CANNES… A CHACUN SA NOSTALGIE…
Cannes et son festival….
Ces deux noms sont à jamais unis pour le meilleur et pour le pire. Nous avons cette année fêté le 60 ème anniversaire de leur mariage et nul doute que, longtemps, longtemps, longtemps après que nous autres journalistes ayons disparu, beaucoup d’encre continuera à couler pour encenser ou déblatérer sur ce couple infernal qu’on aime ou qu’on hait, qui vous insupporte ou vous attire mais en fait, dont on ne peut se passer.
On a beau se dire chaque année que c’est la dernière fois, juste un petit dernier pour la route, immanquablement on repique au jeu l’année suivante en tremblant de ne pas être du voyage… The last but not the least…
Et nous y revoilà !
A l’heure où les feux du soixantième viennent de s’éteindre avec faste et toujours dans la même cohue, restent les articles, les reportages et les livres car Dieu sait que les éditions sur Cannes et son festival ne manquent pas.
J’en ai retenu deux cette année, diamétralement opposés mais tout aussi intéressants par leur conception et leur façon de voir cet événement mondial de manière fort différente.
D’abord un album immense et superbe. Grand par la taille, fabuleux par les photos magnifiques qui l’illustrent. Il s’intitule tout simplement « Cannes », il est paru chez Hugo Image et il est signé à deux mains : Yves Alion et Jean Ollé-Laprune.
Un duo qu’on connaît pour s’être penché l’an dernier sur leur magnifique « Claude Lelouch, mode d’emploi ». Deux journalistes mais surtout deux cinéphiles purs et durs dont je connais surtout le premier qui est mon ami mais aussi le sélectionneur et l’animateur du festival « La Ciotat, Berceau du Cinéma » dont je m’occupe. Festivalier qui ne manquerait, depuis des années et pour rien au monde, une séquence de ce grand rassemblement, on le voit surtout hanter les sections parallèles à la recherche de petits bijoux qu’il accrochera dans sa tête et sur son cœur. Fan de cinéma il a du mal à trouver mauvais à 100% un film dans lequel il trouvera toujours quelque chose de bon à tirer.
Idem pour le festival qu’il regarde vivre avec curiosité, avec amusement, avec beaucoup de recul et dont il nous livre avec son humour et son acuité, des bribes, des souvenirs… Un espèce de puzzle dont il collectionne les meilleures pièces pour nous en offrir la substantifique moelle avec son humeur vagabonde et non dénuée de poésie. Le duo se complète à merveille. La preuve, ils ont récidivé après « le » Lelouch qui est la Bible « Lelouchienne » par excellence et l’on parcourt ce nouveau beau – et lourd ! très lourd ! – livre en suivant leurs pérégrinations, leurs humeurs du moment, les faits marquants, les scandales, les palmes etc… Un livre très instructif mais aussi un livre d’art.
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Le second, au titre lui aussi tout à fait significatif et limpide « Le festival de Cannes », édité chez Robert Laffont est aussi signé d’un autre cinéphile, amoureux tout autant des images que des stars qui donnent vie à cet art : Frédéric Mitterrand.
Beaucoup plus nostalgique que nos deux compères, nous traversons un festival en sa compagnie, au jour le jour mais avec des apartés avec lesquels il se remémore des événements, des rencontres, des soirées paillettes mais aussi des moments de solitude et de rêverie. Car ce livre, même s’il est situé dans la foule déchaînée cannoise est un livre très intime et là aussi, très nostalgique, presque triste et très réaliste sur Cannes vu par un homme qui aime les fêtes et les strass et les stars mais aussi qui est fait de solitude, de désespérance parfois et de souvenirs pas toujours roses et pailletés. On suit ses errances et ses divagations et en même temps l’envers du décor plus réaliste et beaucoup moins brillant d’un festivalier qui a été, lui aussi, une star et a eu son heure de gloire, ce qu’il nous décrit à la fois avec le recul de quelqu’un qui parlerait de quelqu’un d’autre mais qui, en toute lucidité, sait qu’il parle de lui et de ses vagabondages. Ce livre vous laisse une impression d’une vie qui n’a pas vraiment été celle qu’il avait rêvée.
Une réserve toutefois : FM écrit comme il parle, en de très longues et sinueuses phrases qui n’en finissent pas et qu’on est quelquefois obligé de reprendre tant elles sont denses. On en perd souvent le fil conducteur. Mais en tout cas, c’est un livre écrit sans pudeur et sans illusions sur la foire aux illusions par excellence : Cannes qui restera la capitale du cinéma à tout jamais et pour longtemps encore.
J Brachet
Photos : Point commun des deux auteurs : Yves Alion, photographié par Chiara Samugheo, rencontrée au festival de la Ciotat où elle était juré. Photographe de plateau, elle fut une star de Cinecitta et d’Hollywood et se repose aujourd’hui à Nice avec un trésor photographique. Dans son trésor… Yves Alion !
Frédéric Mitterrand a choisi comme photo les mythiques studios Harcout où toute star se devait de passer pour avoir un portrait reconnaissable entre tous. Certainement pour lui, sa façon de concrétiser son rêve de star ! |