COUPS DE COEUR !
YODELICE « Tree of life » (Mercury)
Que voilà un superbe disque, une belle surprise estivale que ce CD du groupe Yodelice, intitulé « Tree of life » !
Alors d’abord, sachez que derrière ce nom se cache un certain Maxim Nucci…
Et notre Maxim est un excellent auteur, compositeur, chanteur et même comédien (« Ne le dis à personne », « Alive »).
Mais en dehors d’avoir travaillé pour Jenifer, pour les L5 et pour quelques autres, il a quand même travaillé pourlui-même avec entre autre « Un cow-boy à Paris », CD dont on a parlé... en bien !
On pouvait donc être curieux de voir, et surtout d’entendre ce nouvel opus… Qu’allait-il nous proposer ?
Eh bien, grande surprise, je dois dire qu’il y a longtemps que je n’ai autant flashé sur un disque que j’écoute en boucle.
Loin de la variété à laquelle on aurait pu s’attendre, il imprime là sa patte toute personnelle, toute originale et il va être difficile – et c’est tant mieux ! – de le classer dans un style, une branche de musique que les Français aiment tant étiqueter !
Un peu bluesy, un soupçon jazzy syncopé, une pincée country pour mieux aller vers un rythme très cuivré et festif qui rappelle plus Olivia Ruiz que Jennifer, ou un Kusturica plus cool, et puis le voilà reparti sur du piano nostalgie, lancinant, sur lequel il pose sa voix grave, un peu rauque, sensuelle qui caresse la mélodie. Des mélodies qui, toutes, ont une musicalité magnifique et qui vous restent dans la mémoire.
En fait, même si, pour un disque, il semble qu’on énonce un pléonasme, c’est très musical, (ce qui n’est pas le cas de tous les disques !) saupoudré d’un certain spleen, c’est parfois presque classique comme ce dernier titre « Shadow boxing » uniquement interprété au piano et au violoncelle, (tenu par son complice Sébastien Grandgambe et chargé d’émotion. Sans compter que son passage au Musican Institute de Londres a laissé des traces et... un anglais parfait, ce qui est rare chez les chanteurs français !
Pourquoi Yodelice ? Tout simplement parce qu’il a créé ce disque dans une villa face à la mer, en Espagne, et qui portait ce nom !
On pourra peut-être lui reprocher de ne chanter qu’en Anglais mais c’est tellement sa culture car, même jeune, il est imprégné des Dylan, JJ Cale et quelques autres et puis, c’est tellement beau qu’on ne peut qu’écouter sans retenue, avec un plaisir rare.
A noter : une très belle pochette.
YCARE (Sony Music)
Ycare, tout simplement et pourtant, pas si simple que ça, le mec issu de “La Nouvelle Star” 2008 dont on attendait le disque avec impatience tant l’artiste nous avait paru original avec les chansons des autres.
Le voici avec les sienne. Ambiance un peu mystique, assez noire, la violence n’est pas exclue, pas plus que l’émotion car Ycare est un écorché vif et ses chansons lui ressemblent : belles, ténébreuses, les musiques sont belles et les textes ciselés… Voilà de la belle chanson Française et s’il nous avoue être imprégné par Brel moi je lui trouverais quelques accointances avec un Jean Gudoni.
C’est à la fois très classique et très actuel. C’est à la fois très poétique et très moderne.
Alison » est la chanson-single et nous reste dans la tête. J’aime aussi « Au bord du monde », un texte fort, une musique lancinante. Que dire de « Mama » qu’il chante au bord des larmes, magnifique hommage à sa mère. Et puis, pour un peu casser cette ambiance le voilà tout en humour avec « L’étrangère »… Fallait oser ! Je ne vous en dirai pas plus sinon que, comme Polnareff en son temps avec une certaine chanson « L’amour avec toi », Ycare y va pleins gaz, ce qui mettra certainement à mal les âmes bien pensantes et les chastes oreilles ! Mais c’est drôle et culotté.
