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CANNES 2OO6

CHRONIQUES

DAFT PUNK'S ELECTROMA

Difficile de ne pas se souvenir de ces deux personnages à têtes de chiens qui ont enflammé les hits de 1994 avec leur musique électronique à succès phénoménal, tout le monde a en tête "one more time". Depuis 1989, les têtes de chiens ont fait place aux têtes de robots, c’est la "Robot attitude" que connaissent les fans depuis quelques temps et peut-être est-il temps de passer à d’autres personnages ?… Est -ce le message contenu dans le film qu’ils ont réalisé pour la quinzaine du Festival de Cannes 2006 ? Au volant d’un bolide noir et impressionnant immatriculé Human California, nos deux "robots-héros" parcourent une interminable route dans l’ouest américain pour arriver dans une petite ville américaine écrasée de chaleur en contraste avec la froideur de l’accueil
des ‘"robots -habitants" qui les fixent avec insistance.
Dans la séquence suivante, nous suivons les robots dans un laboratoire à l’ambiance "2001, l’Odyssée de l’espace", le silence régnant est presque insupportable pendant que des silhouettes blanches sur fond noir recouvrent les têtes des deux robots d’une substance cireuse, tout fiers, les deux robots sortent avec des visages carnavalesques rappelant les vrais visages des Daft punk, les habitants hostiles se mettent à les poursuivre tandis que les "visages" se mettent à fondre lamentablement, les images sont aussi angoissantes que repoussantes, avant que l’un comme l’autre ne se débarrasse de la substance dégoulinante et c’est la fuite vers le désert , celui du Nevada , peut-être, les marches sont un peu longues , pas de musique, seul le bruit des pas qui avancent inlassablement vers des flammes infernales , - récurrentes dans le film - avant que l ‘un des deux robots aide l’autre à exploser, celui qui reste seul, se met le feu par réverbération.
L’ensemble est assez angoissant et rappelle par moments, un film de 1991, l’enfant miroir ( The reflecting skin ) ; minimaliste dans le décor et un arrière -plan puritain où dominent le blanc , le noir et les flammes de l’enfer . Le cadrage et la photographie sont impeccables, l’image de grande qualité, le pari esthétique est réussi, cependant, le tout demeure un tantinet indigeste. Cela n’empêchera pas les fans d’adorer la veste de cuir arborée par les robots avec le nom du groupe inscrit dessus mais les morceaux musicaux du film n’ont rien à voir avec leur musique, ce qui est assez surprenant. A découvrir… comme une curiosité en se rappelant que le dernier album des Daft Punk s’intitule "Human after all "!

LYNG de M BASH
Quatre jeunes filles se retrouvent le temps d’un week-end dans une belle demeure, la belle hôtesse ne souhaite pas que son frère vienne la déranger, dommage ! Il y aurait peut-être eu une intrigue ! Les jeunes filles boivent, rient aux éclats, s’ébattent dans des frou-frou à la David Hamilton , l’une s’enlève une tique dans la jambe ... Il est difficile de s’intéresser à ces vaines agitations puis, on s’aperçoit finalement que l’hôtesse ment sur sa situation , elle fait croire qu’elle a perdu ses parents ; en fait, elle a repris à son compte l’histoire personnelle d’une voisine, ses copines s’aperçoivent qu’elle a menti et s’en vont . Que dire de plus, quelques applaudissements polis dans la salle, et ce petit film sans grand intérêt sera vite oublié.

CONGORAMA de Philipe Falardeau, Belgique
A l'instar de Daft Punk, un autre "Odyssée" mais sur un homme de 41 ans à la recherche de ses origines ; Michel, un inventeur belge incompris de son employeur apprend qu'il est adopté. Il reçoit cette révélation par celui qui a fait office de père jusque là,- interprété par un J. P. Cassel époustouflant - ; paralysé à la suite d'une attaque, il a aussi perdu l'usage de la parole, cela ne l'empêche pas d'être saisissant d'éloquence par l'intensité de ses regards !
Sous un prétexte professionnel, le héros interprété par Olivier Gourmet, simple, naturel et irrésistible part à Ste Cécile au Québec où il serait né clandestinement dans une grange ! Il cherche une famille Legrand dans cette localité où presque tout le monde s'appelle Legros ! Après des recherches vaines, il décide de rentrer. Sur le conseil d'un prêtre qui a l'air d'en savoir bien plus qu'il n'y paraît, il se fait emmener en voiture par un personnage un peu marginal dont la voiture est assez particulière et.... c'est l'accident causé par une ........autruche en liberté ! Michel s'en sort et rentre en Belgique, l’autre est bien amoché dans le coma. Un an après, le conducteur sorti de son coma va rendre visite à Michel après l'avoir vu dans le journal concernant une découverte révolutionnaire pour l'industrie automobile. Là, commence un flash back sur les tout derniers moments qui ont précédé l’accident, le spectateur comprend que Michel a mis la main sur quelque chose que son conducteur essayait de lui dissimuler et qu'il en a tiré profit, petit à petit, on va se rendre compte que ce conducteur est bien plus proche du héros que celui-ci pourrait le penser ! Et on va de découvertes en découvertes avec des personnages décalés, drôles, un peu dérisoires avec des répliques et des situations aussi hilarantes qu’inattendues ! A citer : "Ich bin ein Quebequer" que répète Michel après un repas arrosé singeant le fameux "Ich bin ein Berliner" de Kennedy puisqu'il est né à peu prés à la même époque que ce discours !
Le héros lui- même qui doute de la paternité de son fils dont la mère,- son épouse - est congolaise, redécouvre un vrai frère à son insu, le spectateur le comprend mais lui ne reçoit aucune révélation et le vrai père se fait connaître aussi en dernier lieu et de façon assez particulière mais on n'en dira pas plus ! Ce film permet de passer un bon moment, de nous moquer de nous-même, nous montre que, parfois aussi, la famille peut être un cadeau ! Le ton est original et le schéma narratif aussi, une large diffusion en salle est à espérer car ce genre de comédie mérite qu'on leur accorde une place de choix ! 

CHANGEMENT D’ADRESSE, d'Emmanuel Mouret  (bientôt en salle
Le jeune cinéaste talentueux et spirituel nous avait déjà enchanté il y a deux ans avec "Vénus et Fleur" , comédie légère et drôle, le voilà de retour dans une comédie plus aboutie,  aux airs de butinage à la Eric Rohmer mais bien plus drôle et moins alambiquée. E. Mouret lui-même tient le rôle principal ; un "ingénu", amoureux maladroit qui va découvrir que la compagne idéale n'est pas aussi inaccessible qu'il pourrait le croire !
Cette histoire de colocataires à la fois naïfs et décalés qui se confient leurs petites histoires est charmante et bien enlevée. C'est léger, frais, irrésistible. Frédérique Bel, "la Blonde" de Canal + nous fait oublier.... La "Blonde" sans problème, elle est touchante et amusante, Danny Brillant, autre personnage n'est pas mal du tout dans le rôle d'un amoureux très "mordu".
Délicieux donc et à savourer sans modération, d'ailleurs le public de la Quinzaine a été très enthousiaste. On quitte la salle avec un sourire aux lèvres et détendu, le cinéma, c'est aussi fait pour ça !

JINDABYNE de Ray Lawrence
C'est le nom d'une petite localité australienne où quatre amis de longue date préparent leur week-end de pêche annuel dans un coin connu d'eux seuls. Tout cela est organisé de façon rituelle, on ferme boutique, les femmes respectent cette escapade qui revêt une valeur particulière. Or , ce week-end là sera particulier, puisque l'un des personnages impeccablement interprété par l'acteur confirmé Gabriel Byrne découvre le cadavre dénudé d'une jeune aborigène dans la rivière "sacrée" ... Remplis d'un malaise compréhensible dans de telles circonstances, les amis n'en décident pas moins de ne pas écourter leur week-end et disposent le cadavre de manière à ce qu'il se conserve le mieux possible dans le froid de la rivière , lorsque la police est finalement prévenue ainsi que la communauté, de violents reproches leur sont faits pour leur négligence surtout par la famille de la jeune indigène qui ressent cet événement comme une grave offense qui s'ajoute à leur chagrin 
A cette occasion d'autres "cadavres" sortent du placard, on découvre que le couple d'un des pécheurs a perdu sa fille et élève une petite fille très perturbée attirée par les jeux dangereux dans l'eau, le couple formé par Gabriel Byrne et Laura Linney , - absolument superbe dans son rôle d'épouse en colère- , se remet difficilement d'une grave crise  au cours de laquelle le personnage de Laura Linney a abandonné mari et enfant pendant plus d'un an, elle se fait d'ailleurs avorter d'un second enfant sans le dire à personne . Les reproches entre le couple ressurgissent quand l'épouse décide d'honorer les funérailles de la jeune femme aborigène par sa présence et une collecte d'argent, sa victoire dans le film est d'amener son mari et le groupe d'amis aux funérailles ; ses valeurs humaines  la mettent en conflit avec cet  entourage réglé par des codes de vie dominés par les hommes aux valeurs familiales classiques mais tant bien que mal, on sent qu'à la fin une sorte d'équilibre va se rétablir.
On se doit de rappeler que le scénario est inspiré d'une nouvelle de Raymond Carver ; " so much water, so close to home" ( tant d'eau prés de la maison). Comme souvent dans les nouvelles de R. Carver , un évènement survient et dérange ou arrange un ensemble de gens avec des habitudes de vie bien marquées. On se souvient de "Short cut", "les américains" de Robert Altman il y a quelques années où divers couples et personnages connaissaient des bouleversements dans leurs vies après des accidents ou des évènements inattendus. On connaît aussi l'importance du rituel de la pèche dans certaines localités retirées d' Amérique, la transposition en Australie ne change pas grand'chose à l'histoire, on se trouve là aussi dans un endroit retiré  ou peu de choses se passent et où un criminel occasionnel peut tuer une jeune fille de temps en temps sans qu'on le découvre. Dans le film d'ailleurs, il assiste même aux funérailles, seul le spectateur le connaît !
Un bon moment de cinéma donc avec une atmosphère particulière, une intrusion dans une communauté avec des codes de vie bien à elle, une interprétation sans faille, tout cela se laisse regarder et permet aux spectateurs de réfléchir sur la source de ses conflits personnels.

