LE BON TEMPS DE LA COLO

Eric Toledano et Olivier Nakache sont inséparables depuis les colonies de vacances qu’ils ont faites comme colons puis comme moniteurs et directeurs… C’est dire si ça crée des liens.
Depuis, ils ne se sont plus quittés, en tout bien tout honneur s’entend et, comme deux frères Dardenne, deux frères Taviani ou deux frères Cohen, ils ont décidé de faire du cinéma ensemble. Comme scénaristes et comme réalisateurs. Après avoir tourné des courts métrages, dont un, justement, sur les colonies de vacances, intitulé « Ces jours heureux » qui leur a valu quelques prix, ils ont décidé d’y revenir avec un long métrage. Leur second après « Je préfère qu’on reste amis » l’an dernier.
Bien leur en a pris car ils ont fait un très joli film plein de drôlerie mais aussi avec de beaux moments d’émotion et de tendresse. C’est une chronique sur trois semaines de « colo » avec des enfants venus de tous horizons, qui vont devoir cohabiter tant bien que mal, avec les qualités et les défauts de chacun, qui vont découvrir leurs premiers émois, la colo étant mixte, encadrés par des moniteurs et un directeur qui ont autant de problèmes qu’eux.
Les enfants sont épatants de naturel, Jean-Paul Rouve, qui joue le directeur, joue sans arrêt sur le fil humour-tendresse, entouré par Marilou Berry, Omar Sy, Julie Fournier, Jean Benguigui et quelques autres tout aussi épatants.
C’est un film frais et réjouissant. Avec un sujet casse-gueule par excellence, on pouvait s’attendre à tout. Et on est surpris et heureux de rencontrer une vraie comédie qui pourrait peut-être faire la surprise de l’été, puisqu’il sort le 28 juin.
Nos deux scénaristes-réalisateurs ont fait une petite tournée promo et on a eu l’occasion de les rencontrer au Pathé Liberté de Toulon, accompagnés par Jean-Paul Rouve et au Lumière de la Ciotat où Olivier Nakache était remplacé par Omar Sy, le fameux Omar sz « Omar et Fred » que vous n’avez pas pu rater à la télé !
Tous deux encadrant, à Toulon, un petit Rouve qui disparaît d’autant plus qu’eux sont volubiles et Jean-Paul sympa mais plus réservé. Mais Toledano parle pour trois !
« Nous n’avions jamais pensé pouvoir faire un jour une comédie sur ce sujet. Pourtant c’est un sujet où nombre d’entre nous se reconnaissent car c’est en colo qu’arrivent souvent les « premières fois » : premier amour, premiers émois, première clope. C’est un sujet plutôt sérieux car souvent on se demande qui a le plus de mal à couper le cordon ombilical des enfants ou des parents !
De plus, comme il y a un bout de temps qu’on a quitté les colos, on a daté le film dans les années 70 en pensant que les enfants avaient pu évoluer. On s’est aperçu en tournant avec les gosses puis en présentant le film dans des écoles, que rien n’avait changé !
Le lieu de tournage est superbe !
Oui et là, c’est quelque chose d’extraordinaire car on a écrit tous les deux en pensant à ce château où nous nous avions été en colo. C’est un petit village de Charente à 10 kilomètres d’Angoulème, à Marton. Une fois écrit le scénario, on a eu la curiosité de voir ce qu’était devenu le château… Il n’avait pas changé, on a tout retrouvé et on a pu y tourner. On était très ému de se retrouver là.
Le casting a dû être long ?
Cinq mois à travers la France et la Belgique ! On a mis du temps mais on ne s’est pas trompé, je pense.
Tourner avec des enfants est-il difficile ?
Pas vraiment, non. Il y a deux sortes d’enfants : ceux qui ne se rendent pas compte qu’il jouent et là, ils sont naturels, ne sont pas impressionnés et ne posent pas de problème. Ils sont dans l’histoire. Les plus grands – 13/14 ans – sont conscients qu’ils sont dans une représentation d’eux-mêmes. Au départ ils se la jouent un peu, sont un peu théâtral. Mais c’est une question d’intelligence, on discute avec eux, on les canalise. Ils ont une grande capacité d’écoute et ils répondent à ce qu’on demande.
Comment ont-ils réagi en se voyant à l’écran ?
