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MUSIQUE A CANNES
Par Isabelle G

ARCHIVE : Good Vibrations
Grand moment au Palais des Festivals de Cannes lors du passage d’Archive, groupe londonien, connu depuis 1996 et représentant d’un rock électro-pop plutôt planant. Pour la circonstance, les membres du groupe Archive étaient accompagnés de l’orchestre régional Cannes Paca. Ainsi, les violons de l’orchestre ont mêlé leur complainte aux envolées lancinantes des guitares électriques pour une performance peu banale devant un parterre de connaisseurs dont les balancements de tête et déhanchés ne laissaient rien ignorer de leur incapacité à résister à des morceaux très envoûtants. Difficile de définir le « label » Archive : on se situe entre Supertramp, Barclay James Harvest, Pink Floyd mais en plus puissant. Massive Attack, Marilyn Manson ou Slipknot ne sont pas bien loin non plus ! En alternance selon les titres, trois chanteurs, tout de noir vêtus ont porté avec ardeur leurs prestations pour atteindre des sommets d’émotion. On a aimé Maria Q. dans un impressionnant « Fade away » ou «  Lights » et «  Headlights » par Pollard Berrier plus récent dans le groupe, ainsi que David Penney. Un fond de lumières bleues vif, fuchsia ou vert fluo accentue le côté solennel et mystique, le groupe se bâtit sur scène une sorte de cathédrale imaginaire qui entraîne le public dans un univers particulier : des accent parfois angoissants, parfois « gothiques – mystiques » mais qui se laissent écouter sans que l’on se demande une seule fois quand le morceau se terminera ! A certains moments, on se laisse aller à fermer les yeux pour être porté par ces transes musicales. Pourtant, cette belle soirée s’est terminée au bout d’une heure et demi après le tonitruant rappel d’une salle comble, public debout, emporté par la dimension presque démesurée de cette union de sons digitaux puissants et de cordes classiques. Pas étonnant que la B.O du film « Michel Vaillant » de Luc Besson ( 2003) auquel le groupe Archive a largement contribué ait remporté un vif succès ! La performance cannoise, elle, est à marquer d’une pierre blanche. Elle laissera sans nul doute, un souvenir durable dans la mémoire des chanceux qui ont pu assister au concert.  

Goran BREGOVIC et l'orchestre des mariages et des enterrements
Le triomphe absolu.
Debout ! Le public l'a été au palais des Festivals, du début à la fin dans une fête totale, la joie de vivre et le délire débridé des films d' Emir Kusturica !Un vrai bonheur !Avec son habituelle énergie et son talent, Goran Bregovic, d'origine serbo-croate nous fait découvrir son nouveau cocktail musical explosif:Alkohol; Slivovica et Champagne, concert inédit de musiques pour danser,boire, faire la fête. Les compositions sont sublimes, G.Bregovic n'a qu'un geste à faire et tout s'enchaîne, les musiciens nous régalent d'une musique symphonique aux accents rock; tout à la fois se ressemble et n'est pas tout à fait pareil, c'est dansant, chantant, festif et le public en redemande. Quand arrive le morceau plus tendre d'Arizona Dream, c'est l'extase; le lyrisme et la douceur envahissent la salle car G.Bregovic est très concentré et interprète le morceau avec beaucoup de sincérité et de simplicité. Il n'est pas étonnant que les tournées triomphales se suivent à travers l'Europe et que cette musique inclassable ait un impact important sur le plan international.Les morceaux se laissent écouter sans modération et... avec ou sans alcool , on reste enivré par la richesse des sonorités, la magnifique interprétation et la bonne humeur transmise par cet orchestre véritablement inspiré. En tout cas , le passage à Cannes restera un des plus grands moments de cette édition 2009 des concerts de septembre grâce à l'enthousiasme qu'il a soulevé et les fans qu'il a ravis. On notera la prestation en première partie du grand musicien populaire, Enzo Avitabile, chanteur saxophoniste napolitain associe son savoir-faire à l' ensemble de percussions traditionnelles Bottari qui exerce sa puissance rythmique sur de vastes tonneaux. E. Avitabile a joué avec James Brown, Mory Kanté, Manu Dibango, sa musique s'en ressent; c'est toute la Méditerranée qui s'enflamme entre mélodies napolitaines, le Raï de l'Algérie et les transes africaines !
Pulsions rythmiques puissantes, clarinettes de Sardaigne, voix chaude et enjouée chantent le fraternité et l'ouverture à l'autre dans une musique du monde énergique et authentique. Entre folklore et sons primitifs aux confins de la transe, l' ensemble a offert au public beaucoup d' inventivité et de générosité. Un réel partage!