 

MERCREDI 17 MAI
Folie du premier jour, première queue d'attente pour récupérer badge et dossier de presse et en avant... le cinéma. Démarrage en majeur avec
DA VINCI CODE
Dois-je l'avouer ? Je ne fais pas partie des millions de lecteurs qui se sont passionnés pour l'oeuvre de Dan Brown. De trop en avoir entendu parler m'avait quelque peu freiné. Je suis donc entré dans le film sans à priori, même si la double vie de Jésus ne m'attirait pas passionnément.
En fait, c'est un excellent thriller... religieux, avec scènes de poursuites, à la fois plein d'action et assez intellectualisé (un peu trop peut-être car par moments on s'y perd un peu), plein de surprises, de rebondissements et de coups de théâtre, teinté d'humour... Un grand film de divertissement qui pose la question de ce fameux Graal toujours introuvable et d'une probable liaison de Jésus avec Marie-Madeleine, qui aurait donné naissance à une fille et par là à une descendance... Et si la plus grande histoire jamais contée n’était qu'un énorme mensonge ?
Même si c'est pure invention, on peut comprendre que les bons Catholiques soient, sinon choqués, du moins ébranlés. Mais bon, ce n'est qu'une fiction et pourquoi croire moins à cette histoire extravagante qu'à un film de James Bond ? Il faut se laisser porter par l'aventure, au demeurant fort bien réalisée par Ron Howard et admirablement servi par une belle brochette de comédiens dont Tom Hanks, Ian McKellen et nos petits Français Jean Reno, Audrey Tautou et même Jean-Pierre Marielle !
"Je voudrais - nous confie Ron Howard - que ceux qui ont lu le livre s'y retrouvent et ceux qui ne l'ont pas lu n'en soient pas gênés"... On ne l'est pas, mon bon Monsieur !

- La polémique autour du sujet ne vous a pas fait peur ?
- Non car j'y ai beaucoup réfléchi et je savais que j'allais vers quelques controverses. Mais ce n'était pas de la provoc de ma part. Le sujet me passionnait et je l'ai fait sous forme d'un divertissement qui peut poser question car c'est assez intrigant. Il y avait un côté créatif important qui pouvait intriguer le public. Ce que j'espère. Le défi aussi était de ne pas en faire un film verbeux et pour passer au-dessus du dialogue, il me fallait des personnages aux fortes personnalités. Ce film va donc certainement déranger certaines personnes mais il ne faut pas oublier que ce n'est qu'une fiction émotionnelle !"

- Tom, votre point de vue sur le film, votre rôle, le tournage ?
- Tout d'abord j'ai adoré tourner la nuit au Louvre... Je m'y serais bien installé pour dormir !!! Moi, j'aime être diverti au cinéma, être stimulé, provoqué même. J'ai trouvé tout cela avec Ron et j'ai très vite su que je faisais le genre de films que j'aimais. Quant à dire que c'était un défi, chaque tournage est un défi : on joue une histoire, on y croit, on espère que le public va l'aimer. Si c'est le succès espéré c'est formidable, sinon, on repart et c'est tout ça qui me fait avancer. Et puis, présenter le film en ouverture à Cannes, c'est la coupe du monde du tapis rouge. C'est à la fois une grande excitation et un grand risque... Et si à la descente des marches il y a les applaudissements, alors ce sera génial !

- Vos rapports avec Ron ?
- Comme avec tout le monde, formidable, malgré les plusieurs langues qui se mêlaient !
- C'est vrai - reprend Jean Reno - que la communication est passée entre nous superbement et très vite alors que Ron ne parle pas français. Il est très fort car on a toujours tout compris...
- Vous savez - rajoute Jean-Pierre Marielle toujours plein d'humour - j'ai quelquefois tourné avec des réalisateurs français sans rien comprendre !!!
Enfin, la timide Audrey Tautou s'exprime : "Je n'avais jamais tourné dans une grande production américaine et j'avoue que j'y suis allé avec quelque appréhension. Mais tout s'est très vite dissipé tant Ron est chaleureux, intelligent. Mais lorsqu'on m'a proposé le rôle, après les essais, j'étais très heureuse et très excitée. Ce qui est formidable avec Ron c'est qu'on peut proposer des choses. Il est très ouvert, il comprend tout et il nous laisse beaucoup de libertés. Et puis, j'ai beaucoup aimé tourner avec tous ces hommes !!!"


RENCONTRE AVEC LE JURY
C'est la rencontre officielle et rituelle où tout le jury est réuni et ne varie pas beaucoup dans leurs premiers sentiments puisqu'ils viennent à peine de se découvrir.
Le président WONG Kar Wai
Je me suis renseigné sur le travail de chacun. C'est assez impressionnant et c'est pour moi un honneur que de partager ce rôle avec eux. La première des choses que je leur ai dit c'est qu'ils pouvaient porter des lunettes noires et fumer durant les réunions... Ca m'arrange ! Je me considère comme un jury normal qui va partager son plaisir avec d'autres jurés. Je suis tout de même très honoré d'être le premier président chinois de l'histoire du festival. C'est aussi un honneur pour la Chine et pour l'Asie. Notre but et de partager des émotions, des joies, des surprises et puis on verra ensuite pour faire jaillir un palmarès.
Patrice LECONTE
Quant à moi, je me suis promis de me battre jusqu'au bout pour les coups de cœur que j'aurai. Je ne veux pas tomber dans le syndrome de la cage d'escalier que l'on peint en beige pour faire plaisir à tout le monde sans que personne soit vraiment enthousiaste. Je ne veux pas un palmarès beige !
Helena BONHAM-CARTER
Il est très bizarre de se dire qu'on est en situation de pouvoir. Lorsqu'on est en compétition, on dépend du bon vouloir des autres, là on est maître du jeu et c'est à la fois impressionnant et excitant. J'essaierai d'être équitable.
Tim ROTH
J'aime être jugé sur mon travail, ça a quelque chose de passionnant et d'encourageant. Mais être juré c'est un peu stressant car quelquefois, on tient le bonheur et l'avenir des autres dans sa main. Il faut donc être vigilant.
Monica BELLUCCI
C'est la première fois que je vis l'expérience d'être juré. Je prends ce rôle avec humilité et ça me rend un peu anxieuse. J'ai été baignée par "mon" cinéma italien, c'est lui qui m'a donné l'envie de faire ce métier. Mais je suis très curieuse des autres cinéma, en tant qu'actrice et en tant que spectatrice. Je suis donc heureuse de découvrir des univers différents, des cultures différentes, que je trouve déjà dans le jury et que je suis heureuse de partager.
ZHANG Ziyi
Je suis très impressionnée d'être juré, cela m'honore également et je suis très curieuse de découvrir ces films en compétitions mais aussi les différents univers des autres jurés.
Lucrecia MARTEL
J'ai terriblement conscience que notre décision peut changer la vie de quelqu'un. C'est donc une lourde charge que je prends avec plaisir mais aussi avec grand sérieux. Ce qui me plaira particulièrement, ce sera de débattre avec les autres jurés.
Elia SULEIMAN
Je préfère juger qu'être jugé, c'est plus confortable car je suis très anxieux de nature et la position de juré me permets de voir des films en toute détente tout en me rendant compte de la responsabilité que nous avons sur les épaules.
Samuel L JACKSON
Cannes, c'est un tremplin pour les films, les réalisateurs mais ça peut aussi casser une carrière. On sait très bien que si un film a du succès à Cannes on va en parler dans le monde entier. Nous allons devoir prendre des décisions ensemble et nous espérons qu'elles seront approuvées de la presse et du public


