FESTIVAL DE DANSE DE CANNES
La danse est une école de rigueur, la danse est un art majeur, la danse est un bonheur
L’édition 2007 du festival de danse dont la programmation concoctée par le directeur artistique Yorgos Loukos se veut accessible au plus large public en élargissant les horizons et en repoussant toujours plus loin les frontières de l’exploration chorégraphique a tenu comme chaque année ses promesses. Au programme, du 23 novembre au 1 er décembre : Israel Galvan et son flamenco, Picasso et la danse par Europa danse, Sylvie Guillem, brillante ancienne étoile de l’opéra de Paris avec Russell Maliphant, chorégraphe reconnu dans des créations originales, les « Créatures » du ballet Biarritz Thierry Malandain, la vision corse de Sidi Larbi Cherkaoui, le ballet national de Marseille, la Cie Maguy Marin du centre chorégraphique national de Rillieux –La –Pape pour une première mondiale de sa dernière création, la Cie Najib Guerfi , la Cie Pokemon Crew, toutes deux consacrées à la danse urbaine et au Hip-Hop en particulier. Une palette riche et prometteuse de sensations inédites au vu du talent, de l’originalité et du professionnalisme qui caractérisent cette manifestation. Autour de ce Festival, des ateliers de danse sont mis en place afin que les « aficionados » puissent améliorer leurs connaissances et leurs travaux et des rencontres avec les professionnels sont organisées.
RENDEZ-VOUS AVEC "LA GUILLEM"
Le 27 novembre à 21h rendez-vous au Grand Auditorium du Palais des Festivals en compagnie de Sylvie Guillem et Russell Maliphant ou la Perfection scénique. Chorégraphie : Russell Maliphant – Lumières : Michael Hulls
Dès l’âge de 19 ans, « La Guillem » était déjà au sommet de son art mais elle a eu l’intelligence de continuer sa carrière en l’enrichissant d’expériences nouvelles tout en offrant sur scène les fruits d’un travail acharné et des compositions d’une beauté visuelle à couper le souffle !
1er solo : « Solo » pour cette soirée sur les accents flamenco de la musique de Carlos Montoya : toute de blanc vêtue, sa silhouette longiligne baignée de lumière effectue des figures ondulantes et d’une précision impeccable, telle une Atalante légère et fuyante à la fois, ses mouvements sont si gracieux qu’elle semble immatérielle et irréelle. Par magie, la lumière qui l’éclaire semble émaner d’elle et ses mouvements de bras et de jambes amplifient cette sensation; elle se fait colombe ou papillon au gré de ses envolées.
2ème solo : R.Maliphant dans « Shift » ou « Il danse avec ses ombres ». Musique sobre, ambiance dépouillée pour cette composition originale où par un subtil jeu de lumières le danseur se retrouve avec ses ombres en scène, leur taille variant au gré des mouvements, disparaissant pour réapparaître un peu plus tard et le spectateur ébahi se demande qui du danseur ou de l’ombre est à l’origine du mouvement, un mouvement mesuré, précis mais aussi léger et aérien parfois; inattendu et original !
3ème solo : « Two » : SYlvie Guillem revient en noir, la scène est à peine éclairée avec une musique minimaliste, réduite à de très lointains sifflements au départ pour s’amplifier en vacarme de batterie aux accents répétitifs et obsédants tels des battements de cœur de plus en plus forts : avec des mouvements d’une précision mathématique, elle reprend les mêmes phrases avec une intensité croissante et à une telle rapidité que ses bras se démultiplient et forment un halo autour d’elle.
Elle semble la prêtresse d’une messe noire sur ces rythmes saccadés, l’exécutrice de mouvements parfaits où tous les muscles de son dos se découpent ne laissant rien ignorer de la puissance du corps qui se trouve magnifié dans une telle composition.
Dernière partie : le duo Guillem-Maliphant : "Push"
Les deux danseurs évoquent deux statues de marbre qui s’éveillent à la vie sur une musique sensuelle et envoûtante d’Andy Cowton; dans des enroulements où tout n’est que grâce et délicatesse, le corps longiligne de Sylvie Guillem épouse les contours de celui de son partenaire sans jamais se détacher de lui-même, lorsque les figures obligent les corps à évoluer séparément, on a l’impression que les deux danseurs sont reliés par des fils invisibles. Quand elle se pose sur son partenaire, c’est avec la légèreté d’une plume, ils s’élancent, s’enlacent, s’enroulent telles deux lianes lumineuses. La fluidité des corps et des mouvements, la légèreté et l’aisance qui les animent créent un langage gestuel unique et nous font pénétrer dans un monde parallèle, celui de la perfection scénique, de la connaissance de son art poussé à un tel degré qu’il nous fait quitter le monde de la réalité. Une telle pureté et une telle beauté ne peuvent que susciter l’admiration et le silence religieux d’une salle conquise dés les premières mesures. On ne peut que souhaiter à chacun d’avoir l’occasion une fois dans sa vie d’assister à un spectacle aussi ravissant et aussi puissant.
