CONTRE-ENQUETE : DUJARDIN MAGISTRAL

20 ans aux stups à la PJ puis consultant sur la série TV « Commissaire Moulin »…
Il n’en fallait pas plus pour que Franck Mancuso ne devienne scénariste… et réalisateur dans la foulée ! Comme quoi la police mène à tout, comme nous l’avait déjà prouvé Olivier Marchal avec « 36, quai des Orfèvres » !
Et pour un coup d’essai, ce film, « Contre-enquête », est vraiment un coup de maître. Un film qu’on pourrait définir comme un « psycho-polar », parfaitement maîtrisé, de l’histoire à la réalisation en passant par le jeu des comédiens.
C’est, bien sûr, Jean Dujardin qui porte une grande partie du film sur les épaules. Un Jean Dujardin en flic magistral d’émotion, de colère rentrée, de désespoir et de volonté car, tel un buldozer, il mettra trois ans sans faillir un instant, pour retrouver le violeur assassin de sa petite fille. Du jour où sa vie a basculé dans l’horreur, avec culpabilité en contrepoint, il n’aura qu’une obsession, qu’une perspective : faire payer ce meurtre.
violence et pourtant tout en demi-teintes et qui va aller crescendo jusqu’au dénouement final et très inattendu. Car le réalisateur nous emmène tout le temps sur des chemins de traverse pour mieux nous perdre et capter notre attention, à un rythme bien dosé.
A noter également Laurent Lucas, ce comédien aux rôles ambigus (Bambi, Harry, un ami qui vous veut du bien, Lemming…), superbe de cynisme, de perversion. Un beau duo d’une grande sobriété, qui ajoute à l’ambiance « hytchkockienne » du film.
On retrouve notre Dujardin, sourire aux lèvres dans sa barbe drue, au bord d’une plage toulonnaise et on lui dit tout le bien qu’on pense de cette nouvelle belle performance :
« Au départ pourtant, ça n’était pas évident, d’abord parce que c’est un premier film et que l’on ne peut que faire confiance au réalisateur sur ses écrits et nos rencontres. C’est d’autant plus difficile lorsqu’il vous annonce ex abrupto que vous n’êtes pas « son premier choix » ! Ca met aussitôt à l’aise ! Il a donc fallu qu’on s’apprivoise, l’amour-propre passé car ça n’est pas facile à entendre !
Alors ?
Alors… le rôle était intéressant, le scénar tenait la route et me permettait d’aborder un nouveau domaine. Le côté « keuf » ne m’intéressait pas vraiment mais ce boulot lui permettait de pouvoir aller jusqu’au bout de sa route. Le côté psychologique me plaisait bien et me permettait de jouer sur une nouvelle gamme et c’est ce qui me plait dans ce métier.
Comment définirais-tu ce rôle ?
C’est un type qui a un côté brutal, monolithique, sans concession. On a touché à sa chair et tout se fracasse dans sa vie. Il ira donc jusqu’au bout de cette loi du Talion qu’il a faite sienne.
C’est vrai que c’est un rôle très sombre et c’est ce qui m’a attiré car je n’avais pas encore joué sur ce registre. J’aime la nouveauté, changer d’atmosphère à chaque film car sinon, très vite je m’ennuie. Donc, passer d’une comédie déjantée à un drame, ça me plaît et ça me permet à la fois de me surprendre et de surprendre le public qui n’a pas le temps de fixer une image de moi. Ainsi j’évite d’être catalogué. Et j’ai la chance en ce moment, d’avoir des propositions très diverses, d’être, comme on dit « bancable » (prononcer bancabol !)… Et j’en profite !
Est-ce que c’est un rôle qui marque ?
Au départ, je m’investissais beaucoup ans mes rôles et ça m’empoisonnait la vie. Puis un jour – je jouais avec Jugnot « Il ne faut jurer de rien » - j’ai eu cet éclair de me dire qu’il fallait que je laisse le rôle au vestiaire. Ca n’est pas toujours facile, comme dans ce film où, la première scène que l’on m’a fait jouer c’est la découverte de ma petite fille morte… A ce moment-là, j’ai du mal à ne pas penser à mes enfants et ce fut une journée difficile à vivre. Mais sur un plateau, j’essaie de déconner le plus possible pour détendre l’atmosphère, avec les comédiens, l’équipe technique. Là, ça a été aussi difficile car Mancuso était très tendu… Mais j’arrive aujourd’hui à prendre de la distance, comme mon complice Clovis Cornillac avec qui j’ai la même façon de voir les choses.
Donc après ce film, tu alternes sur du comique ?
Un comique assez trash, braque mais intéressant ! C’est l’adaptation du roman de Frédéric Beigbeder « 99f ». Je joue son rôle de 14 ans à aujourd’hui avec des maquillages, des tas d’accessoires, des trucages et l’auteur m’apparaît de temps en temps ! C’est assez fou et signé Jan Kounen.

Y aura-t-il une suite de « Brice de Nice » ?
Sûrement pas ! Ca a trop bien marché, on a été sous l’effet de la surprise et « Brice à la neige », ça ne m’intéresse vraiment pas ! Par contre il y aura, c’est sûr, une suite à « OSS 117 »
A quand la réalisation ?
Ca me démange et de plus en plus je me mêle de la mise en scène, je propose des choses… Mais je ne veux pas me précipiter pour réaliser n’importe quoi n’importe comment. Je veux aller à mon rythme. Pour le moment j’apprends sur le tas, j’engrange, j’enregistre et je prends mon temps. Mais c’est sûr que j’y arriverai !
Quel a été le déclic qui t’a fait choisir ce métier ?
Un coup de cul !!! A 9 ans, j’inventais des personnages, je les jouais, je parlais tout seul. A l’école, j’étais un branleur et, après le service militaire, j’ai commencé à écrire des sketches et les jouer dans des bars, des cafés-théâtres devant trois spectateurs. Mais je me suis accroché car, à par ça, je ne me voyais pas faire autre chose. Et puis il y a eu la télé et tout a démarré.
Et la scène alors ?
J’en ai fait six mois et j’en referai… dans cent ans !
Je m’y suis très vite emmerdé car c’est trop routinier pour moi, ça me mangeait ma vie, ma liberté. Je n’étais libre ni physiquement, ni moralement. Alors que je m’épanouis vraiment au cinéma. J’ai toujours aimé le cinoche et puis, durant deux, trois mois, on vit en famille, en vase clos et j’obtiens de bien meilleurs résultats au cinéma en m’amusant sans me faire mal !
Alors, pourquoi aller contre mes envies et mon plaisir ?! »
Propos recueillis par Jacques Brachet
(Sortie du film : 7 mars 2007) |