JEUDI 18 MAI
LE MEILLEUR DE KEN LOACH
On démarre la journée avec un film fort, d'une grande beauté, d'une grande violence. Le film de Ken Loach qui a été baptisé en français "Le vent se lève" ce qui ne veut pas dire grand chose, le titre réel étant "The wind that shakes the barbley" ce qui signifie : le vent qui fait bouger les barbelés, ce qui est beaucoup plus parlant puisque ce film romancé traite des origines de la révolution irlandaise vers 1918.
Des images dures, à la limite de l'insoutenable, mais d'une force inouïe qui nous montre jusqu'où des hommes normaux peuvent aller dans la folie et le barbarisme au nom de l'indépendance et de la liberté. Une phrase du film est à retenir : Voilà où nous mène la guerre : à des gens qui ne ressentent plus rien.
A travers ce film émouvant, deux frères s'affrontent. Damien, médecin, pacifiste et romantique, est prêt à quitter l'Irlande pour aller travailler à Londres. Son frère Teddy combat pour la liberté de l'Irlande, s'engageant dans le mouvement. Il pousse son frère à changer d'avis. Petit à petit le romantique deviendra rebelle et le rebelle aura soif de paix au prix de compromis.
C'est du grand Kean Loch, dans la lignée de ces films "combattants". Quant aux deux jeunes comédiens, Cillian Murphy (Damien) et Pàdraic Delaney (Teddy), ils sont magnifiques d'humanité même s'ils n'arrivent pas à se comprendre.
Tous les comédiens sont irlandais et tous ont bien sûr été touchés par cette histoire qui a marqué des générations.
C Murphy : J'ai toujours entendu parler de ce combat dans ma famille, toutes ces questions politiques qui ont divisé un peuple, toutes ces familles qui en ont souffert. Nous en gardons tous des blessures profondes car nombre de familles ont été déchirées pour des idées politiques.
P Delanay : Nous vivons avec cette histoire car il y a encore partout des traces de cette rébellion dans le moindre de nos villages. Il y a toujours quelque part une tombe pour nous le rappeler. Des fantômes hantent nos terres et aujourd'hui, si on préfère ne plus en parler, on a tout cela dans l'esprit.
Ken Loach : J'ai fait ce film d'abord parce que le sujet me touche, comme tous les autres mais aussi parce que c'est un sujet universel. Il n'est pas de nos jours un pays qui ne vive ce que nous avons vécu. Il y a toujours une guerre qui est là pour nous rappeler que la liberté doit hélas se défendre par la violence. Pour arriver à un état de justice il faut passer par la violence. Tout réapparait à l'infini dans notre histoire, dans nos histoires, dans l'Histoire. Tuer pour la justice et la liberté semble incohérent et c'est pourtant un thème récurrent avec pourtant, au départ, une idée civilisatrice. Mais l'opposition à l'équité provoque toujours des réactions violentes.

Les Etats Unis ont refusé de distribuer ce film ?
C'est vrai, on n'a pas trouvé de distributeurs aux USA. Peut-être que la venue du film à Cannes changera les choses. Partant de Cannes, les films voyagent partout, alors pourquoi pas ? Ecrivez à Bush pour lui dire que vous avez vu un film magnifique plein de républicains !

Pour l'Angleterre aussi, c'était risqué !
Ce n'est pas un film contre les Britanniques, il ne faut pas qu'il y ait confusion avec le gouvernement et le peuple. Etre contre le gouvernement n'est pas être contre les Anglais... Churchill a fait de drôles de choses sans que les Anglais, eux, aient pu faire grand chose !
Quant à prendre des risques, déjà faire un film c'est prendre des risques mais lorsqu'on tourne il faut accepter tous les risques. On aspire à ce que ça marche, à ce que le film ait l'adhésion du public mais on n'est jamais sûr de rien !

PARIS JE T'AIME... ON A AIME !
Au départ une gageure, une idée folle, un projet utopique : réunir le plus grand nombre de scénaristes, réalisateurs, comédiens internationaux autour d'un thème : une rencontre amoureuse dans un quartier de Paris... en cinq minutes.
Qui a eu cette idée folle ? la productrice Claudie Ossard (37°2, Amélie Poulain, Delicatessen...) Il faut croire qu'elle a bien défendu son projet, même s'il a mis 5 ans à voir le jour car nombreux sont les grands, excités et tentés par l'aventure, à répondre présent. C'est ainsi qu'elle a le plus beau générique jamais réalisé et que rare a été une montée des marches aussi éclectique et nombreuse... En vrac : Fanny Ardant, Juliette Binoche,Gena Rowlands, Bruno Podalydès, Marianne Faithful, Alexander Payne, Olivier Assayas, Nick Nolte, Vincenzo Natali, Hippolyte Girardot, Sylvain Chomet, Margo Martindale, Ludivine Sagnier, Gaspard Ulliel, Miranda Richardson et bien d'autres, entourés de M Delanoé, Maire de Paris "in person", encadré de Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel.
Citons quelques participants absents : Gérard Depardieu dans sa première mise en scène, Ben Gazzara, les frères Cohen, Willem Dafoe, Bob Hoskins, Natalie Portman et quelques autres.
Et si tous ces réalisateurs ont choisi un lieu ou un quartier de Paris qu'ils avaient envie de mieux connaître, ils nous ont fait découvrir un Paris insolite, mystérieux, superbe tout en nous offrant des histoires simples, jolies, drôles, inattendues... Ce film est un véritable écrin doté de plein de vrais petits bijoux. Quelle belle idée ! Quels beaux talents réunis ! Quelle imagination ! Et quelle belle occasion de "Revoir Paris" comme aurait dit Trenet !
"Je ne voulais pas - nous confie Claudie Ossard - un film documentaire sur Paris et je voulais que les quartiers, les lieux, soient identifiables pour tous. Toute l'énergie du film tourne autour de l'Amour. Une histoire d'amour, une rencontre amoureuse, une déclaration d'amour à cette ville aussi.

Comment s'est fait le choix des réalisateurs ?
On a envoyé des mails et on a attendu les réponses. Certains ont réagi très vite, d'autres ont réfléchi. Mais ils savaient qu'ils avaient carte blanche et les premiers qui ont répondu ont pu choisir leur lieu. L'intérêt de ce projet était l'éclectisme et la vue de chacun sur une ville tout en ajoutant une fiction dans un lieu donné.

- Avez-vous dû, à un moment, refuser des gens ?
- Il a bien fallu pour que le film ne soit pas trop long, ait une unité, une ligne de conduite. On a même dû sacrifier quelques films tournés !

- Le montage ?
- Un casse-tête chinois ! On en a fait des tonnes afin, justement, de garder une cohérence dans ces histoires fugitives dans des lieux très différents. Il fallait que ce soit une oeuvre collective qui se tienne, un peu comme un puzzle où chacun avait sa place... Ce sont les histoires qui ont guidé le montage"

Quelques mots durant la conférence de presse :
Gena Rowland :
J'étais curieuse d'être dans ce projet qui me semblait, de prime abord, irréalisable. C'est d'ailleurs ce qui m'a motivée car il s'agit d'un travail d'équilibriste, d'une sacrée discipline !
Margo Martindale : Alexander Payne m'a dit : on va faire un film à Paris. J'ai dit oui tout de suite. Il avait omis de me dire que je devais parler en Fran,çais alors que je n'en sais pas un mot ! Mais l'expérience a été magnifique.
Ludivine Sagnier : J'ai dit oui pour pouvoir montrer aux Américains que Paris n'est pas que les clichés qu'ils colportent sans cesse... et sans connaître ! Et puis, le projet était tellement original qu'il était difficile de dire non !
Miranda Richardson : J'aime l'éclectisme et j'ai toujours été une fervente avocate du court métrage. Et puis l'idée était tellement folle que je ne voulais pas rater l'aventure !
Une belle, grande, originale aventure qui se traduit par un film magnifique qui restera certainement dans l'histoire du cinéma !

BON ANNIVERSAIRE GAD !
Pour finir un petit tour au Palm Beach. Ambiance vaseuse, rien à manger, tout - trop ! - à boire, un bruit infernale, un brouillard londonien... On s'emmerde ferme et on est mal reçu... Et puis une petite jeune femme de ma connaissance puisque toulonnaise et fille d'une journaliste amie, qui vient m'embrasser dans un bruit infernal. Anne-Sophie (Ann'So" pour les intimes, et pour le show biz qui la connaît bien pour être l'attachée de presse de tas de têtes d'affiche, me dit qu'elle est là avec Gad el Maleh. Il fête son anniversaire. On y participera dans un bruit infernal, une cohue épique... et on ira se refaire une santé au bord de l'eau !


