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CHRISTOPHE : « Je vis de musique »…

1964.
J’avais 18 ans et partais pour la première fois en tournée d’été : Michelle Torr – Christophe – Hervé Vilard… Les 3 « idoles » du moment.
Si Michelle et Hervé sont devenus des amis au fil des années, ça n’a pas été le cas pour Christophe qui était un loup solitaire, malgré « Aline », son immense succès . Durant des années nous ne nous sommes plus croisés. Une fois au festival de Cannes dans une émission de Drucker, une fois à Toulon où je l’interviewais pour RTL Toulon à la sortie d’un disque.
Alors, quel plaisir de renouer avec cet artiste hors norme, qui a gardé une belle simplicité et qui, loin de caméras et autres objectifs, est un être volubile et passionné.
A l’occasion de ses prochains passages au Casino d’Hyères le 29 janvier et au Théâtre Galli de Sanary le 30 janvier, il m’a accordé ce moment d’entretien.

« Christophe, de quoi est fait ce spectacle ? Y aura-t-il les chansons incontournable qu’on vous demande toujours, je suppose ?
Je vais vous faire une confidence : je ne sais pas ce qu’on me demande et je ne veux pas le savoir ! Je décide moi-même de ce que je veux faire ou chanter… Je ne demande jamais à personne !.
On peut un peu développer ?
Bien sûr ! La première partie est la presque intégralité de mon dernier album « Aimer ce que nous sommes ». Ca dure à peu près une heure et après l’entracte, je chante les chansons que je choisis selon mon humeur…
C’est à dire ?
Selon la configuration de la salle, son style, les générations qui la composent. Je me renseigne avant et je compose en fonction de tous ces paramètres.
J’aime m’amuser, prendre des risques, faire bouger mon spectacle…
Par contre, tout en parlant, je me demande si je ne devrais pas essayer le contraire et inverser les deux parties. Je serais curieux de voir comment réagit le public. Ce pourrait être intéressant !
Et prendre encore plus de risques !
Oui mais ça, ça ne me fait pas peur. J’ai toujours fait ça et je verrais quel est le public qui reste en seconde partie… même s’il n’en reste que cent pour écouter mes nouvelles chansons !
Il viennent quand même voir le chanteur Christophe !
Je l’espère, d’autant que, vu le prix des places, il serait drôle qu’ils paient pour voir et entendre un chanteur qu’ils n’aiment pas ! Mais peut-être qu’ils ne viennent que pour écouter « Aline », « Les marionnettes », « Les mots bleus »… Le principal est que je les fasse kiffer !
En fait, savez-vous quel est votre public ?
C’est très vaste car il y a celui qui me suit depuis « Aline » mais il y a très souvent beaucoup de 15/18 ans qui adhèrent à ma musique. C’est d’ailleurs très touchant, très émouvant et… très rassurant !
Sur votre dernier album « Aimer ce que nous sommes », on a la surprise de découvrir des noms inattendus comme Daniel Filipacchi ou encore Isabelle Adjani…
Ce sont des gens qui font partie de mon intérieur…
Filipacchi a toujours fait partie de ma vie et de ma musique. On s’échange beaucoup de choses, on a de longues discussions sur la peinture, le cinéma, la musique bien sûr. C’est un homme très cultivé, qui partage mes passions : la musique et… les juke boxes ! Ce n’est donc pas un hasard si nous sommes si proches.

A-t-il hésité ?
Pas un instant. Lorsque je lui ai dit que je voulais sa voix sur « Les voyageurs du train », il m’a répondu : « Si c’est pour toi, c’est OK ». Et comme c’est un professionnel, il a appris le texte par cœur et l’a enregistré.
Et Isabelle ?
C’est un peu différent. Pour « Wo wo wo wo » je voulais le proposer à… Bashung ! Mais il était en train d’enregistrer un duo avec Danièle Darc. Ce n’était donc pas possible. J’ai alors pensé à Anna Mouglalis mais ça n’a pas pu se faire.
C’est en cherchant un DVD de « Possession » dans lequel joue Isabelle, que je me suis dit : et pourquoi pas ?
Vous la connaissiez ?
Pas du tout mais lorsque je l’ai appelée, elle a tout de suite dit oui, a appris le texte dans la nuit et l’enregistrait le lendemain ! C’est une fille adorable, mignonne et timide…
On l’imagine mal ainsi !
Justement, il ne faut pas se fier aux apparences, à ce que les gens disent sans connaître. Même lorsqu’on connaît une personne, elle est quelquefois difficile à cerner. Quant à moi, je pense que je ne connais bien qu’une personne : moi !
Vous avez d’ailleurs toujours eu des rencontres éclectique : Bashung, Madona, Brigitte Fontaine !
Ce sont justement les hasards des rencontres qui sont formidables. Madona, c’était à l’Elysée Montmartre avec Bashung, en 2004. Brigitte Fontaine, nous nous sommes croisés en tournée, dans un hôtel en 2002. En 2005 elle m’a appelé pour chanter une chanson que j’adore « Hollywood » à l’Opéra Comique. Mais il y a eu d’autres belles rencontres : Michel Delpech, Abd El Malik….
Ce qui est formidable c’est qu’aujourd’hui, comme Johnny, vous êtes devenu un « classique » avec qui tout le monde a envie de collaborer !
C’est très touchant mais je ne pense pas avoir changé. Je suis ma route… Je suis toujours en suspension et je ne me pose pas trop de questions. Moi, je vis de musique, elle me nourrit et c’est le principal. Le reste, je m’en fous…
Tout de même, « Les mots bleus », c’est vraiment une chanson inter-générations !
Bien sûr, je ne suis pas un sauvage comme on le croit, la preuve ! Et ça fait toujours plaisir de savoir qu’on vous aime, qu’on apprécie ce que vous faites. Ca permet d’avancer, d’évoluer…
Savez-vous que la musique des « Mots bleus », je l’ai écrite en dix minutes ! J’adore la version de Bashung, celles aussi de Thierry Amiel et Soan… Et je ne compte pas les versions étrangères !
C’est votre plus gros tube ?
Non, bizarrement c’est « Aline » qui a le plus de versions à travers le monde !
Elle est d’ailleurs ressortie en 79, c’est à dire 15 ans après et l’on en a vendu 1 million 500 mille !
Des regrets, Christophe ?
Non, aucun… si ce n’est celui de ne plus avoir 20 ans ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag