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DC & DVD

JULIETTE GRECO « Je me souviens de tout » (Polydor)
Avec Isabelle Aubret, elle fait partie des grandes, très grandes de la chanson française et un album de cette belle chanteuse-comédienne – seule « diseuse » et même, pour être dans le coup, « slammeuse » que l’on ait en France – est toujours un joli événement.
Ce disque-là compte parmi les belles réussites de la dame, ses derniers opus n’ayant pas été convaincants à 100%. Avec ce disque, elle retrouve tout à la fois ses racines de chanteuse réaliste avec un souffle de modernisme, les deux se mêlant avec un grand bonheur.
D’abord, il y a son compagnon, le magnifique musicien-compositeur Gérard Jouannest qui a composé toutes les musiques. Et qui, mieux que lui, peut lui ciseler des musiques si personnelles qu’à part Brel, autre compagnon de sa route musicale, pourrait chanter, sur fond d’accordéon-piano (Jean-Louis Matinier-Gérard Jouannest) qui va a ravir à ces petits bouts de vie dont le dépouillement musical et néanmoins omniprésent ajoute à l’ambiance feutrée du disque.
Et puis, qui ne voudrait pas que ses textes soient chantés et dits par cette artiste ? Du coup, on découvre au générique Le Forestier, Olivia Ruiz, Miossec, Adrienne Pauly, Brigitte Fontaine/Areski, Marie Nimier et quelques autres, fine fleur de la chanson française. « Madame Rosa » (Régis Fayette Mikano) qu’elle dit plus qu’elle ne chante, porte en elle une grande émotion. « C’est le moment » (Miossec) est aussi de belle facture tout comme « Dans ma chambre de dame » (O Ruiz) est un petit bijou ; « Le solitaire » (Fontaine/Areski) est empreinte de mystère, soulignée par un orgue qui rajoute à l’étrangeté du propos.
Avec ce disque, on retrouve la vraie Gréco à la voix grave, qu’elle module à satiété, lui donnant des inflexions dramatiques, humoristiques, sensuelles, au gré des chansons et l’on entre dans une belle intimité, complice et chuchotée et même slammée, comme ce beau moment qu’est « Tout ira bien » signée Régis Fayette Mikano alias Abd el Malik, incontournable puisque travaillant avec Gérard Jouannest.
C’est de la belle ouvrage.

OLIVIA RUIZ « Miss Météores » (Polydor)
On l’attendait au tournant, la petite Olivia car, après le succès énorme de son dernier opus, « La femme chocolat » revient avec, cette fois, « Les crêpes aux champignons » !!!
Ce n’est pas la titre du CD qui est « Miss Météores » mais après nous avoir régalés d’un succulent dessert, voici qu’elle nous offre un plat de consistance des plus sympathiques.
Cette voix acidulée pleine de charme et d’humour est donc au service de chansons totalement abouties, à la fois drôles et ensoleillées, quelquefois iconoclastes mais d’une originalité folle tant dans les textes que dans les musiques aux orchestrations inattendues… enfin presque car on retrouve la « patte Ruiz » à chaque détour, accompagnée de la patte de son compagnon Mathias Malzieu (Dyonisos). Elle parle de la vie, de l’amour, des problèmes de femme, de la peur de vieillir, de l’amour qui s’en va, des fesses qui tombent, mais avec une lucidité, un recul et toujours cet humour décapant qui lui permet de tout oser et de le faire avec une simili naïveté qui est un peu sa marque de fabrique. Et elle a même le culot de chanter en anglais sur des rythmes totalement déjantés à la Björg… et elle le fait bien, avec un petit accent cockney qui fait qu’elle est reconnaissable entre toutes
A noter que c’est vraiment l’album de famille puisque, outre son compagnon, son frère et son père ont participé à l’enregistrement. Entre autres pour « Le saule pleureur » (Anthony, son frère) et la chanson en espagnol, style chanson-western, « Quedate » (son père Didier, qui chante en duo avec elle).
Son premier single « Elle panique » est un petit bijou. Quant à moi, j’ai flashé pour « Mon petit à petit » où y a toute sa folie, toute son énergie qu’on retrouve sur scène.
Bon, eh bien voilà un excellent disque dont vous ferez un bon repas musical… en attendant le prochain, qui cette fois, sera un hors d’œuvre puisque notre belle Olivia ne fait rien comme les autres !