VENDREDI 19 MAI
PEDRO ET LES FEMMES... UNE HISTOIRE D'AMOUR
On démarre la journée avec le nouveau film de Pedro Almodovar et son "Volver" de circonstance puisque ça signifie en espagnol "Revenir". La voilà donc qui revient à Cannes pour la compet' entouré de belles comédiennes : Pénélope Crüz pour la troisième fois, Carmen Maura qu'il retrouve après 17 ans, Blanca Portillo et Lola Duenas. Encore un beau film de femmes comme seul Pedro sait nous les offrir, dans une histoire qui navigue entre humour, tendresse et émotion, entre réel et irréel. Un sujet délicat puisque Pénélope retrouve son mari mort, tué par sa fille qu'il tentait de violer. Mais des histoires se croisent et peu à peu on découvre plein de choses dans la vie de cette femme simple que la vie n'a pas épargnée mais qui reste d'une belle énergie. Toutes les actrices resplendissent, dans des rôles attachants et dans ce film lumineux.
Très applaudis à leur arrivée, la conférence de presse commencera dans le tumulte.
"Je suis parti de l'idée simple d'une femme simple face à la mort de son mari et qui veut faire disparaître son cadavre. Peu à peu les personnages se sont accrochés autour d'elle et j'ai fait arriver cette mère qui vient de l'au-delà....C'est entre drame et comédie et je parle beaucoup de problèmes familiaux qui me touchent en revenant dans la région où j'ai mes racines : la Mancha.
Il y a donc mêlés des relations avec la mère, que j'ai vécues et un retour le plus profond qui soit à mes origines. J'ai été très profondément surpris - et cela m'a beaucoup touché - de voir à quel point les souvenirs d'enfance sont tenaces. Ce film est un peu une réconciliation avec cette enfance, avec ma jeunesse. Je me suis vraiment penché sur mon passé et le spectre de la mort n'est pas loin. J'ai été entouré, élevé par des femmes et j'ai grandi en les regardant, en les observant et c'est aussi un hommage à celles-ci."
La fidélité de Pedro
Pénélope Crüz : Pedro est le seul à écrire des personnages aussi forts, aussi intenses pour les femmes et même si je suis allé tourner un peu partout, je lui suis reconnaissante de me rester fidèle et de m'offrir de tels rôles. Ca fait trois fois qu'il me fait tourner des rôles de mère... Voyez jusqu'où va sa fidélité ! Chez lui, les femmes ont le pouvoir et ce n'est pourtant pas un film féministe. C'est un film féminin car il sait comprendre l'âme des femmes. Il sait nous observer à tel point qu'il découvre chez nous des choses qu'on ne lui a pas dites. C'est incroyable à quel point il comprend les femmes... C'est un martien !
Carmen Maura : Ca faisait 17 ans qu'on n'avait pas tourné ensemble et j'ai retrouvé Pedro comme avant. J'ai eu peu que ces années laissent des traces mais nous nous sommes retrouvés tout de suite. Je suis d'autant plus heureuse qu'il m'offre là un rôle magnifique, toujours au bord du précipice. Mais il sait très bien vous tenir la main pour ne pas tomber, comme chez Hitchcock !
- Je suis leur Cary Grant espagnol, coupe Pedro en riant !
- C'était un rôle à risque mais avec lui c'est toujours comme ça. Donc j'étais tranquille, détendue, en osmose avec son esprit...

UNE BELLE HISTOIRE EGYPTIENNE
Nous avons vécu un moment d'intense émotion avec le Good News Group, compagnie égyptienne.
La première belle histoire est celle de Emad Eldin Adeeb qui en est le PDG et qui est le plus grand nom de la communication du monde arabe.
Après des études de journalisme au Caire, il se fait connaître en interviewant le président Sadat ! Diplômé également de Sciences politiques il devient très vite rédacteur en chef puis directeurs de journaux au Caire et aux USA. Il crée son propre groupe Good News Group, qui regroupe 7 sociétés de communications : journaux, radio, TV, cinéma, loisirs, publicité, technologie... Il écrit des livres et varie les plaisirs et les succès à l'infini. De 96 à 2000 il obtient le trophée du meilleur journaliste arabe en en 92 il est élu l'Homme de l'Année Média.
Carrière superbe qu'il continue avec passion. C'est un homme aimé, adulé, vénéré... Il faut le voir à Cannes entouré de chaleur, d'amour et de respect.
Et s'il était à Cannes, c'était pour présenter deux films qu'il a produit, dont un est déjà un énorme succès de par le monde, quant au second, c'était une grande première mondiale.
Le premier "L'immeuble Yacoubian", est tiré d'un énorme best seller en Egypte, qui a fait beaucoup parler de lui parce qu'il parle de la corruption des grands hommes, de terrorisme, de l'homosexualité, thèmes plus ou moins tabous dans ce pays. Enorme succès en Egypte suivi de prix dans nombre de festivals comme le Tribeca de New York, festival créé par Robert de Niro suite aux événements terroristes à New York, Rotterdam, , Transylvanie, Montréal. On le verra encore à Londres à Thessalonique en Grèce et à Stockholm.
Le second film "Halim", réalisé par Sharif Arafa est une superbe et émouvante histoire. Elle raconte l'histoire de ce chanteur qui fut une immense vedette, une idole dans tout le Moyen Orient, comparable à Franck Sinatra. Il est mort d'une longue maladie en 77, il n'avait pas encore 50 ans. Chanteur romantique il fut aussi un chanteur "politique" louant Nasser et Sadat. Grand comédien, Ahmed ZaKi, fan de la première heure, rêvait de jouer ce rôle. Hélas, la même maladie devait aussi le toucher. Mais - et c'est là que l'histoire est belle -, le réalisateur décide de faire le film avec lui sous forme d'une grande interview ou le chanteur se raconte à un journaliste avant de mourir. Déjà très malade et prenant de gros risque, toutes les scènes avec Ahmed ont le temps d'être tournées avant qu'il ne s'éteigne à son tour. Quant à Halim jeune, il est interprété... par le propre fils d'Ahmed, le jeune et beau comédien Haitham Ahmed Zaki.
Ce film plein de musique et d'émotion est un bel hommage aux deux hommes de talent réunis par l'amour et par ce jeune comédien qui découvrait le film - et par là, retrouvait son père à l'écran - avec une émotion infinie qui le fit éclater en sanglots.
Beau moment cannois qui se termina sur la plage du Carlton lors d'une soirée plein de chaleur, d'amitié, et de ce soleil que portent en eux ces Egyptiens.
Une seule ombre au tableau : Omar Sharif, qui devait être l'invité d'honneur de cette soirée, ne vint pas... Dommage, il a perdu une belle soirée de fraternité.


GENA ROWLAND... UNE GRANDE DAME
Elle fait partie de cette race de grandes artistes américaines de qui l'on peut dire que c'est une star.
Elle en a le talent, l'aura, la simplicité, son couple avec Cassavetes fait à tout jamais parti des couples mythiques du cinéma. Venant présenter le sketch qu'elle joue avec Ben Gazzara sous la direction de Gérard Depardieu dans "Paris je t'aime". Cannes lui a proposé de venir donner une leçon de cinéma. Si elle a accepté - et l'ovation qui lui a été faite à son arrivée lui a donné raison - elle a ri humblement disant qu'elle n'avait de leçon à donner à personne mais qu'elle voulait bien évoquer son métier d'actrice.
Sa mère était artiste, son père sénateur "progressif", ils vivaient à la campagne. C'est à 14 ans que sa passion pour le théâtre est née en entrant dans une troupe. A 17 ans, elle voulait rejoindre New York pour en faire son métier mais son père, pourtant heureux de sa passion, ne lui donna pas la permission, le trouvant trop jeune pour partir ainsi à l'aventure.
"C'est à 20 ans, enfin, que je m'y retrouve et croyez-moi, New York dans les années 50, c'était quelque chose ! Ca fourmillait d'artistes, d'intellectuels, d'auteurs, d'écrivains et nos attentes étaient grandes. J'ai commencé à jouer dans des compagnies théâtrales puis j'ai eu de petits rôles à la télévision et j'étais heureuse.
Vers 1960, tout s'est déplacé vers la Californie et nous avons suivi le mouvement. J'étais déterminée à jouer, à vivre de ce métier mais comme je savais qu'il mangeait la vie privée, j'avais décidé de ne pas me marier et de ne pas avoir d'enfants. Le premier rôle que j'ai joué, je m'en souviens, j'avais une robe rouge, sexy, avec de petites bretelles. John Cassavetes m'a vue... deux mois après nous étions mariés ! Il faut dire que moi, je l'avais déjà repéré !

- Votre premier rôle marquant, hormis celui-ci ?
- Un rôle à Broadway dans "Middle of the night" avec Edward G Robinson que j'ai joué 18 mois. Puis je partis à Los Angeles tourner mon premier film "L'amour coûte cher" avec encore Edward G Robinson et José Ferrer. John était alors comédien comme moi et je fus surprise lorsqu'il m'annonça qu'il voulait devenir réalisateur. Je n'y croyais pas trop mais je l'ai tout de même suivie dans son projet. J'ai dû arrêter de jouer lorsque Nick est né et j'ai repris ensuite mon métier dans un film avec Kirk Douglas "Seuls sont les indomptés" en 62.

- A l'époque, les stars étaient surtout les hommes ?
- Oui, même s'il y avait quelques stars femmes. Il y avait plein de très belles actrices mais tout alors allait aux hommes, nous avions toujours plus ou moins des rôles secondaires. Ca a commencé à changer dans ces années-là.

- Vous avez bien sûr tourné avec votre époux !
- Bien évidemment et au départ j'avoue que ça me gênait un peu, je n'étais pas à l'aise. Peu à peu j'ai fini par oublier, et la caméra et le mari ! Il nous laissait beaucoup de liberté même si l'on savait ce qu'on devait faire et dire. Il nous disait : "Laissez-vous aller"... mais par contre il ne voulait pas discuter. Du coup, quelquefois, on ne savait pas quoi faire !

- Etes-vous une actrice disciplinée ?
- Pour moi, sur un film, le numéro 1 c'est l'auteur car si on ne l'avait pas, il n'y aurait pas de film ! Il faut donc suivre son histoire et incarner ses personnages avec tous les indices qu'il nous donne. Grâce à ça, le personnage se crée dans notre tête. Quant à moi, je lis mes scènes dix fois, quinze fois s'il le faut en essayant d'avoir le moins d'avis personnel. Peu à peu les choses se mettent en place. On fait appel à des situations vécues, à des souvenirs qui vont nourrir le personnage et puis on se jette à l'eau en suivant les indications du metteur en scène. Lorsque je dois jouer un assassin, il n'y a rien en moi qui y ressemble, du moins veux-je le croire, alors on se raccroche à une histoire : une mouche qui vous tourne autour et qui vous énerve jusqu'à ce que vous ayez envie de vous en débarrasser... et vous devenez assassin !. Il suffit d'avoir un début de réponse, on a trouvé la solution, reste à l'amplifier.

