ELECTRE A CHÂTEAUVALLON : LE DEUIL SIED A JANE BIRKIN

Il y a longtemps que je n’étais plus allé à Châteauvallon alors que j’ai collaboré à sa création. Mais justement, on s’y était bâti une famille qui, peu à peu, a disparu et je n’ai depuis, jamais retrouvé l’ambiance, la chaleur de la famille Komatis. Nostalgie, quand tu nous tiens !
Et puis, les amis y passant, comment les éviter, surtout lorsque c’est Frédéric Andrau, un jeune comédien toulonnais « monté à Paris » mais que j’ai connu à ses tout débuts et qu’il est accompagné d’une « vieille amie » nommé Jane Birkin !
Et m’y revoilà, à Châteauvallon où, pour l’occasion c’est dans « Electre » de Sophocle que je retrouve mes amis.
Mon Dieu que ces drames antiques nous ont causé de problèmes et d’ennuis lorsque nous étions étudiants ! Sans compter qu’aujourd’hui on n’en monte plus beaucoup. Et puis, Jane dans le rôle titre… qu’est-ce que ça allait donner ? Toutes ces pensées allaient bon train lorsque j’arrivai juste au moment du filage car, après Nanterre, l’équipe partait en tournée avec Châtauvallon comme première étape et il fallait adapter.
Bises à Jane et à Frédéric et puis, silence, répétitions.
Un filage assez décontracté malgré le stress du jeune et beau metteur en scène Philippe Calvario quelque peu branché sur courant alternatif. Un « Fred » toujours Zen, une Jane toute souriante et une Florence Giogettii, troisième larron, totalement déjantée. Chacun prend ses repères dans le décor, un beau décor épuré, très « Châteauvallonesque », malgré deux chaises et un banc qui ont vécu, récupérés d’une école des années 50, totalement anachroniques et qui feront un peu tâche dans le décor.
La scène est large et permet, selon le metteur en scène, de jouer « en cinémascope » ce qui donne une belle image. Personne ne force sa voix, les costumes ne sont pas là mais déjà, l’on peut imaginer l’esthétique du spectacle.
Et l’on ne sera pas déçu, le soir , lorsque costumes, lumière, jeu et déplacement des comédiens nous feront entrer de plain-pied dans ce drame antique.
ane est superbe et, alors qu’on a l’habitude d’une Electre hiératique, fière et rongée par la rage et la vengeance, elle en fait un personnage qui, s’il veut se venger, n’en est pas moins fragile, désespéré par la mort de son père, rongé d’inquiétude pour Oreste, son jeune frère. Elle donne beaucoup d’émotion et d’humanité à ce personnage qu’on ne voit habituellement qu’assoiffé de vengeance. Elle y est belle et tragique et, quoiqu’on ait pu dire de con accent, on ne perd pas un mot de son texte.
Frédéric Andrau est donc Oreste, ce frère qu’Electre a fait disparaître enfant afin de le protéger d’Egisthe, amant de sa mère et qui revient venger son père et ses sœurs et son nom. Chargé d’un trop plein d’émotion devant cette sœur retrouvée, sa vengeance se décuple dans une sauvage brutalité. Il est beau, notre Oreste, sa voix grave est chargée de force et rend le personnage à la fois féroce et attachant.
La reine Clytemnestre est donc Florence Giorgetti, au demeurant, belle et excellente comédienne mais qui en fait des tonnes dans le style « star hollywoodienne ». Elle est magnifique dans la longue robe de star mais nous fait quelquefois décrocher du tragique par des gestes trop appuyés et pour nous envoyer par exemple un « Oh reste… Oreste » qui fait rire la salle mais affaiblit la situation qui n’est pas particulièrement drôle.
Ceci dit, la troupe est vraiment homogène et le chœur des femmes mycéennes, confidentes d’Electre, sont à la fois magiques, sombres, mystérieuses. Leurs déplacements sont d’une grande beauté et d’une belle sobriété et leurs voix sont superbes.
La mise en scène est à la fois sobre et éloquente, épurée, élégante.
Nous avons vécu là un grand moment de théâtre. |