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CANNES : FESTIVAL DE DANSE
DES RENDEZ-VOUS EBLOUISSANTS

Danses concertantes, Benjamin Millepied (Photo 1)
Surnommé « l'étoile au nom prédestiné », Benjamin Millepied est tombé tout petit dans la marmite; il a choisi très tôt la danse par l'intermédiaire de sa mère, professeur de danse. Baignant toute son enfance dans un univers musical riche et varié, il entre à 13 ans au Conservatoire National Superieur de Musique et de Danse de Lyon, en 1994, il décide de partir à New York afin de se perfectionner à la School of American Ballet et remporte plusieurs prix. Engagé en 1995 dans le corps de ballet du New York City Ballet, il est promu soliste en 1998, danseur principal en 2002 et interprète de nombreux rôles principaux.
C'est avec « Danses Concertantes » qu'il réalise ses rêves de chorégraphe; dans cet ensemble, il réunit les meilleurs danseurs du New York City Ballet et de l’American Ballet Theatre renommés pour leur enivrante vitesse et leur maîtrise d'exécution. Trois pièces : Closer (musique Philip Glass), Without (Frédéric Chopin), Anima (J.S. Bach, Julien Tarride) sont présentées. Dans la première, un couple évolue vêtu de sous-vêtements blancs, l'ensemble est très épuré, aérien, léger mais surtout très technique, ce duo gracieux danse une histoire d'amour sur une musique cristalline évoquant des gouttes de pluie où l'on se sépare et se rejoint pour laisser le corps exprimer son potentiel physique et artistique. Avec « Without », ensembles masculins, ensembles féminins, ensembles mixtes évoluent avec agilité, puissance et grâce, on suit les danseurs du regard en ayant l'impression que tout est léger, on s’enlace, on se sépare sans fin comme si un fil invisible reliait les danseurs entre eux, la musique de Chopin fait le reste et un langage particulier se crée au gré des figures coordonnées ou décalées dans un timing précis. Le bouquet de danseuses habillées de costumes aux tons sobres clôt cette page avec douceur et élégance pour le plaisir des yeux.
Le dernier volet est plus sombre, voire un peu angoissant, les tuniques noires des danseurs évoquent les tragédies grecques, la musique a des accents funèbres mais les figures réalisées par les couples de danseurs dégagent souplesse, énergie et vitalité, les corps déploient l'éventail de leurs prouesses techniques; pas de deux, sauts, les jambes et les bras sont élastiques et amplifient les mouvements. Perfection technique, intelligence artistique se rejoignent, illustrant parfaitement les propos de Philippe Cohen sur le travail de Benjamin Millepied : "Benjamin fait partie des chorégraphes capables de développer une synthèse du ballet classique et de la contemporanéité, tout en préservant l'authenticité de ses œuvres".
Ce travail de chorégraphe a d'ailleurs été couronné par le prix U.S.A Fellows en 2007. Le public, en tout cas, connaisseurs ou non a longuement applaudi et apprécié cette représentation de haut niveau plus haut point.

Zoopsie Comedi : spectacle vivant
Drôle, inventif, cocasse, coloré, plein d'entrain, génialement mis en scène, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le spectacle si vivant offert par Zopsie Comedi. Cette revue chorégraphique musicale renoue avec la grande tradition des spectacles mariant danse, musique, arts plastiques et attractions, avec 85 costumes extravagants et sur un patchwork de jazz anglais, musique cinématographique et concrète, on se trouve en pleine bande dessinée.
Une vingtaine de tableaux servent de toile de fond à une histoire d'amour impossible entre un magicien et une star trop étoilée sous l'œil d'un majordome très étrange. C'est souvent délirant et on a parfois du mal à s'y retrouver mais il y a tellement de choses à regarder, de petites touches humoristiques, de décalages que l'on se laisse porter malgré soi... Douze jeunes danseurs remplis d'énergie et d'enthousiasme réalisent des petites scénettes à la fois poétiques et imaginaires. Certains danseurs, issus du mouvement hip-hop se contorsionnent avec uns souplesse incroyable et les costumes de Christian Lacroix ajoutent la touche de charme et de glamour qui fait toute la différence. Les rideaux en forme d'éventail s'ouvrent sur un décor carte postale à l'exotisme multicolore où des orages éclatent parfois, le ciel devient gris, un gros poisson plus gros que le bateau apparaît, puis s’installent de jolis escaliers transparents que l'on monte au gré de l'évolution du spectacle, ils sont garants de la tradition et de l'esprit revue. Ils mettent en valeur le défilé des danseuses en tutus rouges vif pour le final et permettent à la reine égyptienne ou aux fées filiformes de resplendir en dominant la scène. Le public se trouve entraîné dans un voyage plein de surprises et d'émotions et sort diverti, de bonne humeur, la tête remplie des images vivifiantes et toniques de ce spectacle inclassable et charmant. Bravo à la troupe de jeunes danseurs qui n'ont guère ménagé leur peine et à leur vitalité ainsi qu'à Dominique Boivin, le coordinateur artistique qui a souvent fait le choix de l'humour dans ses créations et Dominique Rebaud, créatrice de nombreux spectacles également; avec Zoopsie Comedi, ils nous ont offert 1h20 de plaisir et de drôlerie.

