MARSEILLE – GYMNASE
MICHEL BOUJENAH… EN TOUTE LIBERTE
Voilà deux ans qu’il triomphe avec ce spectacle « Enfin libre » et qu’il continue de tourner car il est demandé partout !
Il se lâche, il rigole, il éructe, il crie, il invective quelques spectateurs et d’une pirouette évoque des sujets sensibles avec « détournement humoristique ». il parle de lui, des femmes à qui il fait une belle déclaration d’amour, de Sarko, des Juifs et des Romains, de Maxou Boutboul évidemment, Le voilà qu’il nous offre à sa manière le fameux poème de l’Abbé de Lattaignant « Le mot et la chose »… En fait il parle de lui par personne interposée, se cache derrière ses personnages et son humour car, qui le connaît un peu sait que Michel Boujenah est un tendre, un écorché vif qui rit souvent pour ne pas être ému et qui garde son accent « de là-bas » car pour lui – dit-il – prendre l’accent français pur est une véritable cascade… qu’il sait faire d’ailleurs !
A coup de « Taisez-vous » ou de « Foutez-moi la paix », il intime silence au public pour mieux l’aimer ensuite… « Des fois, je me fatigue moi-même ! » dit-il en riant… Car il a le don de faire rire et de se faire rire… ce qui est signe de bonne santé.
Il a des phrases qui touchent au but comme « On ne se bat plus pour quelque chose mais contre quelque chose », ou encore « La liberté n’est qu’un mot quand on n’a pas les moyens »…
De pirouettes en coups de gueule, Michel nous fait rire, nous attendrit, et on ne peut qu’aimer ce grand enfant légèrement coincé aux entournures de son costume car depuis l’été… la bouffe est passée par là !
Rencontre avec l’artiste.

« Michel, comment vis-tu cette vie de solitaire sur scène ?
Ca fait deux ans que je balade ce spectacle, c’est te dire que je l’aime… sinon, je l’aurais déjà arrêté !
Je suis d’autant plus heureux qu’il a du succès et qu’en deux ans, il a beaucoup évolué. Ceux qui l’ont vu à sa création et le revoient aujourd’hui disent que c’est un autre spectacle.
Je le fais sans cesse évoluer en toute liberté puisque c’est « mon œuvre », toute modeste qu’elle soit !
Quel est le pourcentage d’improvisation ?
Ca dépend d’un soir à l’autre, selon mon humeur, le public et de ce qui me passe par la tête à l’instant même, car je ne m’interdis rien.
Tout ça ne rallonge-t-il pas le spectacle ?
Bizarrement non, je ne dépasse jamais 1h40. A croire que j’ai une horloge biologique. Je le ressens et si je sens que j’improvise un peu trop longtemps, j’enlève quelque chose et je retombe sur mes pieds. Ca reste toujours dans le même esprit.
Je pense qu’en deux ans j’ai pris beaucoup de puissance mais ne me demande pas comment ni pourquoi. Ca ne s’explique pas.
Au fur et à mesure, j’invente, j’avance, il faut que ça reste un spectacle vivant et non figé. D’ailleurs mon prochain spectacle s’intitulera « Encore plus libre » !
C’est pour quand ?
Oh… ce n’est pas pour demain. D’abord parce que je continue celui-ci jusqu’au mois de mai, après quoi il faudra que je m’attelle sérieusement au festival de Ramatuelle, puis je suis en train d’écrire le scénario de mon prochain film… et je reprendrai ce spectacle au Gymnase de Paris à la rentrée…

Un nouveau film à l’horizon ? On peut en parler ?
Pas vraiment… Tout ce que je peux te dire c’est que le titre provisoire est « L’incroyable mariage », qu’il s’agit d’une histoire entre riches et pauvres et qu’elle se jouera sur deux tableaux car ce sera à la fois drôle et émouvant. Ce sera une vraie comédie populaire dans le style des films italiens que j’adore.
Sais-tu déjà qui y jouera ?
Non, pas du tout. Je n’ai pas terminé le scénario et je n’écris pas en pensant à un comédien précis. Par contre, j’aimerais m’y donner un rôle, mais il y a tellement de merveilleux comédiens que j’aimerais faire tourner !
Tu le tourneras quand ?
Là encore, mystère… Je n’ai pas fini d’écrire, je veux prendre mon temps. Les producteurs s’impatientent mais je tiens bon car je ne donnerai le scénario que lorsque je considèrerai qu’il est bon à tourner.
En réalisant toi-même, ne t’es-tu pas coupé des autres réalisateurs ?
Effectivement mais c’est un choix. J’ai choisi d’être ce que je suis et de faire ce que je veux. Mais tu sais, lorsque, déjà, tu es une bonne partie de l’année sur scène, tu te coupes fatalement du cinéma.
Par contre, ce n’est vraiment pas un problème puisque c’est volontairement choisi.
Et monter sur scène pour jouer avec d’autres comédiens, aimerais-tu le refaire ?
Oui bien sûr, car j’ai adoré jouer « Don Juan » avec Desarthe ou « L’argent des autres » avec Vaneck… Et je peux te confier qu’il y a un projet dans l’air mais, au regard de mon emploi du temps, on n’en parle pas encore.
Alors, concluons avec Ramatuelle… Te sens-tu aujourd’hui sur les rails ?
Oui, ça y est, je commence à prendre mes marques. J’ai l’impression que les gens m’ont définitivement adopté et qu’ils sont contents de ma programmation.
Tu sais, c’était un héritage lourd et compliqué et ce n’était pas du tout évident de passer après Jean-Claude Brialy…
Tu as beaucoup misé sur l’humour…
C’est ce qu’on me dit mais je n’ai pas du tout cette impression. Reprends mes programmations et tu verras qu’il n’y en a pas tant que ça. Le fait est que, depuis deux ans, Michel Drucker fait l’ouverture avec les humoristes. C’est peut-être ça qui marque les gens. Mais s’il y a Timsit, il y a aussi Shakespeare ou Maurane…
Mon mot d’ordre est : éclectisme… Et je tiendrai cette route ».
Propos recueillis par Jacques Brachet

Michel Boujenah « Enfin libre », vendredi 7 janvier au Théâtre Galli, Sanary. |