ADELE BLANC-SEC SUR GRAND ECRAN

En quelques volumes, Adèle Blanc-Sec est devenue une grande héroïne de BD grâce à Tardy.
Aujourd’hui, la voici qui bouge et qui parle grâce à Luc Besson qui signe là le scénario, les dialogues, la réalisation, la production et la distribution… Qui fait mieux en France ?
Quant à Adèle, elle prend les traits de la très belle Louise Bourgoin qui s’est glissée dans ce personnage du début du siècle dernier avec une apparente facilité.
Le film est là est qu’en dire tant on est quelque peu perplexe ?
On est habitué à ce que Besson nous offre des œuvres originales, hors des sentiers battus.
Or, avec ce film il navigue entre la BD et le film d’aventures, le film « historique » et les Effets spéciaux, Indiana Jones et les suffragettes, Charlot et Tim Burton !
Il nous désarçonne car, on se demande si ce film s’adresse à l’amateur de la série BD (retrouvera-t-il son personnage ?), au grand public ou au public plus jeune car l’histoire est assez puérile et iconoclaste et l’on reste un peu en questionnement à la sortie de la projection.
Restent les effets spéciaux qui sont magnifiques, les décors qui nous ramènent dans un Paris superbe du siècle dernier et Louise Bourgoin qui est magnifique, magique, lumineuse, énergique et a pris ce rôle à bras le corps et le défend avec un abattage incroyable. A noter aussi les seconds rôles tenus par de beaux comédiens comme Jean-Paul Rouve, Mathieu Amalric, Gilles Lellouches, tous méconnaissables avec leurs grimages très caricaturaux qui nous rappellent les héros des films muets. Bref, c’est un film à la fois sympathique, drôle, tonique… Un bon divertissement.
A la sortie, nous retrouvons, au Musée de Toulon, lieu idéal pour les recevoir, la souriante Louise Bourgoin et le toujours très bourru Luc Besson.
LUC BESSON
Luc, qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’adapter cette BD ?
Tout d’abord le personnage d’Adèle Blanc-Sec. C’est une jeune femme qui vit au début du XXème siècle, à une époque où la femme est encore très opprimée, est sous le joug de l’homme, ne vote pas, ne peut pas s’exprimer et tout à coup voilà Adèle, pétulante, pétillante, qui n’a pas la langue dans sa poche et parle à un ministre comme à sa concierge…
Tardy a crée une femme hors du commun pour cette époque.
J’avais aussi très envie de revisiter le Paris de cette époque, de faire revivre les petits métiers, de retrouver la façon de vivre, de marcher, de s’exprimer de cette vie d’alors.
Je me suis éclaté en visionnant les reportages, les images d’époque conservées à INA. Je les ai d’ailleurs montrées aux figurants pour qu’ils s’imprègnent de cette façon de vivre et de se mouvoir.
Ca a tant changé que ça ?
Regardaient comment les gens marchaient alors dans la rue, avec toujours cet aire de flâner, baguenauder, regardant le ciel, saluant les gens qu’ils croisaient. Les femmes trottinaient, les costumes y étaient pour beaucoup. Je crois qu’en 1910, il y avait une insouciance totale, on ne pensait pas à la guerre, il y avait un fourmillement inventif, il ne se passait pas une semaine sans que ne sorte une invention révolutionnaire….
Comment avez-vous fait pour reconstituer ce Paris d’alors ? En studio ?
Pas du tout ! Tous les extérieurs parisiens ont été tournées dans le Paris d’aujourd’hui. Par contre, il nous a fallu quatre mois pour effacer les antennes TV, les fils électriques, les panneaux et les feux tricolores ou encore les bittes de stationnement qui fleurissent partout. On a redessiné les anciennes cheminées, les pavés ont été faits en 3D ou avec de grands rouleaux. Ils sont arrivés dans sept containers ! On tournait les scènes au petit matin, on faisait arriver calèches, charriots, voitures par camions…. La seule chose reconstituée en studio est la salles des sarcophages du Louvre où se retrouvent les momies.
Et l’Egypte ?
On a tourné au Caire et Assouan en trichant un peu sur les lieux et en effaçant également toutes les choses modernes !
Avez-vous travaillé en parallèle avec Tardy ?
Non. Nous avons travaillé ensemble en amont, durant 5/6 mois. J’ai écrit le script en faisant en sorte de ne pas le trahir mais en gardant une certaine liberté pour le tournage.
Au début, il ne voulait rien entendre car il était fâché avec le cinéma, ayant eu de mauvaises expériences. Mais je ne l’ai pas quitté, j’ai trotté après lui et nous avons appris à nous connaître. J’ai peu à peu gagné sa confiance, nous avons beaucoup parlé car il est très maniaque, très méticuleux, très obsessionnel, très précis… Lorsqu’il a lu le scénario, je pensais qu’il allait me faire changer plein de choses. Or, il ne m’a fait aucune réflexion, il a pris du plaisir à le lire et m’a simplement donné le feu vert. J’étais très fier !
Est-il venu sur le tournage ?
Oui, parce que j’ai beaucoup insisté et lorsqu’il a vu Louise costumée dans le décor de sa chambre, il a été ébranlé par la justesse de la reconstitution et la manière très proche de la sienne de traiter sa BD.
Ca a du être un sacré travail ?
Quatre mois de travail pour les équipes costume, décors, accessoires ! Je dois dire que j’ai une équipe d’enfer… Ce sont de vrais tueurs qui étaient très excités par ce travail de reconstitution. Le chef costumier est allé jusqu’en Bretagne pour faire faire des dentelles comme on n’en fait plus à de très vieilles dentellières !
Et le fameux ptérodactyle ?
Il a été très difficile à dresser !!!
Là aussi, je voulais être au plus près de ce qu’on connaît du vrai car passer après « Jurassic Park », on a intérêt à ne pas se rater. J’ai fait six mois de recherche, sur lui, sur les battements d’ailes comme le héron, le condor, l’aigle…Le créer a été relativement facile mais je voulais lui donner une âme et, même laid et effrayant, qu’on s’y attache, qu’il ait presque des réactions humaines.
Parlons de Louise Bourgoin. Comment l’avez-vous choisie ?
Très vite et sans hésitation ! J’avais deux ou trois comédiennes en réserve au cas où certaines ne seraient pas libres ou n’auraient pas envie de faire le film. J’ai rencontré Louise en premier et j’ai su tout de suite que c’était elle que je voulais !Il y a eu également très vite une alchimie. Elle possède beaucoup d’énergie, de fraîcheur et une grande capacité d’émotion. Elle est très crédible dans ce rôle car elle a à la fois ce franc-parler et une gentillesse, une générosité qui transparaissent à l’écran.
Avez-vous écrit le scénario après l’avoir rencontrée ?
Non, je n’écris jamais pour un comédien précis, tout d’abord parce qu’on ne sait jamais s’il jouera le rôle et surtout parce que, si l’on écrit pour quelqu’un, on le fait en fonction de ce qu’on sait qu’il sait faire et c’est dangereux et sans surprise, on rate immanquablement quelque chose.
Et les autres comédiens, qui sont méconnaissables !
C’est ce que je voulais ! Je voulais des « gueules », des gens qui ressemblent à ceux de cette époque où l’on se soignait peu, avec des gros nez, de grandes oreilles, des dents gâtées… Je voulais des trognes et je crois que tout comédien est heureux de se grimer, de porter des prothèses…Ils renouent aussi avec le cinéma d’avant où tous les seconds rôles avaient leur importance et où on avait de magnifiques comédiens.
Y aura-t-il une suite à cette aventure ?
Ce n’ai pas du tout prévu. Je n’ai jamais fait de suite à mes films, je n’aime pas vraiment ça. Et puis, faut-il encore que le public aime ce film !
Mais le projet le plus proche aujourd’hui… c’est de prendre trois jours de congés… si j’y arrive !

