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CD NOUVEAUX

WAYNE BECKFORD « Alpha Omega » (Believe)
Je vous avais dit tout le bien que j’en pensais lors de sa découverte au dernier MIDEM.
Ce splendide black qui était jusque la producteur, auteur, compositeur, a sauté le pas pour devenir chanteur… Et il a eu raison car il a à la fois la voix et la prestance. Il est beau, il a du charme, une voix qu’il transporte de ses racines et qui transporte le public.
A son écoute, on se croirait encore dans les belles années du rythm’n blues, le vrai, celui d’Aretha, de Diana, de Percy Sledge, et de toutes ces sublimes voix de la Tamla Motown…
14 titres sur cet album original et qu’on écoute en boucle tant sa voix est prenante, pleine de sensibilité, de rythme et de sensualité lorsqu’il joue les crooners…
Dommage que nous n’ayons pas l’image car Wayne est une vraie bête de scène, qui se donne et sait partager avec le public.
Si vous aimez le vrai rythm’n blues, le vrai, celui des années 60/70, pas celui d’aujourd’hui, qui n’a de rythm’n blues que le nom, vous ne pouvez qu’être scotché par ce nouveau venu nommé Wayne Beckford.

SYLVIE VARTAN « Live » (CD et DVD Sony Music)
Elle nous a charmé durant cette belle et longue tournée où elle nous présentait, non pas un show comme elle nous les offrait auparavant, mais un récital intimiste fait de poésie, de beaux textes, de belles musique qu’elle caresse depuis des années. Anciennes et nouvelles chansons se mêlent avec bonheur, comme « Sur un fil », « Par amour, par pitié », « Je chante le blues », « L’amour c’est comme les bateaux », « L’amour avec des sentiments », « La plus belle pour aller danser », « Toutes peines confondues », « C’est fatal », « Aimer »…..
La liste est longue et belle, avec de magnifiques bonus comme ce duo avec sa choriste « Ebony and Ivory » ou les deux duos avec Hallyday à l’Olympia, en hommage à Piaf : « L’hymne à l’amour » et « Non, je ne regrette rien ». Estocade dernière avec « La chanteuse a 20 ans » de Lama-Dona, qu’elle sublime en fin de ses deux parties
Un vrai plaisir, un bel instant d’émotion, même si le DVD ne reflète pas vraiment l’ambiance du spectacle et manque un peu de chaleur de la part du public qui, pourtant , sur la tournée, criait haut et fort son amour pour l’idole !

ALIZEE « Une enfant du siècle » (Sony Music)
D'abord, une petite critique sur la pochette : on dirait Chantal Goya à 20 ans ! Du coup, difficile de la repérer au premier coup d'oeil. Deuxième critique : 10 chansons seulement... elle ne s'est pas fatiguée. Enfin, troisième critique : l'on nous annonçait un disque différent, une Alizée murie, plus rock'n roll... elle est aussi pop qu'avant, avec cette petite voix qui a perdu, c'est vrai, son côté acidulé. mais bon, rien de très nouveau, même si elle n'est plus une Lolita et si elle est entretemps devenue maman. Sur les dix chansons, retenons "Eden, Eden" qui nous offre une jolie ambiance avec un gimmick qu'on retient facilement, "La Candida" qu'elle chante en langue sud-américaine rappellant Jeannette, "Une fille difficile" rappelle Mylène Farmer, et il faut attendre l'ultime chansons, "Mes fantômes", pour enfin dresser l'oreille sur quelque chose qui sort un peu de l'ordinaire... tout en nous faisant un peu penser à Françoise Hardy !
Quant aux orchestrations, elles sont un peu trop synthétiques et les boîtes à rythmes ne mettent pas forcément les chansons en valeur.
Bref, nous attendions beaucoup de ce nouvel opus et nous sommes assez déçus par l'ensemble. Dommage.

CAMELIA JORDANA (Jive-Epic)
On l'attendait, ce disque, et l'on n'est pas déçu car Camélia Jordana a fait un choix judicieux de chansons qui vont tout à fait avec sa voix et son âge. C'est à la fois drôle et frais, jazzy et bluezy, romantique et sixties... Des chansons qui l'habillent parfaitement et mettent sa superbe et originale voix en valeur.
"Non non non" est déjà une mélodie qu'on retient très vite. Tour à tour sa voix s'envole, légère (Moi c'est), nous fait tanguer et voyager (Calamity Jane), nous entraîne dans la country-jazzy avec "Little monsters" avec un parfait anglais, nous chante une "Diva" bluezy, nous ballade avec "La vie en solitaire",ou encore avec "Manhattan" reès comédie musicale américaine des années 50, "Mens-moi" est d'une fraîcheur très sixties. "Lettera" est plus sombre, un peu mélo mais elle caresse la chanson avec finesse, puis on repart encore sur des rythmes un peu désuets avec "Le mois d'août" très sympathique balade... Et puis, on croit le disque fini et voilà que ça repart pour deux chansons bonus, "Ou pas" une espèce de twist très rigolo, "Some say" qu'aurait aimé Barbara...
Eventail judicieux pour une belle voix qui sort enfin de l'ordinaire et nous montre avec quelle facilité elle s'adapte à tous les styles tout en gardant une très forte personnalité. Une très, très jolie surprise.

