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DANY BOON : RETOUR AU PAYS

Dany Boon ne l’a jamais caché… C’est un Ch’timi pur et dur. Après en avoir eu honte étant enfant, aujourd’hui il le clame haut et fort dans ses one man shows que l’on a pu voir au cours de ses nombreux galas où il fait le plein partout et tout particulièrement chez lui, dans le Nord où il fait même tout son spectacle en ch’ti… Sacré Biloute !!!

Succès pour ses spectacles, succès pour la reprise de « Dîner de cons » avec Arthur, succès avec son premier film en tant que réalisateur « La maison du bonheur » (1,2 millions de spectateurs), Dany Boon est aujourd’hui une valeur sûre, au théâtre comme au cinéma …
A quand la chanson ? On garde un souvenir impérissable de sa version de « Laisse-moi t’aimer » de Mike Brant !!!
Aujourd’hui, il arrête « Dîner de cons » en plein succès mais va très vite le reprendre à Paris vu l’énorme succès. Hélas pas en tournée car il a un agenda super chargé… On va en parler. Mais cet arrêt, c’est pour faire une tournée promo pour son second film en tant que réalisateur qui sortira le 27 février : « Bienvenue chez les ch’tis »… Tiens tiens !
Eh oui, le voici revenu à ses premières amours avec ce film qui lui tenait très à cœur et qui est en quelque sorte une ode à sa région, à ses villes de prédilection, Bergues et Armentières et à son parler inimitable.
C’est un magnifique film qu’il nous propose là, à la fois drôle, émouvant et chaleureux…. Cette chaleur que les gens du Nord ont dans le cœur, faute de l’avoir dans la région. C’est bien sûr un hommage à son Nord mais c’est aussi une comédie sur le mensonge et le non dit, admirablement servei par Kad Merad et lui-même mais aussi, d’une native d’Armentières nommée Line Renaud qui joue sa mère et de plein de jolis petits rôles dont celui de Zoé Félix qui joue l’épouse de Kad.
Le speech… comme dirait certain animateur !
Kad est un petit directeur des postes de province dont la femme, dépressive rêve qu’il devienne un grand patron dans le sud de la France. Afin de la satisfaire et d’avoir le poste à Sanary dans le Var, il va se faire passer pour handicapé. Le mensonge est si gros qu’il se retrouve « puni » et qu’on lui donne la direction d’un poste à Bergues… dans le Nord !
Sa femme l’y laissera partir seul car elle ne peut supporter de quitter le soleil. Quant à lui, il va découvrir une belle région, des collaborateurs chaleureux, une vie sans soucis. Il va totalement se désinhiber et trouver sa place dans ce coin du Nord. Sa femme, ne voulant pas y croire, il va lui faire croire qu’il vit l’enfer… jusqu’au jour où elle décide d’aller l’y retrouver pour lui remonter le moral. Et là, bien sûr, ça va quelque peu se compliquer.
Kad est admirable dans ce rôle. Il est en train de devenir le comédien français dont on ne va plus pouvoir se passer car il joue sur tous les tableaux, toujours sur un fil entre légèreté et profondeur, tendresse et humour.
Dany, lui, est aussi magnifique, petit postier pris entre l’amour de sa collègue et l’amour tyrannique de sa mère (Line Renaud, superbe), montrant ainsi qu’il a tous les talents : auteur, comédien, réalisateur. Un film qui, certainement, va suivre le chemin du succès comme le premier.
Beau cadeau que nous offre le Pathé Toulon en invitant, deux jours après Michèle Laroque et sa romance du Sud, Dany Boon in person et sa mélodie du Nord. Malgré la musique, les majorettes et la fanfare qui l’accueillent au cinéma, c’est sous la pluie qu’il arrive, histoire de ne pas le traumatiser par un trop beau temps ! Et c’est une foule en délire qui l’accueille et qui lui fera une ovation en fin de projection. Ce qui le rassure car Dany est un inquiet :

« Ce film, je l’ai en moi depuis des années. Je l’avais avant de réaliser « La maison du bonheur » mais comme il me tenait très à cœur, j’avais simplement la trouille de le rater. Alors je me suis essayé sur cet autre film et, vu le succès, j’ai pu plonger avec un peu moins d’appréhension. Je voulais être sûr que j’étais capable de le faire car c’est un sujet très personnel, c’est un peu ma vie et si je l’avais raté… je me serais suicidé !!! »
Toujours cet humour, cette façon de détourner l’émotion, cette humanité, cette simplicité et cette chaleur humaine que l’on retrouve chez lui comme dans ses films.
« Je parle de ma région, de ma ville, de mon enfance, des gens qui ont fait ce que je suis aujourd’hui. L’histoire du carillonneur du film, c’est celle de mon grand oncle Adalbert Carrière qui tenait ce poste. J’ai d’ailleurs appris à en jouer pour le film !

Une comédie venue du Nord, c’est quelque chose de nouveau !
Oui et c’est pour ça que j’ai voulu réaliser ce film car chaque fois que l’on parle du Nord au cinéma, c’est pour de sombres drames : le noir, la pluie, la pesanteur, les mines, les corons, le chômage… Moi, je voulais montrer le côté lumineux de cette région, qui est aussi son vrai visage, grâce à une comédie populaire. Et en plus, je n’ai rien inventé, cette région n’a pas une gaieté forcée. Elle est vraiment gaie, chaleureuse et même si, bien sûr, il y a des cons partout, c’est une région où l’accueil, la générosité, le soucis de l’autre sont des constantes, des choses réelles.

