| UN FILM SO BRITISH !

Un désaccord parfait, pour Antoine de Caunes, c’est lorsque deux personnes, en l’occurence un réalisateur (J Rochefort) et une star (Charlotte Rampling) ont été amoureux-amants-partenaires-à la ville comme à la scène, se sont séparés et se retrouvent 30 ans après. Une rencontre aussi inattendue qu’explosive pour ces deux personnages égocentriques qui ont beaucoup de temps à rattraper, pour se dire plein de choses, les bonnes et les moins bonnes et peut-être aussi pour se retrouver. Lui a fait sa vie de réalisateur en France, elle sa carrière de comédienne en Angleterre où elle est née. Et les voici se retrouvant en Angleterre où la scène de ménage et les griefs vont reprendre bon train… Vont-ils se retrouver ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir dans cette comédie sentimentale, tendre, humoristique, romantique et farfelue qu’Antoine de Caunes a signée comme auteur et réalisateur.
Une comédie typiquement british avec des dialogues sur le fil et un fil entre mélo et drôlerie que nos deux héros jouent comme des équilibristes.
Duo inattendu mais oh combien percutant avec, autour de ces deux méga-stars mégalos une formidable et philosophe Isabelle Nanty, assistante-amie-infirmière du réalisateur, un incroyable et très noble Jan Richardson, mari homo de la star et un James Thierrée plein de charme, fils de la star…
Si tout cela nous fait penser aux plus flamboyantes et charmantes comédies anglaises, c’est pourtant signé d’un français : Antoine de Caunes, d’un américain : Peter Stuart et d’une française : Jeanne le Guillou.
Ils s’y sont mis à trois pour nous offrir ce film magique où Rochefort est positivement charmeur et drôle, où Rampling est irrémédiablement belle, mystérieuse et, pour la première fois, héroïne d’une comédie.
Antoine de Caunes est au Cinéma Pathé Liberté de Toulon, un tantinet angoissé car c’est sa seconde projection publique et comme tout père-artiste, il attend les commentaires sur son bébé-film. Ils sont bons, rassurez-vous M de Caunes. Et le voilà quelque peu rasséréné.
D’où vous vient cette inspiration anglaise ?
De ce que j’ai toujours aimé l’Angleterre. J’ai toujours eu un penchant marqué pour ce pays qui a l’art de dire les choses sans les dire, qui aime parler des choses graves légèrement et des choses légères gravement, qui a le goût de l’absurde et de dédramatiser le drame par une pirouette du style des passagers anglais du Titanic qui trinquent au champagne en entonnant leur hymne tout en voyant couler le bateau !
C’était l’occasion où jamais de rendre hommage à ce pays qui a bercé mon enfance. Je suis né du baby boom avec la musique, la mode, la littérature, le cinéma anglais, les Monthy Python et les Beatles…
Comment travaille-t-on à trois sur un scénario ?
Pas ensemble et par étapes. J’ai d’abord écrit l’histoire qui fait résonner des choses très intimes que je ne vous raconterai pas et dont je suis et reste un témoin partial. Au départ c’était l’histoire d’un père qui retrouve son fils trente ans après puis, le duo Rochefort-Rampling m’a fait dévier sur leur histoire de couple. Un couple flamboyant qui s’est aimé passionnément et qui se retrouve trente ans après. Qu’en reste-t-il après tant d’années ?
J’ai donc d’abord œuvré avec mon complice Peter Stuart avec qui j’ai travaillé en Angleterre sur mes émissions. Puis est arrivée Jeanne le Guillou qui a vu le côté féminin de la chose et a rectifié le tir. Ca aussi c’est une méthode anglo-saxonne car je n’ai pas de problèmes « d’auteurisme » ! Faire un scénario n’est pas comme écrire un roman où l’on est tout seul et où l’on signe tout seul. Dans un scénario il y a l’histoire, les dialogues, les situations à visualiser et chacun a son talent. C’est très habituel et personne n’a de problème d’ego. Il y a une question d’affinage mais j’aime aussi être bousculé, remis en cause, j’ai toujours besoin de savoir le pourquoi du comment…
Comment sont arrivés les acteurs ?
