LA CIOTAT… UN BATEAU POUR LES CETACES

Deux associations, WWF France et la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme sont à l’initiative d’un projet beau et ambitieux : Objectif cétacés.
C’est une étude scientifique dédiée aux cétacés de Méditerranéenne et plus particulièrement au Rorqual Commun.
Basé durant quelque temps à la Ciotat le « Fleur de Lampaul » - tel est le nom de baptême du bateau, datant de 1958, construit en bois de chêne – nous a accueilli avec son équipage et une partie de l’équipe des deux associations dont Pierre Buils, commandant en second du bateau, Jean-Jacques Blanchon, responsable des programmes de la Fondation Nicolas Hulot et Denis Ody, responsable du Pôle Océans & Côtes au WWF.
« Nous sommes – nous explique Pierre Buils – les ambassadeurs de Nicolas Hulot, sur cette gabarre bretonne faite pour remonter les rivières et la mer iroise. C’est un bateau de marchandise de 110 tonnes qui peut supporter jusqu’à 120 tonnes de charge »
Jean-Jacques Blancheau, quant à lui, responsable du projet, nous explique :
« La Méditerranée est un des cinq plus grands points chauds du globe. C’est une mer fermée qui représente 20% de la superficie mondiale et détient 7% de la faune mondiale avec une forte diversité, dont les cétacés qui sont les ambassadeurs de l’état de santé de cette mer car tous les polluants sont concentrés dans leurs tissus. L’antenne de Marseille du WWF a démarré un long travail scientifique sur les cétacés. Sa mission est d’étudier le rorqual commun dont on sait peu de choses. Ce bateau est donc équipé et utilisé comme base pour aller sur les zones où il vit et prospecter tout ce qui le concerne ».
« Il faut savoir – reprend Denis Ody – que nous connaissons à peu près 250.000 espèces marines et qu’il doit y en avoir 500.000 à 1 million à découvrir.
La pollution humaine est énorme sur le pourtour méditerranéen qui a la concentration de touristes la plus élevée : 235 millions à peu près et ça continue de monter !
De nombreuses espèces marines se retrouvent en Méditerranée, sur une étroite bande côtière et ceci est dû à nombre d’importations par des bateaux mais aussi l’ouverture de canaux dans lesquels elles se sont engouffrées. Les deux causes de cet apport sont donc les activités humaines et aussi le réchauffement climatique. Il faut savoir qu’aujourd’hui 19 espèces de cétacés sur 80 vivent en Méditerranée. ¼ des cétacés connus aujourd’hui ont été vus ou sont passés dans cette mer.
Vous êtes sur ce programme depuis combien de temps ?
Il a démarré l’an dernier, ça fait à peu près un an. Je dois vous dire que nous travaillons sans aucune aide financière publique mais grâce à l’aide d’associations scientifiques et écologiques et qu’au delà de 12 milles, nous sommes dans les eaux internationales et qu’il n’y a aucune réglementation donc, plus aucun droit. Une poignée d’associations ont donc mis tout en commun et c’est comme ça que nous pouvons progresser.
Quel est donc ce programme ?
Il se scinde en deux missions :
Des missions mensuelles. Nous suivons régulièrement, quelques jours par mois, sur des bateaux plus petits, l’évolution des rorquals. Nous faisons des analyses mensuelles.
Puis nous avons des missions à thème, plus longues, durant la période favorable, de juin à septembre. Nous faisons alors des photo-identifications et des biopsies sur les cétacés.
Le rorqual est un animal qui vit au large et qui se déplace en très petits groupes. On trouve à peu près 0,02 animal par kilomètre, environ ! La plus grande concentration se trouve sur le centre Ligure, du côté de Gênes où ils viennent se nourrir de krills, qui sont de toutes petites crevettes roses. Ils ne se nourrissent de ce petit crustacé. Mais ce sont les seuls animaux capables de faire le tour de la planète. Ils se concentrent au Sud, l’été. Par contre, on ne sait pas où ils vont l’hiver. Nous n’avons que de vagues hypothèses…
Comment pratiquez-vous les biopsies ?
Avec une arbalète nous leur lançons une flèche avec un petit cylindre qui prélève de la peau et du gras. On sépare les deux. La peau nous sert à connaître la génétique et le sexe de l’animal et le lard nous permet de découvrir les contaminations qui sont de plusieurs ordres : les pesticides en tous genres, les retardateurs de flamme bromés, les détergents, les hydrocarbures, produits très toxiques et cancérigènes…
En juin nous avons parcouru 1178 milles en 13 jours de mission. Nous avons pu observer 414 cétacés dont 12 rorquals en travaillant par quarts, 24h sur 24. Ce qui n’est pas très satisfaisant.
Les premiers résultats ?
Si tout va bien en début d’année prochaine »
Une belle aventure pour cette équipe de passionnés qui ne vit que pour sauver notre planète et ses habitants… quels qu’ils soient !
Fondation Nicolas Hulot : 01.41.22.10.70
http://www.fondation-nicolas-hulot.org
WWW-France : 01.55.25.84.84 – http://www.wwf.fr |