ORPHEE & EURYDICE VERSION HIP HOP
Mention spéciale à la compagnie Najib Guerfi découverte le 28 novembre dernier sur la scène du théâtre de la Licorne. Fraîcheur, jeunesse, enthousiasme et surtout un indéniable professionnalisme se sont alliés pour offrir un spectacle absolument époustouflant qui peut toucher et plaire à tout public, tous âges confondus. Dans "Orphée et Eurydice", duo qui réunit N . Guerfi et Lyliane Gauthier, les deux danseurs réussissent des figures de Hip-Hop et des chorégraphies complexes qui demandent un grand savoir-faire, une solide technique et des qualités physiques que tout le monde ne peut pas avoir ! Les scolaires invités en grand nombre hurlent de plaisir devant les prouesses exécutées sous leurs yeux, c’est un peu le « street dance » qui leur rend visite et leur permet d’admirer de prés des courants urbains de danse qui petit à petit gagnent leurs lettres de noblesse dans le monde artistique.
" Les Damnés" , en 2ème partie met en scène sept jeunes danseurs calédoniens que l’on peut qualifier d’athlètes de haut niveau, le hip-hop n’est qu’une petite partie de leur chorégraphie, ils effectuent des sauts, des figures qui se terminent la tête en bas sur le haut de leur crâne et ils se retrouvent sur leurs pieds aussi vite, ça virevolte, ça bondit à tour de rôle sur la scène à une telle rapidité et avec une telle virtuosité que le public n’a pas assez de ses deux yeux pour les suivre. A un moment ces figures s’effectuent sur une musique de Haendel qui évoque un menuet et on peut imaginer que la cour du grand Louis XIV aurait certainement apprécié une composition aussi audacieuse, des pas de hip-hop sur Haendel ! Qui l’eut cru ? Grâce au dynamisme et au potentiel de ces prodiges N.Guerfi a imaginé un projet ambitieux mais très abouti de création de danse contemporaine urbaine.
Autant dire qu'il a emporté toute l’adhésion de la salle comble en délire. Un très beau spectacle surprenant et éblouissant.
Isabelle G
"LES ARAIGNEES DE MARS" CLÔTURENT LA 16ème EDITION DU FESTIVAL
Ce samedi 1er décembre, « Les Araignées de Mars » investissaient de bien belle manière la scène du théâtre Croisette. Au programme : une création de la Compagnie Grenade qui rassemble, depuis 1998, autour de la chorégraphe Josette Baïz dix artistes venant d'horizons culturels divers (mais ce soir-là nous n'en avons compter que neuf).
Elle met en scène un mélange entre la danse hip hop et la danse contemporaine auxquelles viennent se combiner des éléments empruntés à l'art du cirque ; nous avons ainsi apprécié les réelles performances des danseurs-acrobates. Nous avons également aimé la singularité et la sobriété du décor : une toile au fond de la scène sur laquelle étaient projetées des textures et quatre draps blancs accrochés assez hauts dans les cintres. Ce dispositif ingénieux permettait d'élargir l'espace scénique : les protagonistes évoluaient aussi bien sur que au-dessus de la scène. Et surtout, ce décor ne se présentait plus comme une structure figée mais s'inscrivait dans une dynamique de métamorphose, les draps devenaient quasiment un prolongement de la gestuelle des danseurs. C'était sans doute là l'élément le plus original de cette pièce. D'autre part, la symbolique des draps, tantôt cordes tantôt voiles, affichait une certaine richesse : à la fois vecteurs de transition, d'ascension, refuges ou moyens de disparaître.
Le tableau le plus captivant se situait à l'ouverture avec l'arrivée des danseurs-insectes : ceux-ci développaient une gestuelle latérale des quatre membres ; à même le sol, ils investissaient de cette manière l'espace à l'horizontale créant un contraste avec la verticalité des draps suspendus, au sommet desquels patientaient les quatre danseuses enroulées dans des sortes de cocons. Les costumes noirs argent en latex accentuaient l'effet insecte. La blancheur mouvante, la musique sombre et chaotique rappelaient les limbes et la promesse d'une naissance. Nous avons été sensible à la puissance évocatrice qui se dégageait de tout cela. La seconde partie nous a semblé un peu plus conventionnelle. Elle s'articulait autour de l'art de la confrontation et de la fusion rappelant la rencontre amoureuse (thème un peu trop rabâché en danse à notre goût). Les draps de plus en plus souvent rectilignes et la musique très rythmée donnaient l'impression d'un espace de plus en plus structuré mais aussi plus clos. Par ailleurs, les danseurs se sont mis à produire des sons, voire à pousser des chansonnettes...
Ceci dit, cette pièce chorégraphique reste cohérente et sa progression nettement perceptible. La compagnie a de toute évidence largement conquis les festivaliers. La clôture du Festival de Danse de Cannes s'est ainsi faite en beauté.
Géraldine Martin
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