- Vous avez tourné, outre avec votre mari mais avec votre fils, votre belle-mère. Quel effet cela fait-il ?
- On l'oublie pour se retrouver avec le personnage qu'ils incarnent et que j'incarne. Quelquefois on se retrouves dans des situations que nous avons vécues mais il faut outrepasser tout cela et jouer le jeu.

- Des regrets, des erreurs ?
- J'essaie de ne pas y penser. Je ne suis pas négative, même pas nostalgique. Même des ratages ou des erreurs me donnent de l'énergie et l'envie d'avancer.

- Avez-vous eu une idole ?
- Bette Davis et j'ai eu l'occasion de jouer avec elle. Même si elle était coléreuse, jalouse, méchante et si elle n'a pas toujours été tendre avec moi, ça reste un grand souvenir et elle reste pour moi la plus grande.

SAMEDI 20 MAI
SELON CHARLIE... ET VU PAR NICOLE GARCIA
Après avoir été une première fois en compétition, puis membre du jury, la voici de nouveau en compétition, Nicole Garcia, avec "Selon Charlie", dont elle a co-signé le scénario avec Jacques Fieschi et Frédéric Bélier Garcia.
Des personnages, des histoires qui s'entrecroisent, des hommes àun moment clef de leur vie, en crise, qui vont devoir se remettre en question et que des événements vont faire dévier ou reprendre le droit chemin.
Une histoire d'hommes (Bacri, Lindo, Magimel, Poelvorde, Valois, Pineau, F Martin) que la caméra va suivre, allant d'un à l'autre mais le film est quelque peu embrouillé, difficile à suivre, lent, trop long et triste. Avouons-le, on s'ennuie par un côté linéaire et monotone, beaucoup de plans inutiles et quelques histoires pas très convaincantes.
A l'instar d'Almodovar qui nous brosse des portraits de femmes attachants et passionnants, Nicole Garcia n'arrive pas vraiment ànous intéresser à ces histoires malgré une belle affiche. Mais Bacri fait de la caricature de Bacri, râleur et désabusé, Lindon fait de l'éternel Lindon, paumé et dépassé par sa vie, l'histrion Poelvorde, véritable électron libre, est excité comme une puce, Magimel égal à lui même, sombre, peu bavard, incertain. FInalement, des personnages qui ressemblent aux acteurs alors que ce devrait être le contraire.
Franchement, on préfère Nicole Garcia comédienne...

Rencontre
Nicole GARCIA
"J'aime la photogénie des hommes. J'aime ce mélange de robustesse et de fragilité et j'ai voulu explorer ce territoire masculin. J'ai voulu m'attacher à des vies très singulières mais aussi très communes, qui se côtoient, qui ont quelque chose en commun, un "Nous". C'est l'image de l'homme face aux méandres de leur destinée. On arrive dans leur vie au moment d'une crise, d'un problème, d'un choix à faire, d'un dilemme. C'est aussi un film choral et ce qui est formidable c'est que tous les artistes ont dit oui à ma proposition. Ils étaient tous au plus près de ce que je désirais. Sur le tournage, ils étaient attentifs et il y a eu un véritable échange. Je crois que le film ressemble à ce que nous avons voulu...

- Pourquoi ce titre qui est le prénom du gamin qui joue dans le film ?
- Il est en quelque sorte la valeur étalon de tous ces hommes qui ont un jour été dans un état d'enfance. Il regarde, il observe, il essaie de percer la vérité. Il est plus un regard qu'une parole. C'est en fait le silence et le regard du film"

BENOIT POELVORDE
"Mon personnage est entre "L'idiot" de Dostoïevski et les héros Shakespeariens !!! C'est surtout un homme perdu, qui court toujours après quelque chose. Il est totalement désaxé et immoral mais sa générosité et ses maladresses le rendent, je crois, sympathique"

JEAN-PIERRE BACRI
"C'est un personnage public qui en a marre d'être toujours en représentation. Il veut enfin vivre sa vie à lui. C'est ce que j'ai aimé dans ce personnages. Après, je laisse au public le soin de découvrir et de le juger..."

VINCENT LINDON
C'est un personnage dur et trouble. Ce qui m'a attiré, c'est qu'il est empêtré avec un fils qu'il aime mais dont il ne sait pas quoi faire. Il le met dans une confidence pour essayer d'avoir une complicité. Il est peut-être plus enfant que son enfant. C'est un agité permanent mais il a aussi un côté touchant. Il me ressemble..."


Après le pensum de Nicole Garcia, nous aurons une journée morose avec un Bellochio incompréhensible dans lequel un retrouve un Samy Fray sardonique à souhait et un Trovatore... qui a du mal à se trouver. Et puis un film turc tout aussi indigent avec 10 plans fixes, presque sans dialogue, presque sans histoire. 10 diapos auraient fait l'affaire. On s'est ennuyé ferme même quelques-uns ont crié au génie.
Heureusement, nous étions attendus par la SACEM et l'UCMF (Union des Compositeurs de Musiques de Films" pour un repas somptueux et chaleureux, simple et sympathique, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce monde de brutes qu'est le cinéma et Cannes en particulier ! Là, se côtoyaient nombre de compositeurs unis par la même passion et en parlant bien. C’est une grande famille musicale qui pose la musique à l'endroit où elle doit se trouver car, sans musique, pas ou peu de cinéma. La preuve, dès la naissance du cinéma alors muet, on y a apposé de la musique.
Cannes a longtemps boudé la musique aussi aujourd'hui, la musique a décidé de s'imposer.
Belle surprise durant le repas puisque nous avons eu droit à un film d'Henri Diamant-Berger, que personne n'avait plus vu depuis 1932 (autant dire personne !) : "Clair de lune", tourné à Cannes et ressorti par son fils Jérôme qui a retrouvé la musique d'origine signée Django Reinhardt et Stéphane Grapelli et que quatre superbes musiciens ont rejoué avec passion. Puis ce fut un feu d'artifice de musiques de films que nous fredonnâmes avec eux.
Magnifique soirée.

DIMANCHE 21 MAI
DE BRUIT ET DE FUREUR
Réveil en fanfare ce dimanche avec le film américain de Richard Kelly en compétition "Southand Tales". Film à la fois décadent et débridé déjanté et bruyant, rempli de personnages dont on perd très vite le fil. C'est un films pour amateurs de jeux vidéos, truffé d'effets spéciaux fatigants, furieusement surrounded, dégoulinant d'hémoglobine. On en prend plein les yeux et les oreilles durant 2h40 et croyez-moi, c'est long ! Heureusement, il y a un peu d'humour et de beaux comédiens, dont Dwayne Johnson alias The Rock et Sarah Michelle Gellar, venues à Cannes avec le réalisateur. On retrouve aussi au générique Christophe Lambert... Une casserole de plus à son actif !
Beaucoup de cris et de sifflets à la sortie du film.
"Je m'attendais à ce que ce film suscite une polémique, nous avoue Richard Kelly car le film fourmille d'idées toutes liées à la sécurité, aux combustibles alternatifs, à l'obsession de la célébrité mêlée à la politique. C'est une sorte de puzzle où j'aborde toutes ces questions avec violence mais aussi avec humour. J'avais déjà beaucoup de pression car, après le succès de mon premier film « Denis Darko » l'on m'attendait au tournant. Il fallait que je sois à la hauteur du succès et des attentes qu'on espérait de moi. Le thème est lié à tout ce qui se passe aujourd'hui dans notre pays. C'est très sérieux mais c'est pris avec humour, ce qui peut ne pas plaire à tout le monde.

- Il y a des citations de l'Apocalypse...
- Oui car ce film présente un autre futur mais les situations s'y retrouvent. C'est une satire de notre pays, un pays qui s'autodétruit. C'est un film patriotique et optimiste.

- Le choix de vos acteurs est insolite
- Pas tellement, sinon qu'ils viennent souvent de la télévision, ce qui est quelquefois mal considéré. A la télé, ils n'ont pas encore pu montrer toutes les facettes de leur talent et je voulais faire exploser ça. J'ai voulu leur donner une chance de montrer autre chose et prouver que ce sont de vrais talents."

ENCORE DE LA MUSIQUE
Après notre soirée musicale, nous étions conviés à une leçon de musique qui réunissait le compositeur Alexandre Desplats et son réalisateur de prédilection et néanmoins complice et ami Jacques Audiard puisqu'il a signé quatre musiques de films pour lui : "Sur mes lèvres", "De battre mon cœur s'est arrêté", "Un héros très discret", "Regarde les hommes tomber". Le charme et le talent du premier, l'humour de l'autre ont fait de ce moment un temps suspendu de charme et de musique puisque l'on put assister à quelques morceaux joués au pianos par l'auteur.

