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VEVEY (Suisse)
DES FRESQUES MONUMENTALES EN HOMMAGE A CHARLIN CHAPLIN
SIGNEES BOUROULLEC

On le sait, celui qu’on appelait Charlot, fuyant l’Amérique du Maccartisme, était venu s’installer dans la paisible ville suisse de Vevey où il vécut ses 25 dernières années dans son manoir de Ban, à Corsier sur Vevey où lui et son épouse Oona reposent.
Déjà, face au lac Léman, se dressait sa silhouette et la ville, fidèle à notre grand monstre sacré international, avant d’ouvrir dans sa maison un musée qui lui sera consacré, « Chaplin’s World », vient de lui faire un beau cadeau posthume mais qui a touché toute sa famille : des fresques monumentales sur les tours de Gilarmont., faces à sa demeure.
Elles sont signées Franck Bouroullec.

Franck Bouroullec est né en 1967 à Tours.
Le dessin a toujours fait partie de la famille. Beaucoup se souviennent du logo d’Airbus créé par Jean-Marie Bouroullec, oncle de Franck. Ses cousins, Erwan et Ronan Bouroullec sont des designers réputés. Dès l’âge de 6 ans, le trait est son mode d’expression. En classe, partout, il est celui qui dessine. Savoir que l’on a un bon coup de crayon est une chose, en faire sa vie une autre.
A 19 ans le départ pour Paris s’impose avec un an d’école préparatoire à l’ESAG (École supérieure d’arts graphiques), 70 heures par semaine de dessin académique, croquis de nus donnent une réelle base. Puis de 1987 à 1989, préparation et réussite du diplôme de l’Ecole des Gobelins, section film d’animation. Le cinéma, la musique, deux autres passions, donneront à Franck une orientation incroyable à son talent. Astérix et Obélix, le Piaf, la réalisation de story boards de clips vidéo pour MC Solaar, Passi ou Saya s’ajoutent à son cv.1989, il lui faut de la matière, des volumes. C’est pourquoi il suit une formation de décorateur de théâtre et découvre les grandes surfaces et les spécificités de la scène telles que le regard du metteur en scène, la chorégraphie, l’éclairage…
1996, le pas vers la performance en direct se passe au Club Med. Franck est engagé comme décorateur au village Pompadour. Lors d’une animation il réalise le portrait d’un vacancier sur une toile de 4m 2 . En 2000, la chanteuse Alice Donna le découvre puis c’est l’humoriste Jamel Debbouze qui le repère et lui donne l’opportunité en 2003, 2004 et 2006 d’inscrire face au public, à l’envers, l’empreinte de son portrait, un travail de longue haleine qui nécessite une étude approfondie du sujet.
Depuis, les mandats se succèdent, d’autres artistes ont fait appel à lui. Franck figure dans les clips d’Akon et Mr R. (Rebell Musik), de Marc Lavoine (A la renverse), ainsi que celui de Didier Barbelivien (Envoyez les clowns). Artiste engagé, il apporte aussi sa contribution à la campagne de lutte contre la ségrégation raciale aux côtés l’équipe de France de football (La France est plus forte avec toi).
Sa notoriété dépasse la Francophonie. Appelé sur tous les continents, il réalise les portraits de personnalités telles que Georges Clooney, Sophia Loren, Roberto Benigni, Luciano Pavarotti ou encore Karl Lagerfeld et Serge Gainsbourg. Il est régulièrement l’invité d’émissions de télévision et prête également son talent à certaines grandes marques comme Lamborghini ou Vacheron & Constantin.



RENCONTRE AVEC L’ARTISTE
« Depuis un peu plus de 20 ans, je conduis ma carrière artistique dans le domaine du graphisme et de la peinture, que ce soit dans mon atelier ou sur scène. Je m’aperçois que Charlie Chaplin a toujours été un personnage récurrent dans mon travail. Volontairement et même parfois de manière fortuite, sa silhouette reconnaissable entre mille revient plus souvent qu’à son tour. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis attelé aux maquettes de ces tours de Gilamont, cela pour rendre hommage à un immense artiste qui a tant marqué son siècle, les suivants et qui va me poursuivre certainement toute ma vie.
Mais comment aborder un mythe aussi solidement ancré dans la mémoire collective ? Nous avons tous en tête des images célèbres des films de Chaplin : la danse des petits pains, les rouages des Temps modernes, etc. Par ces fresques, j’ai voulu saluer l’artiste et l’homme. Je tiens à remercier les concepteur du futur « Chaplin’s World » qui m’ont ouvert les portes des archives, me laissant ainsi côtoyer ces images connues de tous mais aussi d’autres moins vues et qui m’ont inspiré la bonne composition que je recherchais pour Gilamont 65 et 67.
Il s’agit aussi dans ce défi de respecter le choix audacieux de Patrick Chiché avec ces deux tours, une noire et une blanche. On ne pouvait pas rêver meilleure allusion à Chaplin et aux films de l’époque ! Les dessins ne doivent donc pas écraser ou pire, faire disparaître ce dialogue entre deux couleurs fortes mais au contraire le souligner, le faire ressortir sans le rendre agressif.
Enfin, je suis particulièrement fier de participer, je l’espère, à la réhabilitation de ce quartier populaire. Si cela peut contribuer un tant soit peu au bien-être des habitants, alors mon pari sera gagné.
Que vous dire de plus ? Rien… si ce n’est que je n’ai probablement jamais eu autant le trac de ma vie ! »

© 2008 Evasion Mag