J’ai rencontré Jean, justement ici, à la Seyne sur mer sur le film « Blanche » de Bernie Bonvoisin et… je suis tombé amoureux de lui ! J’avais très envie d’écrire pour lui et j’ai donc écrit ce scénario en pensant à lui. Il est inspirant, c’est un Stradivarius. Lorsque j’ai cherché la comédienne qui devait être anglaise, égérie des sixties, j’ai eu une évidence : c’était Charlotte. J’ai eu la chance qu’ils disent oui tous les deux sinon, je ne sais pas si j’aurais fait le film. Et leur couple a tellement bien fonctionné dès leur première rencontre que j’ai préféré diriger l’histoire sur eux. Tous deux ont été très enthousiastes !
Impressionné, non ?
Oui et non… Le star system, la notoriété ne m’impressionnent pas. Ce qui m’impressionne, c’est le talent et là, j’avais deux pointures qui ont derrière eux un sacré palmarès ! J’avais mon couple flamboyant, deux monstres d’orgueil mais j’ai eu une trouille bleue ! Ce qui m’a rassuré c’est qu’ils avaient autant le trac que moi. Et puis, lorsqu’on rencontre des gens comme eux, ce qu’il y a de formidable c’est qu’ils travaillent dans la joie, la passion et l’humilité.
Et James Thierrée ?*
Ca a été un peu en désespoir de cause : mes castings anglais n’ont rien donné. Je me suis rabattu sur le casting français et je suis tombé sur lui. J’ai regretté par la suite qu’il n’ait pas un plus grand rôle tant il est doué, talentueux et sait tout faire. Je suis sûr qu’il va devenir un grand comédien… et que j’écrirai pour lui comme je l’ai fait pour Jean.
Vous ne vous êtes pas donné un rôle…
Surtout pas ! Je ne mélange pas tout ! J’aime jouer mais je ne veux pas être à tous les postes car je suis un metteur en scène très obsessionnel et je me remets en question tout le temps. Je n’ai pas une idée figée de la mise en scène et je veux donc avoir l’esprit libre pour ne me consacrer qu’à ça. Je ne peux pas en plus, avoir une préoccupation d’acteur. J’adore travailler avec les autres et être spectateur !
Etes-vous un réalisateur dirigiste ?
Je crois beaucoup à la direction d’acteur mais aussi et surtout au choix de ses comédiens. Si on ne se trompe pas d’acteur, une grande partie est déjà jouée. Après je dirige mais je suis aussi preneur d’idée. Si un comédien me propose, me suggère, j’aime l’écouter et essayer ce qu’il propose. Et avec Rochefort, c’est tout le temps !
Regrettez-vous votre vie télévisuelle ?
Je n’ai ni regrets, ni remords ! J’ai vécu une période magnifique avec une équipe complice avec qui je travaillais au quotidien. J’ai voulu changer et aujourd’hui je m’épanouis dans ce que je fais et toujours avec une équipe car, à part écrire, on ne peut rien faire seul. Je me sens bien en tant qu’acteur et la mise en scène est un réel grand bonheur.
Diriger des acteurs quand on est soi-même acteur, ça aide ?
Beaucoup bien sûr car je connais leurs sensations, leur sensibilité, leur fragilité. Il faut sans cesse qu’ils soient rassurés et je suis pour cela à leur écoute. Le point de vue d’un acteur est très important pour le film. C’est lui qui joue, qui ressent, qui est en lumière, je tiens donc compte de ses intentions, de ses attentes.
Je suis leur premier spectateur.
Rendez-vous donc au 8 novembre pour voir si les autres spectateurs suivent ce désaccord parfait et jubilatoire !
Propos recueillis par Jacques Brachet
*Arrière petit-fils de Charlie Chaplin, qui a obtenu cette année deux Molière
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