ALEXANDRE ET LA MUSIQUE
J'ai toujours eu la passion de la musique et je suis devenu flûtiste. J'étais aussi passionné de cinéma. J'ai passé des journées dans des salles et j'achetais toutes les musiques de films sans distinction. C'est vers 22 ans que j'ai signé la première musique d'un court métrage. Et j'ai trouvé qu'il y avait un champ énorme de création possible avec bien sûr, des contraintes de durée, de temps, d'esthétique car la musique doit se mettre au service d'une narration, d'un univers et que nous devons y faire entrer notre univers sans pour cela dénaturer le film. Il faut trouver l'osmose parfaite"
Alexandre a également travaillé avec Leconte, de Brocca, Veber, il a signé la musique de "Birth" et fait beaucoup de choses. Mais c'est avec Jacques Audiard c'est à la fois une collaboration et une amitié sans faille.
"Il traînait, je l'ai ramassé" nous lance Jacques Audiard avec cet humour qui le caractérise. Plus simplement, c'est la production qui le lui a présenté alors qu'ils cherchait une musique pour son film "Ragarde les hommes tomber". Il avoue aimer son univers musical et comme Alexandre a aimé son script, tout a bien commencé et continue.
"Composer - poursuit Alexandre - c'est réfléchir à une architecture harmonique et rythmique. Après quoi l'orchestration vient habiller la musique. Le choix des instruments est primordial. car ce sont eux qui vont sonner. J'aime tenter des choses, exploiter des univers, changer de chemin, réfléchir au "son" du film. Je compose quelquefois sans regarder l'image mais en écoutant les dialogues. C'est très important pour que la musique prenne le relais d'une voix tout en me posant chaque fois la question essentielle : la musique est-elle nécessaire ou suffisante dans telle scène ? Et je me la pose à chaque scène"
Pour terminer ce bel enchantement, laissons la dernière phrase à Jacques Audiard :
"Alexandre met de la musique sur mes images. Moi je mets des images sur sa musique !"


HOMMAGE A MARCELLO
Il fut un comédien hors pair, beau et talentueux avec une réputation de latin lover qui lui a collé à la peau. Mario Canale et Annarosa Morri ont décidé de consacrer un film-hommage à ce comédien superbe qu'était Marcello Mastroianni. "Marcello, una vità dolce" fait d'interviewes de l'artiste, de photos d'archives et de séquences de films et la participation de beaucoup d'invités dont ses deux filles Barbara et Chiara, Scola, Noiret, Monicelli, Anouk Aimé, Sofia Loren, Bellochio, Jean Sorel et bien d'autres, des documents aussi sur Visconti, Fellini... Joli moment d'émotion et beau portrait de ce comédien hors du commun qui était également un homme romantique, simple, aimant la vie, les femmes, la bonne bouffe... Un épicurien, un amoureux dans tout le sens du terme.
Parti trop tôt, il reste dans notre souvenir et ce film est un petit plus pour se remémorer une belle carrière... une vità dolce... une dolce vità...

LUNDI 22 MAI
LE CAÏMAN DE MORETTI
Et voici Nanni Moretti qui revient en compétition avec « Le caïman » qui est un film hybride car il y a au moins deux films en un et il semble que Moretti n’ait pas pu faire la part des choses, qu’il ait balancé entre deux sujet – voire trois - et qu’il ait fait un meddley des deux.
La première histoire est celle d’un producteur de séries Z dont les vies professionnelle et personnelle patent en éclat. La seule façon de reconquérir sa femme est de remonter un film. Il rencontre une jeune réalisatrice, Teresa, qui lui propose une histoire romancée dont le sujet principal est… Berlusconi. A partir de là, il est prêt à tout pour monter ce film mais ce ne sera pas sans mal.
Le film est bruyant, bavard, comme souvent chez Moretti, c’est souvent sur joué et, comme il ne peut s’empêcher de faire l’acteur, là il joue l’acteur qui joue Berlusconi !
L’histoire du producteur était intéressante mais elle est entrecoupée d’images d’archives concernant Berlusconi, de séquences du film dont le sujet est Berlusconi et entre temps, comme il aime son pays, il nous offre des cartes postales d’Italie.
Ca donne un film assez confus, au rythme saccadé et comme l’un des grands défaut de Moretti est de parler… il ne s’en prive pas.
Restent deux comédiennes lumineuses : Margherita Buy, qui joue sa femme et Jasmine Trinca qui joue Teresa et un acteur très émouvant : Silvio Orlando.
Pour la petite histoire, ce film, qui est une diatribe contre Berlusconi, est sorti juste avant les élections perdue de celui-ci… Y a-t-il eu cause à effet ?
Moretti semble un peu ennuyé de cette question qui lui revient sans cesse :
« Au départ, je voulais faire simplement un documentaire sur Berlusconi puis le film peu à peu s’est transformé. Mais la date de sortie était prévue depuis longtemps. Donc je précise que je n’ai pas fait en sorte que le filme coïncide avec les élections d’autant que je ne l’ai pas fait pour cela. D’ailleurs, en Italie, au contraire, on me demandait d’être prudent afin que ces critiques et ce film ne fassent pas l’effet contraire ! Donc il n’y a eu aucun calcul. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça car le film parle aussi du cinéma italien et de ses problèmes, il parle d’un homme qui est dans une période difficile de sa vie, il parle de l’Italie…

Est-ce qu’on peut dire que c’est un film de gauche ?
Je pense que c’est un peu simpliste et restrictif que de dire ça. Si c’est le cas ce n’est pas intentionnel et j’avoue que je m’en fiche un peu. C’est vrai que le public de gauche me suit et m’est fidèle et je peux dire que je ne suis pas vraiment de droite ! Mais lorsque j’écris un scénario je ne pense pas à tout cela. Je trace mon idée et après le film est ce qu’il est. Je ne veux pas être un donneur de leçon et de plus, j’aime varier les plaisir. J’aime donc aller d’un film co-noté « politique » à une histoire d’amour. Mon objectif est de faire des films novateurs et divers. J’aime varier les plaisirs !

Aviez-vous des appréhensions de venir à Cannes avec ce film et de la réaction du public français ?
Pourquoi ? D’abord les Français ne sont pas aussi intéressés par Berlusconi que les Italiens. Je ne pense pas, en plus, il puisse arriver un tel événement dans un autre pays d’Europe que l’Italie. Qu’un homme puisse avoir la mainmise sur des journaux, des radios, des télé, des agences de communication tenant la dragée haute aux politique, ne devrait pas avoir le droit de faire de la politique. Aujourd’hui de nouvelles lois ont vu le jour et donc ça ne peut effrayer aucun pays européen… sauf le mien qui est aujourd’hui ce qu’il est. D’autant qu’aujourd’hui plus rien ne surprend les Italiens. Ils se sont habitués à des choses incroyables dans notre démocratie et il est difficile de les faire réagir.
Difficile de faire un film en Italien sans l’appui télé des chaînes de Berlusconi ?
On s’en passe. Depuis 20 ans que j’ai monté ma maison de production, je ne travaille qu’avec la RAI et j’ai des co-production avec des chaînes française… Et je ne m’en sors pas mal !

JOURNEE INTERNATIONALE
Après l’Italie, c’est avec la Chine, l’Espagne et la France qu’on a eu à faire.
« Luxury Car » est signé Wang Chao et c’est une belle histoire d’un père qui va vivre une descente aux enfers en voulant retrouver son fils qui ne donne plus signe de vie alors que sa mère, mourante, veut le voir une dernière fois. Il va d’abord se diriger vers sa fille qui a quitté la campagne pour vivre sa vie. Une vie de galère puisqu’elle est devenue prostitué et vit avec son souteneur qui, lui-même a tué ce fils tant recherché. Mais l’intrigue est bien menée et les personnages attachants et convaincants.
« Salvador » de Manuel Huerga, raconte l’histoire d’un jeune étudiant embrigadé dans une armée révolutionnaire contre le régime de Franco. Un pas de trop – il tue un policier – va le mener en prison puis à la peine de mort. C’est tiré d’une histoire vraie. On suit ce procès comme un thriller, avec un jeune comédien émouvant et beau, jusqu’à sa mort qui le fera devenir un symbole de la liberté en Espagne. Nombre de personnes sont sorties la larme à l’œil et le cœur chaviré.
Pour « Flandres », de Bruno Dumont, c’est plutôt l’œil fermé que l’on a entrevu ce film long, fait de deux parties : la vie pas très folichonne de jeunes gens dans une campagne perdue des Flandres dont les seuls amusement sont de boire un coup au café de coin et de faire l’amour dans la paille. Lorsque les garçons partent à la guerre, on les suit dans leurs pérégrinations et là ils se révèlent en tant qu’hommes et ils sont pas tous très beaux. Le film se partage entre des scènes lentes et ennuyeuses à faire peur dans cette campagne de Flandres battue par le vent et la pluie, et le soleil torride, les déserts à perte de vue et la violence bestiale de la guerre sous un soleil de plomb.
C’est assez mal tourné, c’est, soit soporifique et l’on s’endort un peu, soit difficile à soutenir des images atroces et l’on ferme les yeux pour ne pas voir le sang qui gicle, les femmes qu’on viole et j’en passe. On a donc passé une bonne partie du film… les yeux fermés ! … Mais ça devrait plaire au jury !