Compagnie Pokemon Crew : les champions du hip hop
On ne présente plus les Pokemon Crew, compagnie en résidence à l'opéra national de Lyon; cette troupe défie les lois de la gravitation et de l'équilibre, leur spectacle est unique, grisant, divertissant et reste une performance exceptionnelle. Les danseurs semblent en caoutchouc, ils peuvent se désarticuler au gré des chorégraphies, marcher sur la tête, sur un bras en alternance avec l'autre bras, finir en glissant sur le sol à plat ventre ou en marchant sur les mains.
C'est tout simplement époustouflant, génial, fracassant. L'exaltation de la salle est à son comble devant les figures complexes et syncopées dont nous régalent les champions de hip-hop. La première partie intitulée : 'La faute idéale' est racontée en différents tableaux: une institutrice tentant d'amener à la raison un groupe d'enfants désobéissants, la rencontre étrange entre un gang et une danseuse classique de bonne famille, des golden boys en plein délire les yeux rivés sur les courbes de l'indice boursier qui indique leur faillite; à chaque fois, la présence de la femme a un effet structurant et transforme le chaos en chorégraphie, la cacophonie en harmonie. La mise en scène est variée et inventive, on passe d'un jeu d'ombres et de lumières avec les figures noires des danseurs qui se découpent sur fond blanc à un décor exotique aux couleurs vives et gaies et à un décor urbain de gratte-ciel, les athlètes danseurs virevoltent, effectuant des combinaisons aussi physiques qu'esthétiques au gré des petites histoires qui se racontent sur scène. La deuxième partie: 'Dream Soccer' est un show chorégraphique dans un décor plus urbain , on retourne aux sources du hip-hop: les batailles de rue avec un festival de figures impossibles à réaliser pour le commun des mortels!Sur un bras, sur la tête, les performances n'ont plus de limites, ni les contorsions du corps d'ailleurs, comment tiennent-ils, comment font-ils pour ne pas se blesser dans des figures dangereuses à réaliser? Pas étonnant qu'ils aient été champions du monde en 2003 et victorieux en octobre 2007 lors du KB Bboys Championships de Corée! Ce qu'ile réalisent est de l'ordre de l'exploit physique! Quelle maîtrise, quelle énergie, quelle virtuosité et surtout quelle générosité dans le partage de leur savoir-faire! Merci pour ce spectacle magnifique qui a fait hurler de bonheur les spectateurs.

Hommage à Rosella Hightower (Photos 3 et 4)
Le dimanche 29 novembre au grand auditorium du Palais des Festivals, un vibrant hommage a été rendu à Rosella Hightower, grande dame cannoise de la danse; Yorgos Loukos, directeur artistique du Festival de danse, la fille de R.Hightower ainsi que M.Harson, délégué aux affaires culturelles ont souligné l’empreinte marquante de l'artiste avant l'ouverture du spectacle. L'école, à présent dirigée par Paola Cantaloupo - étoile reconnue - est plus que jamais active et a encore de beaux jours de création artistique devant elle.
Plusieurs générations d'anciens élèves devenus danseurs, chorégraphes ou directeurs de compagnies ont tenu à présenter un moment de danse mêlant des pièces tirées du répertoire ou de créations contemporaines. La première partie du spectacle se compose de six pièces variées, interprétées par des danseurs ayant pour directeurs de compagnie: J.Christophe Maillot des ballets de Monte-Carlo, Philippe Cohen du Grand théâtre de Genève ou Gil Roman du Béjart Ballet Lausanne, tous anciens élèves de R.Hightower.
Pour le spectateur, c'est une succession de tableaux dont la mise en scène est réglée au cordeau. Les mouvements s'enchaînent, se succèdent à l'unisson ou dans un décalage savamment étudié, techniquement, la maîtrise des gestes est impeccable. Les créations sont toutes empreintes de la grâce et de la fragilité de la jeunesse. C'est fluide, aérien, léger, rempli d'énergie et de fantaisie que ce soit lors de duos fusionnels ou de chorégraphies de groupes.
La deuxième partie, « Constantia », sur la musique de Frédéric Chopin appartient au répertoire plus traditionnel de R.Hightower: tutus roses, mauves, blancs, bleus de rigueur pour les élèves de classes de Superieur1 et 2 de l'école qui interprètent ce ballet pour la première fois.
Respect du passé, ouverture sur le présent et construction de l'avenir sont parfaitement illustrés dans ces compositions enchanteresses et prestigieuses.
" Danser, c'est échanger avec autrui en toute liberté...", déclarait Rosella Hightower, ce ne sont pas les spectateurs comblés par les représentations de son héritage qui diront le contraire.

I Giulietti
Photos : Olivier Houeix

© 2008 Evasion Mag