MARSEILLE
BIRKIN AU GYMNASE : ELEGANCE, EMOTION, HUMOUR, GENEROSITE…

Lorsqu’elle arrive sur scène, déjà il se passe quelque chose.
Pantalon, gilet gris sur chemise blanche, cravate défaite, le cheveux court et hirsute, on dirait un petit poulbot monté sur caoutchouc tant elle marche en voletant.
Large sourire, yeux plissés, elle respire la gentillesse et la simplicité.
Et puis, accompagnée de trois cordes (guitare, contrebasse, violoncelle) et d’un piano, avec qui elle fait corps, elle va, durant presque deux heures, nous entraîner, avec cette toute petite voix qui est loin d’être celle d’une Fabian, nous emporter dans son monde à elle, fait d’amour et d’intimité. Un monde un peu magique où elle alterne les chansons de l’omniprésent Gainsbourg, entre autres celles écrites pour Régine, Françoise Hardy, Anna Karina, avec celles, plus récentes, de Souchon, Miossec, Tom Waitts car personne ne résiste au charme de Jane et tout le monde veut lui écrire des chansons.
La page Gainsbourg n’a jamais et ne sera jamais tournée mais elle a continué son chemin avec de beaux auteurs et compositeurs tout en précisant : « Serge avait fait de moi une femme extraordinaire… Mais je suis tout à fait ordinaire et j’ai voulu ce disque car il est peut-être plus ressemblant et tous ces artistes m’ont écrit de si jolies choses… »
Irrésistible Jane qui se bat pour Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix en 91 et emprisonnée en Birmanie (quel moment incroyablement bouleversant lorsqu’elle chante cette déchirante chanson), qui revient avec nostalgie sur les sixties et son adolescence : « Un jour on vous appelle « Madame », vous vous retournez et c’est de vous qu’il s’agit… on croit toujours être resté adolescent ». Elle ne peut éviter de chanter et de parler de Gainsbourg avec une infinie tendresse, qu’elle chante avec cet accent inimitable. Et là encore, avec humour, elle nous avoue : « Lorsque je suis arrivée à Paris, je parlais très mal le Français et Serge notait toutes les fautes que je faisais en me disant : « Ca, ce n’est pas Français ». et il en fit une chanson. Aujourd’hui je me suis corrigée, et j’ai fait des progrès… vous pouvez vous en rendre compte ! »

Joli moment lorsqu’elle va se balader dans la salle avec un parapluie fait de petites lumières nimbant son doux visage.
Entre le public et Jane, il se passe quelque chose de très fort, car elle est vraie, pétrie de générosité et de jolis sentiments et ses chansons, qu’elle dit et murmure plus qu’elle ne les chante, lui ressemblent : élégantes, émouvantes ou drôles. Ses chansons, c’est en fait l’histoire d’une vie et l’on peut se rendre compte que le charme agit, qu’elle emballe les gens par sa simplicité et qu’il y a un après Gainsbourg. Ce qui est important tant nombre de gens ont pensé que la mort de son Pygmalion entraînerait sa mort aussi.
Elle est là, bien vivante, radieuse, lumineuse… Et elle nous enchante.
Jacques Brachet
|