JULIE ZENATTI « Plus de divas » (Sony Music)
Somptueux…
Ce disque est absolument somptueux d’un bout à l’autre, de par la voix et la personnalité de l’artiste, de ses chansons et de ses orchestrations, de son « emballage » très classieux, de ses photos sublimes…
Bref, alors que je n’étais pas spécialement fan de Julie Zenatti, ce CD m’a totalement, séduit.
Sa voix fait frissonner et le choix de ses chansons composées par un groupe d’artistes magistraux dont Asdorve est particulièrement judicieux.
On dit toujours qu’il faut soigner son entrée et sa sortie de scène. Julie soigne particulièrement le début et la fin de ce disque.
« Appelez-moi Maria » qui débute le disque, est un hymne à l’amour de la musique et un magnifique hommage à Callas. C’est 5’38 de pur bonheur avec une Julie qui transcende sa voix dans un exercice purement classique Quant à la clôture « Le journal de Julie » (Outro) c’est une extraordinaire chanson de fin de récital avec un orchestre qui déménage et une Julie pleine d’énergie qui laisse partir sa voix comme jamais… On se lèverait pour l’applaudir !
Toutes les chansons sont superbes, rien à jeter sur cet album qui est un tournant magistral pour cette jeune chanteuse. Que dis-je… pour cette diva !

BENOÎT DOREMUS « 2020 » (Capitol-EMI)
Avec un tel nom, il ne pouvait faire que de la musique… Et en plus elle est bonne et ses chansons et son style sont à la fois dans la lignée de ce qu’on appelle aujourd’hui la nouvelle chanson française (pourquoi ? Y en a-t-il une vieille ?) et dans le mouvement poétique de Renaud, Souchon, Gainsbourg….). Il sait dire le mot, il sait nous offrir de belles mélodies à la guitare et il pratique l’humour et l’amour, la dérision et la tendresse et traite des sujets d’actualité, des choses de tout les jours avec beaucoup de recul mais aussi beaucoup de lucidité.
Il est drôle lorsqu’il fait son « bilan carbone », lorsqu’il « sort avec une étudiante », lui le pauvre gratteur de guitare, lorsqu’il se pose la question « Comment vont les autres », lui qui est hypocondriaque, lorsqu’il se moque d’un pauvre gars et lui dit « T’as la loose ». Et puis quel beau moment de tendresse avec « Tu dors à contre-jour », quelle force dans « Paris » qu’il aime. Lucidité lorsqu’il réfléchit à ce métier de chanteur aujourd’hui en faillite (De l’autre côté de l’ordi). Enfin, « Chose rare » nous fait irrémédiablement penser aux « Petits papiers » de Gainsbourg, jouant sur le mot… et la chose !
Beau travail, l’artiste !

FRANCOISE HARDY « La pluie sans parapluie » (Virgin)
C’est la chanteuse française la plus mystérieuse, la plus discrète, celle qui pose le plus de questions tant elle reste depuis des décennies au devant de la scène en nous offrant avec parcimonie des disques qui, à chaque fois, font tilt. Elle si exigeante, si souvent insatisfaite, a pourtant le don de nous surprendre, de nous charmer, de nous offrir surprises et originalité. Autre don : celui de trouver les gens, jeunes ou vieux, qui l’habillent toujours avec élégance, avec une parfaite cohésion avec son personnage.. Elle dit souffrir beaucoup à chaque accouchement de disque mais comme elle a quelque chose d’un peu maso chez elle, elle continue, elle ne peut définitivement quitter ce métier et donc, d’entrer en studio où elle souffre pour toujours accoucher d’un bébé hors norme et que nous adoptons.
Voici ce nouvel album, une nouvelle belle pierre précieuse à l’édifice Hardy pour lequel elle s’entoure de Calogéro et Patrick Loiseau (« Noir sur blanc », inattendu et rythmé, tout comme « Champ d’honneur » d’Alain Lubrano). Que dire de « La pluie sans parapluie », petit bijou intimiste et poétique du même Lubrano, « hardyssime » s’il en est ! Original « Je ne vous aime pas » de Lubrano encore, en hommage à Darrieux, admirable « Esquisses » de Ben Christophers. Un inattendu « Memory divine » en anglais signé Murat-Bergheaud... Il faudrait tout citer tant la voix de Françoise nous subjugue. Encore un bel album.

LUKE « D’autre part » (Sony Music)
Lui aussi, dans la belle lignée de la chanson française d’aujourd’hui, Luke a tout ce qu’il faut pour s’installer confortablement entre Bénabar et Grégoire et à flirter avec Jean-Louis Aubert..
Il compose et laisse le rôle d’auteur à Thomas Boulard et tous deux sont en osmose totale. De « Fini de rire » à « Si je m’écoutais », Luke et ses complices nous entraînent dans un monde à la fois très réaliste et surréaliste, ce sont des cris d’amour pour vivre, pour aimer pour essayer de comprendre ce monde d’aujourd’hui et le vivre au mieux lorsqu’on est utopiste, rêveur et qu’on aimerait un monde meilleur, ce qui est son cas… ou leur cas car une seule photo nous montre quatre mecs… Qui est Luke ? L’un d’eux ou un groupe ? Ou « Monsieur Tout le Monde » ?
Par ailleurs, le livret est pour le coup très réaliste avec un bel arc-en-ciel pour symbole.
Beaucoup de poésie et de réalisme à la fois dans ce bel opus où on se laisse porter par de jolies mélodies qui accompagnent des textes forts et à écouter attentivement.

Une chronique de Jacques Brachet
© 2008 Evasion Mag