LOUISE BOURGOIN
Louise, quel effet ça fait de se retrouver avec Luc Besson ?
C’est une chance incroyable ! C’est mon vrai premier grand rôle au cinéma aussi c’est très important pour moi, c’est une grande aventure et formidable pour l’apprentie actrice que je suis !
Aviez-vous peur de quelque chose ?
Je travaille beaucoup à l’instinct, aussi, je me demandais comment Luc allait me diriger. Et puis, ce personnage de BD avait une sacrée personnalité : elle est forte, courageuse, ambitieuse… allais-je pouvoir être cette femme ? Je ne voulais décevoir ni Luc ni Tardy qui l’a créée. Mais Luc avait une idée très précise et il m’a beaucoup aidée.
Quelle a été la plus grosse difficulté ?
Il me fallait d’abord apprendre à parler comme à cette époque et à marcher aussi d’une certaine façon, en trottinant toujours très vite, en allant toujours de l’avant, sans hésiter un seul instant, avec beaucoup d’énergie car c’est une femme qui fonce, qui est volontaire, qui sait ce qui veut. Mais le plus difficile, c’est de jouer avec des robes longues, un chapeau à plume et surtout un corset… quelle invention atroce !
Je me demande comment les femmes pouvaient vivre et respirer normalement, vingt quatre heures sur vingt quatre avec ce truc infernal et marcher avec des bottines ! D’un autre côté, d’être ainsi corsetée et « bottinée », cela me donnait déjà une certaine façon de se mouvoir, de marcher. Le pire, c’était de courir avec tout cet attirail ! C’était un rôle très physique.
Vous jouez aussi dans ce film, quelques petits rôles de composition lorsque vous vous déguisez et grimer pour faire évader le professeur !
Oui et ça c’est très excitant, très drôle à faire. Je me suis beaucoup amusée. Pour une comédienne c’est un régal !
Et jouer avec un ptérodactyle ?!!
J’avais en face de moi un piquet surmonté d’une balle de tennis… il me fallait beaucoup d’imagination pour lui donner la réplique ! J’étais aidée par Luc qui, pendant le tournage, poussait les cris de l’animal !!!
Et lorsque vous le chevauchez ?
C’était une espèce de cheval d’arçon sur lequel j’étais sanglée. Il était monté sur un moteur de marteau-piqueur articulé et je brinquebalais dans tous les sens comme dans un rodéo ! Je perdais mon chapeau, mes plumes et j’ai fait ça une journée entière. Lorsque j’ai terminé, il me semblait que j’avais passé une journée dans un lave-linge !
Pourtant… vous seriez prête à recommencer ?
Tout de suite !!!… Oh, s’il te plait, Luc… fais une suite !!!!

Propos recueillis par Jacques Brachet