MERCREDI 24 MAI
MARIE-ANTOINETTE VUE PAR SOFIA COPPOLA
Une américaine qui s'attache à l'Histoire de France c'est déjà assez rare pour qu'on soit curieux de savoir ce qu'on peut en faire ! Ainsi Sofia Coppola nous offre-t-elle un portrait de la dernière reine de France. Une super production tournée à Versailles. Décors luxueux, costumes somptueux (bravo Milena Canonero !) mais à l'arrivée en fait, simplement un joli film, très anecdotique, très esthétique. Une belle reconstitution simplement un peu ennuyeuse si ce n'est le sourire lumineux de Kristen Gust, alias M.A. De jolies images saupoudrées d'amour mais jamais un soupçon d'émotion et une musique "d'aujourd'hui" ridicule et anachronique... Du New Order entre autre... Imaginez, si vous pouvez ! Beaucoup de longueurs et la Cour de Versailles parlant anglais, c'est assez inattendu.
A la conférence de presse les comédiens ne sont pas bavards et Sofia Coppola élude quelques questions, répondant laconiquement.
Une autre surprise : la reine Marie-Thérèse d'Autriche tenue par une corpulente... Marianne Faithful !
Ex-fan des sixties où sont tes années folles ?!!
"Je n'ai pas d'avis politique à donner sur la Révolution Française et je n'ai pas fait un film en ce sens. C'est le portrait d'une jeune reine qui fut révolutionnaire avant l'heure, faisant trembler le protocole tout en étant quelque peu inconsciente de ce qui se passe autour d'elle. Au départ, je ne l'aimais pas vraiment mais en l'étudiant en profondeur on découvre une jeune femme solide, moderne, qui a de multiples facettes et réagit positivement sur tout les événements.
Je sais que certains sont surpris de cette musique que j'ai choisie mais j'avais envie de la mêler à celle du XVIIIème siècle car ça montre le côté moderne du personnage, ça appuie sur le modernisme et ça donne au film un côté émotionnel plus fort.
J'ai basé mon scénario sur la biographie d'Antonia Fraser car elle y décrit superbement la cour et a un point de vue sur Marie-Antoinette qui rejoint ce que j'ai aussi cru ressentir. J'ai lu aussi beaucoup d'échange de courrier entre la mère et la fille car il est très significatif. J'ai passé des heures à visiter Versailles pour m'en imprégner.
Je pense avoir terminé un triptyque car dans mes deux premiers films il s'agissait aussi de portraits de femmes qui ont eu des problèmes familiaux qu'elles ont su transformer pour se construire..."
Je vous passerai sous silence le film de Gus Van Sant "Male Noche" , film en noir et blanc, noire histoire d'amour homosexuelle mal filmée, que l'on suit difficilement et qui n'a pas passionné les foules et qui est plutôt malsaine.
Malsain aussi le film australien de Paul Goldman "Le feu sous la peau", histoire d'une fille qui détruit tout sur son passage, père et mères, copains, assoiffée de liberté, de sexe, de drogue... et de rock'n roll bien sûr ! Le film est très violent et son seul intérêt est la performance de la comédienne Emily Barclay qui interprète avec jubilation ce rôle de garce intégrale, manichéenne et vicieuse.


DIVINE DANIELLE
La journée s'est enfin terminée en beauté avec le film d'Anne Fontaine "Dernière chance" avec un très joli quarteron d'acteurs dont la divine Danielle Darrieux entourée d'Arielle Dombasle, Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, Andy Gillet.
Quel plaisir de revoir notre divine DD dans un grand rôle plein d'émotion et d'humour, à son image. Vieille star oubliée dans une maison de retraite elle va revivre avec le projet d'un animateur raté qui veut la faire remonter sur scène. Elle renaîtra ainsi pour quelques mois avec ce projet, cet espoir de redevenir ce qu'elle était. Le film est beau est tendre, Danielle y est épatante et Anne Fontaine nous a offert un merveilleux moment de pur bonheur après toutes les violences et les pensums que l'on ingurgite cette année.
Et quel joli moment que ce duo chanté Ariell-Danielle !
Seule ombre au tableau : la soirée devait rendre hommage à Danielle Darrieux qui, pour des raisons de santé, a dû se décommander. Elle nous a beaucoup manquée et elle fut très applaudie... Qu'elle le sache !

JEUDI 25 MAI
INDIGENES... LE GRAND FILM DU FESTIVAL
Un film de guerre c'est, soit une superproduction américaine avec des milliers de figurants, des effets spéciaux, du sang et des mitraillages, comme "Platoon", "Le pont de la rivière Kwa", soit des films plus intimistes, plutôt français, comme "Joyeux Noël"... Cette année nous avons eu le Ken Loach en compétition et on pensait ne pas voir mieux dans le genre. Et la surprise est venue du film français de Rachid Bouchareb "Indigènes" qui nous a scotché sur notre siège et nous a donné un très grand moment d'émotion.
On remonte en 43 alors que ces fameux "indigènes" souvent nommés aussi "bougnouls", débarquent de leur terre arabe pour défendre le sol français, uniquement par patriotisme, par amour de la France. Un morceau de la grande Histoire mais que l'Histoire de France a l'air d'avoir occultée. Pourquoi les avoir rayé de l'Histoire alors qu'ils étaient en première ligne et que des milliers ont servi de chair à fusil. C'est un grand mystère et Rachid a voulu dans ce film réparer une injustice par un film fort, dénué de revanche ou de haine ou de quelconque parti-pris. C'est un fait de l'Histoire et il fallait que ça se sache. Il le fait avec tact, avec maestria aussi avec des scènes de guerre dignes des Américains et des scènes plus intimes, tournant autour de quatre personnages centraux, tous épatants : Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Roschdy Zem et Sami Boujila avec en plus le seul "nordiste" de la troupe, Bernard Blancan.
Un film magistral sur un sujet jamais traité. Un grand moment cannois qu'on espère revivre avec le palmarès !

RENCONTRE
Magnifiquement applaudis à leur arrivée avec un petit plus pour Jamel qui soulève les foules, avant que le réalisateur prenne la parole, chacun a voulu raconter sa rencontre avec lui :
Roschdy Zem : J'avais déjà travaillé trois fois avec Rachid. Trois films en dix ans. Il y a longtemps qu'il me parlait de ce projet et pour moi, c'était une évidence qu'il arriverait à le faire et que je serais de l'aventure ! J'ai suivi toute l'évolution de l'écriture et c'est un cadeau formidable qu'il m'a fait.
Sami Bouajila : Au delà de l'histoire qui me concerne j'ai trouvé l'idée formidable de nous réunir tous les quatre sur quelque chose que nous avons en commun. Nous étions sur la même longueur d'onde et ce projet était à la fois fédérateur et moteur. Et quel bonheur de vivre des choses au-delà de nos mémoires et de nos subconscients.
Samy Nacéri : Rachid m'a donné rendez-vous dans un café pour me perler du projet qui n'était pas encore écrit. J'avoue que je ne connaissais pas l'histoire car, élevé en France et ne parlant même pas arabe, je n'avais jamais appris cet épisode à l'école. J'ai dit OK en me demandant s'il pourrait arriver au bout. Lorsque j'ai lu le scénario il m'a explosé en pleine figure et je ne voyais pas comment dire non !
Jamel Debbouze : Pour moi, travailler avec Rachid était une évidence. Mieux, c'était quelque chose de viscéral. Le projet m'a séduit et touché et puis, se retrouver quatre acteurs, avec nos origines, des parcours difficiles même s'ils sont différents, j'ai trouvé ça grand, noble car on dépend de cette histoire.
Après ce bouquet de fleurs qui rend Rachid Bouchareb ému, il arrive à prendre la parole :
"Je suis bien sûr d'origine algérienne mais né et élevé en France et bien Français. D'où toute l'ambiguïté de ce projet. Où s'inscrire ? Et où l'inscrire ? Film arabe ? film français ? J'ai très vite dépassé ça en me disant que nous faisions partie de l'HIstoire de France, de son passé, de son présent, de son futur. Et de plus c'est une co-production française – marocaine -algérienne et... belge !
Je voulais ouvrir ce chapitre d'histoire oublié, témoigner et ce film prend toute sa force et son énergie car il ne s'inscrit pas seulement dans le cinéma français mais dans le cinéma mondial. Et mon bonheur, ma fierté est d'avoir pu mener ce projet au but et de le montrer au bord de la Méditerranée. Peu importe qu'il ait un prix, il aura été vu par le public, par la presse et j'espère que vous serez notre relais pour que ce film continue à vivre et apprenne aux gens cette page de notre histoire. Je crois que je donne un témoignage irréprochable..."
En dehors du fait que Jamel y est acteur, il est aussi coproducteur et s'en explique :
"Au départ, ce film a eu des difficultés à être monté. Peu à peu les télés sont venues, le gouvernement aussi... Pensez que j'ai dû aller voir Sarkozi... moi !!! Et puis, lorsque je vois les millions d'euros qu'on me propose pour glisser sur une peau de banane alors que Rachid se démenait pour en trouver, j'ai trouvé normal de l'aider à faire exister ce film. J'ai voulu me battre à ses côtés et bien m'en a pris puisque, aujourd'hui, on est à Cannes avec ce film !"
Enfin, un autre "pays" est venu s'ajouter à la bande : Khaled qui signe la musique :
"Lorsque Rachid m'a proposé d'écrire la musique, j'ai d'abord dit non : moi qui écrit des chansons d'amour, je ne me voyais pas écrire des chansons de guerre. Mais lorsque j'ai lu le scénario j'ai compris que je pouvais composer un chant d'amour. Car faire de la musique, c'est donner de l'amour. Je trouvais aussi normal de rendre hommage à ma façon à ces hommes qui ont donné leur vie pour un pays qui n'était pas le leur et qui se sont donné tant de mal pour nous donner de bien..."
Un grand moment du festival.