Louis BERTIGNAC : Rappels de téléphone !
Soirée mythique autour du grand Bertignac.
Ce dernier sait bien s'entourer. Sa prestation est précédée de la tornade Tornado, dont les quatre interprètes forment un groupe sans prétention, sympathique et talentueux. Humour omniprésent dans la présentation volontairement sèche des morceaux, pour la plupart, ballades très seventies aux accents country amplifiés par les guitares électriques.
Exemple: «voilà un morceau tiré d'un cauchemar», celui-ci a été composé dans les rues de Rocamadour'. (!!), «ceci n'est pas une chanson d'amour»...
En tout cas , on se laisse volontiers embarquer par la voix charmeuse du chanteur accompagné par des guitares électriques d inspiration «road -movie», on s imagine bien sur les interminables routes des U.S.A. C'est mélodieux, on a l'impression d'écouter un morceau des Moody Blues et par moments le hurlement du chanteur fait penser au sifflement d'une locomotive. On n'est pas loin des musiques de films pour westerns remplis de chaleur et de poussière. Lors du rappel, le chanteur a régalé le public d'un «Everybody loves somebody» , digne des plus grands crooners. Sous des airs bien sages, ce groupe a su faire passer des atmosphères bien particulières et très travaillées. Une bonne mise en bouche pour le rock plus nerveux de louis Bertignac.
Et oui, on n'en sort pas, entre la voix, les paroles et les morceaux même les plus récents, on ne peut s'empêcher d'entendre le groupe Téléphone! C'est du vrai bon rock qui déménage et le public en a à revendre mais après quelques morceaux personnels, tous les plus grands tubes du groupe sont repris magistralement et on n'entend guère de différence entre les nouveaux et anciens morceaux.
Rien de déplaisant au contraire mais pas de surprise ! C'est du Bertignac-Aubert ! Les musiciens accompagnateurs, à la guitare et à la batterie sont excellents et pleins d'entrain, la chevelure est secouée frénétiquement …
Quelques extraits d'Audimat, une dernière création : « Jalousie, frénésie, ramasser le pognon... tout et n'importe quoi », ou encore dans un autre morceau: « Je joue pour les temps qui viennent , les temps qui vont ». On sent la même rébellion qu'au début, des envolées nerveuses et un punch peu commun.
Et quand arrivent les « Un jour, j'irai à New York avec toi », « Ces idées là » , « Cendrillon », « Quelque chose en toi ne tourne pas rond », « Un autre monde », aucun doute n est plus permis, Téléphone est de retour ! Pour le plaisir des jeunes et des moins jeunes, tout le monde est debout, saute et chante, rappel tonitruant et, « Rien d'autre que toi » prolonge la magie ! Personne ne boude son plaisir, on ne se lasse pas !
La suite, avec Band of Gnawa est une fusion particulière, inattendue, enjouée de percussions orientales et de rock avec des danseurs en tenue folklorique, cet ensemble revisite à sa manière « Come together » des Beatles, « Who knows?' «  d 'Hendrix, « Sympathy for the Devil » des Stones, « Four Sticks » de Led Zeppelin. Une cacophonie puissante et jubilatoire à réserver aux amateurs du genre. Une soirée de folie où Orient et Occident se donnent la main.

© 2008 Evasion Mag