Enfin, comme Ycare est vraiment un artiste original, il nous fait le coup de la chanson cachée avec quatre chansons « live », sans public. Il nous parle, nous dit un poème et reprend trois chansons uniquement à la guitare, ce qui leur donne peut-être encore un peu plus de force.
Ycare se montre tel qu’il est : beau, émouvant, un peu embrouillé dans sa vie… Attachant.
CLARIKA « Moi en mieux » (Universal)
Elle fait doucement son chemin, la petite Clerika, avec ses petites musiques magiques, sa voix murine et flûtée, qui nous chante des choses de tous les jours sans affectation, avec intelligence. Ce sont quelquefois des textes très fort comme « Bien mérité » qu’elle nous chante avec évidence et simplicité et qu’on devrait obliger tous les racistes et xénophobes d’écouter. Et puis il y a celle qui est pleine d’humour comme « Moi, en mieux » qui donne le titre au disque et qui, là encore, fait mouche en s’adressant à toutes les filles qui doutent d’elles. Elle cache ses angoisses derrière une petite chanson à la fois drôle et pessimiste comme « Rien de tel » où elle parle de vieillesse et de mort. Et voilà qu’elle aborde le thème mère-enfant tout en émotion avec « Lâche-moi » qui voit avec lucidité la joie égoïste de faire un enfant qui un jour, fatalement, vous quittera. Elle vous donne la chair de poule tant on vit ou a vécu ces moments d’amour avec la séparation au fil du temps.
Et la voilà sur une chanson folle et drôle et… pas facile à dire et chanter tant le rythme et soutenu : « Je ne serai pas »… tout ce qu’une femme ordinaire ne sera jamais… Ca part en live et c’est totalement déjanté. « De fille à femme » nous raconte sur un air de rumba comme la petite fille a hête d’être une grande et comment la jeunne fille a peur de devenir une vieille femme. Jolie ballade romantique avec « C’est l’hiver » qu’aurait aimé Barbara. Et puis on entre d’abord dans le cerveau d’une coiffeuse avec « Des bulles » pas seulement de savon et « Dans des cabines d’essayage » superbement bien vues…On termine sur une chevauchée irréelle à propos de « L’ennui »…
Bref, ces chansons sont les histoires et les journées d’une femme ordinaire mais Clarika est toujours sur un fil qui balance entre amour et humour, rêve et réalité, ironie et émotion….
MAKALI « De la chanson et puis c’est tout » (Mercury)
Voilà un groupe avignonnais rencontré aux Voix du Gaou de Six-Fours. Groupe bien sympathique qui commence à faire parler de lui, dépassant les frontières provençales.
Ils avouent eux-même que leur seul désir est de chanter… Ils se sont regroupés grâce à la musique, entre autres le reggae mais très vite, leurs goûts musicaux se sont ouverts et mélangés, et sur des thèmes plus swing, plus gypsie, ils nous racontent de jolies petites histoires dans le droit fil de la chanson française d’aujourd’hui.
Pourquoi meur nom : c’est l’anagramme d’un mot arabe qui signifie « La parole ».
La parole, ils l’ont aujourd’hui puisque parmi eux il y a deux auteurs. Pour la musique, tous y participent. Il y a deux filles : Armelle et Audrey puis cinq garçons : Andréa, Rew, Nico, Cleps et Barnabé qui n’est autre que le fils d’Isabelle Adjani !
Grande chance pour eux : leur musique est partie à Hollywood illustrer le film de Ridley Scott « A good year » avec Marion Cotillard et Russell Crow, excusez du peu. Et le générique de ce film n’est autre que leur chanson « Il faut du temps au temps ».
Le temps, ils l’ont mais aujourd’hui tout commence à s’accélérer pour ce groupe aux talents multiples qui ont une pêche formidable, une belle passion de la musique qu’ils communiquent magnifiquement sur scène… A suivre !
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Jacques BRACHET |