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CANNES : DOLORES CLAIRBORNE OU LA PASSION D'UNE MERE

Présentée en janvier dernier sur la scène cannoise du palais des Festivals, "Dolorès Clairborne", une pièce de Stephen King, a remporté un vif succès auprès des spectateurs.
C’était un sacré pari de la part de David Joss Buckley d’adapter en pièce de théâtre ce roman si noir et si intense, adapté au cinéma  en 1996 avec, dans les rôles principaux les incroyables et talentueuses Katy Bates ( Dolorès ) et Jennifer Jason Leigh ( Serena , sa fille).
Dolorès Claiborne est un rôle de poids dans tous les sens du terme ! La pétillante  Michèle Bernier l’interprète avec brio ; tour à tour gouailleuse ou  attendrissante, elle a décidé de déballer le récit de sa dure vie à l’inspecteur (Simon Bakhouche ) qui la soupçonne d’avoir « liquidé » sa patronne.
Mariée très jeune à un gars du coin qui se révèle plus qu’ignoble envers elle et sa fille, elle trouve, dans son rôle de gouvernante d’une patronne exigeante au plus haut point, un moyen de subvenir à ses besoins mais surtout de bénéficier de conseils avisés pour se débarrasser de l’encombrant mari un soir d’éclipse de lune !  
La vérité se dévoile au fil de la confession des déboires de Dolorès et on découvre que l’immonde Joe (Igor Skreblin) ne lui a rien épargné et qu’à partir du moment où il se livre à des actes répréhensibles sur sa petite Séléna (Magali Woch), elle devient une louve en mal de vengeance.
Au milieu de la noirceur, le franc parler et les piques cinglantes de Dolorès comme les sous-entendus lourds de sens de la patronne laissent place à la drôlerie, cela permet d’évacuer la tension contenue dans l’histoire.
On se laisse prendre malgré quelques longueurs car les monologues de Dolorès constituent l’essentiel de la pièce et on apprécie bien les dialogues avec sa patronne, l’excentrique Véra Donovan (Frédérique Tirmont) les affrontements avec Joe ou l’inspecteur ainsi que les moments de tendresse maternelle avec Séléna , cela donne du relief à l’ensemble !
En chemin, le spectateur découvre que derrière celle que l’on soupçonne se cache une âme pure et surtout une innocente qui a plus que fidèlement servi Mrs Donovan.
Quant au décor, il est très habile, avec le glissement de quelques panneaux, il restitue bien l’atmosphère de l’île de Little Tall, où une  lande aride  battue par les vents  exacerbe les sentiments  et sert de toile de fond à la rédemption de Dolorès.
Mention spéciale également à Frédérique Tirmont dont la diction et la qualité d’interprétation ne vont pas sans évoquer Judith Magre.
La «  metteure » en scène , Pascale Osterrieth est d’ailleurs fière de ses acteurs qui donnent à la galerie de portraits de Stephen King toute leur dimension tragi-comique.
Toute la troupe de ce spectacle nous a offert  un agréable moment de théâtre rempli d’émotions.                                  

Isabelle G.

© 2008 Evasion Mag