Au début, ils on trouvé ça bizarre et la première fois ils n’ont pas suivi le film car ils se remémoraient le tournage, les scènes. Il faut dire qu’ils ont passé deux mois dans ce château, deux mois de vacances et certains se sont cru vraiment en colo. Ils mêlaient fiction et réalité.
Jean-Paul, comment s’est passé le tournage avec ces deux acolytes ?
On a déjà tourné ensemble donc on est en totale complicité et il a été très vite évident que je jouerais ce rôle qui est intéressant pour moi car je jongle sur deux gammes : le grave et le comique et ça, ça me plait bien d’autant que je n’ai rien à prouver comme certains « comiques » car j’ai toujours joué sur les deux tableaux, alternant des drames et des comédies. Donc, lorsqu’il y a les deux, il y a une excitation de jouer sans arrêt sur le fil du rasoir.
Le film n’est pas sorti et… vous avez reçu le prix du public à Los Angeles !
Ah, ça, c’est une histoire incroyable. L’on a choisi l’été pour la sortie du film qui coïncide avec les vacances et donc… la colo ! Mais le film est terminé depuis quelque temps et a déjà été vendu dans divers pays. D’habitude les films français sélectionnés à Los Angeles sont déjà sortis. Grâce à ce marché parallèle, le sélectionneur a vu le film et l’a pris. Nous sommes donc partis avec des gens comme Claude Berri, Danièle Thompson qui ne nous calculaient pas plus que ça. Mais le public américain ne connaît pas plus les deux cités que nous et c’est lui qui a choisi le film sans aucun préjugé, alors que c’est le dernier film sélectionné qu’il a vu !
Dans l’avion du retour, on nous calculait un peu plus !!!
Comment travaillez-vous à quatre mains ?
Toujours ensemble, en face l’un de l’autre sur notre ordinateur. On part d’une scène, on l’écrit, on se l’envoie et chacun critique. On fait une synthèse et tant qu’on n’est pas tombé d’accord on travaille dessus…
Et pour la caméra ?
Idem… Il y a une longue préparation car pour travailler à deux il faut être sur-préparé afin de savoir où l’on va et ne pas se contredire devant les comédiens. Chacun notre tour nous passons sur l’écran de contrôle et nous dirigeons les comédiens.
Est-ce difficile, Jean-Paul ?
Non car ils sont toujours d’accord sur tout, jamais ils ne se disputent ou se contredisent. Tout est tellement au point qu’on travaille exactement comme s’ils n’étaient qu’un.
Connaissais-tu le monde de la colo ?
Pas du tot, je n’en avais jamais fait de ma vie. Mais je me rends compte que j’ai dû passer à côté de plein de choses.
Omar, que l’on retrouve à la Ciotat, débarque avec femme et bébé et ce grand beau black et adorable et hilare. Il rit tout le temps :
" Je n’ai jamais connu les colos, mes parents étaient trop pauvres… Bon, pas la peine de pleurer, aujourd’hui je me rattrape car je me suis rendu compte que j’ai l’âge de ces gosses ! De plus, pour moi, tourner avec ces enfants ça a été très facile, très marrant. C’était la rigolade et la pagaille continuelles.
Tourner sans Fred ça fait quoi ?
Il a avalisé mon départ et c’est sans problème car on n’est pas mariés et si l’on se retrouve sur scène ou à la télé on a chacun le droit de faire des choses de notre côté !
Eric Toledano ajoute : C’est vrai que pour le court métrage « Ces jours heureux » nous l’avons tourné avec Omar et Fred. Mais là, c’était un long métrage et l’on ne voulait pas que ça devienne le film d’Omar et Fred, c’était trop téléphoné et ils auront le temps eux-mêmes de faire leur propre film. Et il est certain qu’on retrouvera Fred pour une autre aventure.
A l’arrivée cela donne une comédie bien cadrée, bien rythmée, tout en rires et tendresse. C’est vraiment un film choral car il y a une vraie unité entre l’histoire et les personnages ».
Dès le 28 juin donc, allez découvrir « Nos jours heureux »… Ce sera certainement un moment heureux pour vous !
Quant à Jean-Paul Rouve, on ne va pas tarder à le retrouver sur grand écran dans le film d’Olivier Dahan (qui est de la Ciotat !) « La môme », consacré à la vie d’Edith Piaf. |