DANS PARIS... ON RIT !
Christophe Honoré était à la Quinzaine pour présenter son dernier film dont il a également écrit le scénario : "Dans Paris". Un film très particulier et original qui, lorsqu'il débute, vous laisse perplexe par son côté décalé qui sonne "Nouvelle Vague" et qui voit un entrelacs de personnages s'aimer et se désaimer. Le genre "Je t'aime, moi non plus", avec beaucoup d'amour, d'humour, de sentiments.
Un père et ses deux grands fils, une mère qui passe de temps en temps, des copines chez les garçons, qui passent, s'en vont, reviennent. Tout se passe presque en vase clos, dans un appartement et chacun se préoccupe uniquement de sa petite personne. Le monde autour existe à peine. Bizarre et drôle, ce film nous a fait passer un grand moment de fraîcheur, mêlant les genres comme au bon vieux temps des années 60 où le cinéma prenait un autre virage.
Des comédiens superbes dont Guy Marchand dans le rôle du père, truculent, aimant, papa-poule devant ses deux grands dadais aux états d'âme infinis : Romain Duris et Louis Garrel. Et une mère très primesautière, inconsciente et superficielle, interprétée par la belle Marie-France Pisier.
Ce fut un joli moment le public applaudit beaucoup.
On retrouve Guy Marchand qui, fidèle à lui-même, regard charmeur, sourire goguenard, nous dit qu'il est ravi d'avoir fait ce film :
"Au départ je ne voulais pas en entendre parler. Je n'avais pas envie de le faire et partager la vedette avec des jeunes, ça gonfle et ça rend jaloux le vieil ours que je suis. Alors je lui ai proposé d'autres comédiens que je voyais bien dans le rôle Je lis rarement les scénarios, je me fais raconter l'histoire et je dis oui si ça me plaît... ou si c'est bien payé ! J'ai finalement dit oui car j'ai trouvé le ton drôle, léger, joyeux, tout en traitant de sujets sérieux et je me suis laissé faire par un réalisateur qui est peut-être un jeune con mais qui a un métier d'enfer, qui sait vous diriger sans qu'on s'en rende compte, quant aux jeunes, ils m'ont carrément épaté par leur maturité, leur concentration.
J'étais le plus vieux mais je me suis très vite senti en famille avec eux, moi le vieux chanteur de variété ! La mayonnaise a très vite pris entre nous et dans cet esprit de confiance, j'ai pu sans problème extérioriser mes émotions et, je crois, les transmettre. C'est ce qu'on appelle un état de grâce..."
Et pour nous ce fut un petit bonheur !


LA CALIFORNIE A CANNES
La Californie est un quartier rupin de Cannes (Y en a-t-il d'autres !) et c'est le titre du film que Jacques Fieschi a tiré d'un roman de Georges Simenon "Chemin sans issue". Fieschi qu'on retrouve donc avec le film de Nicole Garcia, dont il a signé le scénario et dans le film, on retrouve la belle-fille de Simenon : Mylène Demongeot, aux côtés, pour la deuxième fois de la journée, de Roschdy Zem, Ludivine Sagnier, et enfin, la superbe Nathalie Baye.
Film assez malsain et angoissant qui vous met très mal à l'aise, même si les personnages sont tous très forts et intéressants et si Nathalie Baye trouve là un rôle à la Gloria Swanson dans "Sunset Boulevard". Atmosphère lourde, chargé autour de Nathalie, femme riche et vieillissante qui se raccroche à l'alcool, aux mecs de passage et à, quelques amis homos et à l'amie fidèle (Mylène) jusqu'au jour où cette mécanique va s'enrayer.
Film noir par excellence où seuls deux personnages (Ludivine Sagnier et Rasha Bukvic) essaient d'émerger de cette atmosphère glauque...
Rencontrant l'ami Claude Pinoteau sur la Croisette, nous sommes allés voir le film de concert en attendant de la retrouver dans quelques jours au festival "La Ciotat, Berceau du Cinéma) où nous lui rendrons hommage. Le film "La Californie" sera là aussi, accompagné de Mylène Demongeot et Jacques Fieschi... A suivre...

VENDREDI 26 MAI
DEPARDIEU, CHANTEUR DE BAL
On ne l'attendait pas vraiment, celui-là et ce fut une jolie surprise que de découvrir "Quand j'étais chanteur", film français de Xavier Giannoli avec Gérard Depardieu et Cécile de France.
C'est l'histoire toute simple d'un chanteur de bal heureux dans sa peau de chanteur qui passe dans des boîtes, animes des thés dansants et des maisons de retraite... Pas vraiment de velléités de devenir une star - il n'en a d'ailleurs plus l'âge - mais simplement la passion de chanter, l'envie de donner, de partager. Au milieu de ce parcours il rencontre une fille un peu mystérieuse qui cache un passé dont elle ne veut parler. Etreinte d'un soir pour elle... Amour pour lui ? Il aime à le croire mais la situation n'est pas si simple.
Par petites touches les personnages s'installent, tout en douceur, tout en pudeur, tout en non dits. Depardieu est émouvant en "vieux chanteur amoureux". Il est d'une sobriété (de comédien s'entend) rare et époustouflante devant une lumineuse Cécile de France qui vous renverse d'un regard. Beaucoup de musique des années 60/70, un peu de nostalgie mais surtout beaucoup de tendresse. Un joli moment encore que ce film dans tout ce maelström de violence et de fornication.
Ce fut une surprise et l'autre surprise pourrait être une nomination pour Depardieu qui tourne sa page trop théâtrale pour entrer dans un jeu digne d'un très grand comédien. Et en plus, il ne chante pas si mal que ça !
A la conférence qui suit le film, il est là déchaîné et hilare - et sobre encore ! - faisant marrer tout le monde, dans une forme éblouissante. Certainement la conférence la plus gaie de tout le festival !
"J'incarne un mec tout simple, tout simplement heureux de chanter. Ni star ni télé-star avec simplement l'envie d'offrir du bonheur aux gens, au public quel qu'il soit. Il est heureux et automatiquement, les gens sont beaux lorsqu'ils sont heureux. Cet homme essaye de vivre sa propre vérité et avoir et donner du plaisir.

Xavier Giannoli, comment vous est venue l'idée de ce film ?
En rencontrant un véritable chanteur de bal qui existe du côté de Clermont Ferrand : Alain Shannon. Je l'ai suivi dans ses galas, il m'a servi de guide. Je l'ai observé, écouté et j'ai pu voir qu'il était pétri de simplicité et d'humanité. Il a une grande distance par rapport à ce métier et Depardieu l'incarne avec génie. Je n'ai pas voulu caricaturer le personnage car il est heureux dans ce qu'il fait et il le fait bien. Dans un article un journaliste le considère comme un chanteur "de seconde zone". C'est très restrictif et blessant car c'est un vrai boulot qui est fait avec les tripes même s'il n'est pas Hallyday. C'est un chanteur qui vit son aventure de chanteur. Et le parisien que je suis a découvert un univers de province et je me suis senti bien. C'est un monde qui m'a touché et que j'ai investi. C'est tout un monde à découvrir avec un tissu humain profond et émouvant.

Votre point de vue, Cécile ?
J'avoue qu'en tant que Parisienne imbécile j'avais des à priori et j'ai pris une grande claque en découvrant ces chanteurs inconnus qui vivent de leur foi, de ces danseurs de thé dansant qui vivent avec passion le simple plaisir de danser. Et de superbement danser... Ils m'ont épatée ! Je me suis trouvée vachement scolaire et je pense qu'il ne faut jamais être parasitée par des impressions...

Rencontrer Depardieu, ça fait quoi ?
Je nous vous dirai pas que ce n'est pas impressionnant. mais tout a bien commencé puisque la première scène qu'on a tourné est celle de notre rencontre où il essaie de me charmer. Belle coïncidence qui m'a bouleversée et j'ai tout de suite compris qu'il allait m'emmener dans son monde.

Depardieu chanteur... On remet ça ?
Si on peut dire ! J'ai toujours aimé chanter mais j'avais honte. J'ai fait un disque (Comédien) caché dans un studio, puis je suis monté sur scène ivre mort, après j'ai chanté avec Barbara ivre de joie... et sans mauvaise haleine ! Et qu'on me propose ce rôle était inespéré. Cela m'a fait beaucoup de bien d'autant que je n'avais rien à faire qu'à "être". On m'offre peu de rôles de cette tessiture, qui a une vérité, une force et une douceur qui vous emporte.
Xavier répond : Gérard a participé à la création du scénario. Il était près de moi et rares sont les acteurs qui vous insufflent une telle force, une telle énergie qui vous font vous dépasser !!!

Votre rôle, Cécile ?
C'est la première fois que je joue le rôle d'un femme qui a un passé mystérieux et un rôle... de mère ! Ca commence déjà ! Pour moi c'était très excitant car je devais aller à la recherche de ce mystère, d'une certaine grâce et j'ai exploré quelque chose de nouveau pour moi, de fin, de délicat, de précieux.

C'est une rôle sentimental, Gérard ?
Certainement mais lorsque je le joue, je ne me pose pas la question de savoir si j'en fais trop ou pas assez, si je ne vais pas trop dans le sentimentalisme. Ce qui m'a amené à la lecture, petit, ce sont les romans-photos que lisait ma mère et ça me faisait voyager. Je crois que lorsqu'on tombe amoureux, on est tous un personnage de romans-photos. Et je crois qu'il y a une certaine noblesse. C'est une histoire éternelle qui va au-delà d'une mode.


WIM WINDER
Il y a 25 ans, Wim Winde