Des choses vécues, donc ?
Evidemment ! Chez nous, j’ai toujours connu les portes ouvertes où le café « bouillu » attend le visiteur. J’ai vécu ça en voyant très souvent débarquer chez moi des inconnus invités par mon père, qui venaient boire un coup et puis restaient pour partager notre repas. Ca allait même très loin : je me suis vu dépossédé de mes jouets que mon père - très généreux ! - donnait à un enfant en disant : « Il en a moins que nous », ce qui ne faisait pas toujours mon affaire ! Cet accueil immédiat est une habitude, un rite et c’est ce que j’avais envie de montrer. Il y a un côté humain qui a tendance à disparaître dans ce cinéma français trop influencé par le cinéma américain qui veut toujours en mettre plein la vue. Cette humanité est de plus en plus rare et j’avais envie de revenir à ces sentiments simples, à ces gens simples qui vivent aussi de simples et belles histoires. Mon but était de divertir mais aussi d’émouvoir et de faire rire avec des gens qui mènent une vie simple mais pas inintéressante.

Tout est-il du vécu dans ce film ?
Oui parce que je l’ai bâti sur ce que j’ai vécu moi-même mais aussi sur le vécu des gens et entre autres, de mes spectateurs. Ayant ce film en tête depuis longtemps, lors de mes spectacles j’en parlais et je demandais au public s’il y avait des ch’tis qui pourraient m’en parler. Je les retrouvais après le spectacle et j’ai ainsi emmagasiné plein de situations et de choses qu’ils me racontaient. Je me suis servi de tout ça…

Le parler ch’tis, l’avez-vous toujours gardé ?
Je l’ai parlé jusqu’à l’âge de 12 ans puis, en rentrant dans la grande école je m’en suis débarrassé car j’en avais honte. A l’école à Armentières, ceux qui parlaient « normalement » se moquaient de nous. Alors on faisait tout pour ne pas qu’on nous maltraite ! Mais je l’ai toujours gardé et surtout très vite repris. Sans compter qu’aujourd’hui, les parlers et les accents redeviennent à la mode !

Avez-vous fait participer les gens de votre région sur ce film ?
Et comment ! Toute la figuration est de chez moi et nous avons même tourné dans leurs maison que j’ai visitées une à une pour les choisir. Tous m’ont ouvert la porte, tous étaient heureux de participer au films quant à ceux qui n’y participaient pas, ils étaient tous les jours autour du tournage. Il y avait à peu près 600 personnes qui, à la fin du tournage, venaient me demander des autographes… C’est-y pas de l’amour, ça ?!! Du coup, j’ai déjà fait quelque trente salles là bas pour leur montrer mon film en avant-première et il sortira dans le Nord une semaine avant toute la France ! Je leur dois bien ça !

Parlez-nous de vos comédiens
Je voulais Kad à tout prix car il était vraiment le personnage. C’est un comédien qui sait jouer à la fois sur le comique et l’émotion. Il a ce côté attachant mais aussi ce physique, qui, sans être un play boy, attire les gens par sa gentillesse, sa tendresse et son humour. Line Renaud, elle se devait d’être là puisqu’elle est d’Armentières et qu’elle a gardé ses racines. C’est une grande comédienne et chaque fois qu’on se rencontre, on se parle ch’tis ! Pour toutes ces raisons, il me la fallait comme mère ! Zoé Félix a ce côté très classe et très bourgeois qui contraste avec Kad,. Elle est à la fois dépressive et un peu castratrice parce que protectrice et heureuse dans les peines de l’autre pour pouvoir le consoler. Enfin, Galabru n’a qu’une scène mais quelle scène ! Devant se faire opérer il avait refuser. Je l’ai personnellement appelé, ce qui l’a flatté et lui a fait plaisir et il est venu. Il est énorme… comme comédien !!!

Vous qui avez l’habitude du rire du public en direct et immédiat comment appréhendez-vous le cinéma ?
C’est vrai que quelquefois je ne suis très indécis car lorsqu’une salle rigole c’est génial et rassurant. Si elle rigole moins sur une réplique on peut la retirer du jour au lendemain mais au cinéma c’est autre chose. Il y a d’abord l’écriture et quelquefois, quelque chose de drôle sur papier ne l’est pas évidemment à l’écran. Le plus angoissant c’est le tournage car une fois fait, on ne peut pas y revenir. Et si ce n’est pas drôle, c’est… dramatique. C’est plus dur de faire rire au cinéma car on ne sait pas si ce qui vous fait rire fera rire le public. Si on s’est planté, c’est foutu !

Est-ce dur de couper des scènes au montage ?
Moi, je n’ai pas d’état d’âme de ce côté là, peut-être parce que j’ai l’habitude de la scène où il faut être efficace avant tout. Je suis donc prêt à couper une scène si elle ralentit l’action, si je la sens inutile… Ce que j’ai fait avec la seconde scène de Galabru que je sentais moins forte que la première. J’ai voulu garder cette efficacité et j’ai préféré me priver de cette scène pourtant réussie.

Les projets aujourd’hui, Dany ?
D’abord reprendre « Dîner de cons » puis le tournage de trois films : un film choral avec Danielle Thompson qui est un scénario magnifique, avec Charlotte Gainsbourg, une comédie romantique de Pascal Pouzadou avec Sophie Marceau et un autre film avec Jean Veber, le fils de Francis Veber.

Notre biloute n’a donc pas fini de nous faire rire et de nous charmer !
Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag