’aime la comédie, j’aime faire rire et j’ai enchaîné des films comiques qui ont été de très gros succès. Donc, évidemment, c’est souvent ce qu’on me propose. Mais je n’ai pas le complexe de la comique qui veut faire pleurer à tout prix. D’autant que j’ai fait aussi beaucoup de films qui jouaient sur l’émotion. Je viens d’ailleurs de tourner pour la télévision un sombre drame d ‘Emmanuel Finkiel « En marge des jours », qui m’a valu la couverture du Nouvel Obs Télé ! On me reconnaît aujourd’hui, sinon comme une grande comédienne, du moins comme une comédienne tout court qui peut jouer sur plusieurs tableaux. Donc je ne me fais pas de soucis pour ça ! C’est un peu toujours comme ça, une carrière : au début on fait ce qu’on sait le mieux faire et puis on prend des risques, on ose des choses, on gagne des galons et on se lance sur de nouveaux chemins. J’ai eu la chance d’avoir très vite de gros succès et très vite le choix et j’en ai profité.
Vous vivez en partie aux Etat-Unis… Qu’est-ce qui vous y a poussé !
Je vous dirai d’abord que c’est un choix personnel et privé ! (Rires). Par ailleurs, très jeune, j’ai été fascinée par ce pays, par cette langue. Je m’y sens bien, je m’y sens chez moi et ce, depuis toujours. J’équilibre donc ma vie entre l’Amérique et la France et ça me convient d’autant plus que je commence à y travailler. Je viens de produire un film qui sortira en France au printemps : « The neighbor » (Le voisin) d’Eddy O’Flaherty avec Mattew Modine et j’ai d’autres projets.
Les USA font confiance à une femme qui plus est, française !
Mais bien sûr ! Ne croyez pas que l’Amérique est un pays de machos ou de nationalistes ! La preuve ! D’autant qu’on ne connaît pas ma carrière là bas. On n’a pas une image de moi et tout m’est permis, j’ai une grande liberté et je peux vous dire que les Américains sont des travailleurs, qu’il y a beaucoup de talents et que c’est formidable de travailler avec eux.
Alors, les projets ?
Ils sont français ! Je vais tourner trois films : un film d’aventures de Patrick Alessandra au Canada, une comédie dramatique avec Jeanne Labrune et une comédie familiale avec Patrick Braoudé. Et puis, j’ai adapté une pièce anglaise qui sera un nouveau défi puisque je serai seule en scène… Le tout est d’arriver à la caser ! »
Propos recueillis par Jacques Brachet |