EMMANUEL MOIRE « L’équilibre » (Warner)
Belle gueule, belle voix mais…. Mais un difficile détachement de la comédie musicale « Le roi soleil » dont il était le héros et dont Christophe Maé lui a volé la vedette… Il est vrai qu’il manquait alors peut-être de charisme à côté de son collègue à la personnalité flamboyante.
Trop lisse, un peu incolore, c’est ce que l’on a pu penser de son premier CD qui a suivi la comédie musicale. Des ballades, d’accord, mais un peu mièvres et sans vraiment de personnalité. C’était joli, sans plus.
Et voilà qu’Emmanuel Moire revient avec un nouveau disque, un nouveau look, une nouvelle couleur. Il est toujours aussi beau mais une petite flamme est en train de s’allumer et sa personnalité commence à s’affirmer en sortant de cette gangue qui n’attendait que de le faire vivre.
Et le voilà parti sur une nouvelle direction, « adulte et sexy » donnant l’exacte couleur de ce nouvel opus et le résumant bien.. Il a trouvé « l’équilibre », titre de cet album beaucoup plus énergique et même si on le sent bien dans les ballades, il nous donne l’autre côté du miroir : le sage et gentil chanteur devient plus affirmé dans la voix, un rien provocant, tout en gardant une certaine distance par rapport à l’image qu’il sait avoir.
L’artiste s’affirme et sa voix se maîtrise tout en gardant cette couleur « obispienne » et en mêlant la douceur à une violence encore contenue. Il a composé les musiques et a gardé son complice Yann Guillon pour ces chansons dont certaines sont plus chargées d’énergie.
J’ai apprécié particulièrement « Adulte et sexy » fort dansant et sensuel, « Mieux vaut toi que jamais », lancinant et rythmé, « Promis » belle mélodie qui balance, qui pourrait être aussi un single, le très autobiographique « Retour à la vie » lorsque l’artiste quitte la scène, les bravos, les lumières pour se retrouver seul dans la vraie vie et puis, un moment très émouvant du disque : « Sois tranquille » en mémoire à son jumeau disparu voici quelques mois… Un frisson passe, surtout lorsqu’on a aussi vécu ça…

CATHERINE LARA « Derrière le mur » (CD & DVD AZ)
C’est vraiment haut de gamme que Catherine Lara, aidée de ses compagnons de ce beau voyage (Franco Dragonne, le génial directeur artistique, Giuliano Peparini, metteur en scène et chorégraphe inventif, Akhenaton qui a créé et dit un texte superbe, Ann-Marie Milazzo qui chante sur un morceau, et tous les autres qu’on ne peut nommer) nous offre là. Une œuvre aussi inventive qu’originale, surréaliste et symbolique, sur une musique très inspirée des pays de l’Est, de l’Occident et de l’Orient. Omniprésente au milieu de danseurs magnifiques et de décors et lumières d’une rare beauté, « Lala » fait corps avec son violon - « Le prolongement de son bras » aime-elle à dire – est en osmose totale avec tous ces artistes qui subliment sa musique. C’est un vrai grand et beau spectacle d’une belle simplicité mais dont l’originalité, le mystère, l’émotion, la poésie transpirent à chaque seconde.
Quant au CD, on y retrouve tous les morceaux du spectacle et le violon magique de Lara.
Catherine est violon.
Catherine est musique.
Elle nous embarque avec finesse dans son histoire, elle nous fait escalader son mur, elle nous fait aller au-delà de tous les murs d’incompréhension qui se créent, que l’on crée, avec ce besoin de les détruire pour mieux se comprendre, pour briser la solitude, être plus tolérant, se comprendre soi-même et comprendre les autres… Pour aller vers un infini plus serein…
L’album est superbe, tout comme le DVD, superbement filmé par Chris Reynaud qui est la finalité de ce qui aura été une belle aventure d’amour, de passion, d’émotion…
Elle présentera ce spectacle le 23 juin au Palais des Sports de Paris.

© 2008 Evasion Mag