FRANCOIS DETTORI
UN POINTU POUR LE VAR…
François Dettori est un homme discret et malgré ça, derrière ce visage amène et presque timide, se cache un passionné.
Un passionné de mer et de bateaux.
Normal, il est né dedans puisque c ‘est son père qui, en 1959, a créé ce chantier naval seynois qui porte son nom. Il a donc toujours vécu au milieu des plans de bateaux et du bois – car il est charpentier avant tout – découvrant les « Challengers » que créait son père, passant de la Seyne à Tamaris et ses pécialisant dans ces fameux pointus qui font la gloire de notre région.
Bois, contreplaqué, acier… Ils utilisaient tous ces nobles matériaux pour créer des bateaux de 4 à 8 mètres, des voiliers de 15 à 16 mètres. Jusqu’à ce que le plastique voit le jour dans les années 60, pour fabriquer entre autres ces pointus.

En 85, ils sont fiers de montrer « Le Devota », bateau pilote, sur une commande du port de Monaco (d’où le nom, Ste Dévote étant la sainte monégasque), une vedette de 9 mètres dont l’architecte était l’Américain Peter Abold…
Aujourd’hui, ce travail d’artiste tend à disparaître parce que, s’il y a toujours des amateurs argentés pour les beaux bateaux, la main d’œuvre coûte cher, le cahier des charges devient pesant, tout est robotisé, usiné, mais il reste quelques artisans – de vrais artistes ! – pour créer des bateaux qui sortent de l’ordinaire, dont on ne compte pas les jours, les mois de travail.
Il ne reste aujourd’hui qu’une poignée de charpentiers, quatre à cinq dans le Var, pas plus, pour continuer à conserver et fabriquer et restaurer ces bateaux qui font partie du patrimoine.
Aussi François Dettori a eu l’idée de recréer un pointu, un vrai, le pointu d’Antan, tout en bois, avec du vrai vernis Vidamare, le meilleur qui soit et surtout, avec l’étrave inversée, qui nous vient de l’Antiquité puisque, six siècles avant Jésus-Christ, on construisait déjà ces pointus. Entre-temps et selon les modes, l’étrave s’inversa puis redevint droite pour mieux replonger en avant…
Aujourd’hui, avec déjà des jours et des jours de travail, de patience, de passion, François Dettori fignole son fameux pointu dont il nous explique quelques finesses :
« Il faut qu’il soit le plus large possible pour qu’il ne soit pas « jaloux », c’est à dire qu’il gîte le moins possible. Sa ligne est conçue pour naviguer à la voile, au plus près du vent, les autres navigant au vent portant. Ainsi voguera-t-il avec une allure traditionnelle mais aussi, comme un voilier moderne avançant avec toutes le autres allures.
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Quel est le but de cette re-création ?
Offrir un bateau très simple aux néophytes puisqu’il a un mât pivotant, pas de hauban. C’est la plus simple expression d’un bateau, que tout le monde peut utiliser, avec une forme traditionnelle tout en possédant des performances « dernières générations ». Avec lui, n’importe qui peut vraiment s’amuser.
Quelles sont ses mensurations ?
4,50 mètres de large sur 1,85 mètres de long. C’est un vrai pointu, avec une voile performante, conçu pour 2 à 4 personnes. Il possède une dérive pour « remonter au près »
Comment vous est venu ce projet ?
En voyant plein de gens mouillant au large… et s’ennuyant, alors que plein de petits bateaux tournaient autour ! C’est un bateau conçu pour le plaisir de la voile, avec un but « un peu » sportif mais pas trop de façon que les néophytes et les seniors puissent pratiquer ce sport sans trop d’effort, avec une fatigue saine !
Et puis, ce projet est aussi d’avoir un bateau très représentatif du Var. Il est en bois au départ mais il pourra être construit en polyester mais j’aimerais qu’il devienne une image de marque de notre département..
Le coût d’un tel bateau ?
15 à 20.000 €.
Le temps pour le construire ?
Aujourd’hui c’est difficile à dire car je le fais à temps perdu, entre deux commandes. Disons, deux mois, deux mois et demi. Il devrait être prêt en juin pour les premiers essais puis on mesurera ses capacités dans des régates avant de le présenter dans des salons »
Entre sa maquette et ce squelette qui prend forme, on sent François Dettori fier et heureux même s’il n’est pas du genre à s’extérioriser.
En tout cas, on ne peut que dire bravo à l’artiste et on sera près de lui lorsque ce pointu « nouvelle génération » prendra le large pour son baptême !
Jacques Brachet |