LIVRES & BIOS par Jacques Brachet
Pierre BERGE, le faiseur d'étoiles par Béatrice PEYRANI (Ed Pygmalion)
Pierre Bergé fut longtemps l'homme de l'ombre et nul doute que Béatrice Peyrani a choisi le bon éditeur pour raconter l'histoire de celui qui fut le Pygmalion de Bernard Buffet et Yves Saint-Laurent. Car, lorsqu'il les rencontre, l'un est un jeune peintre peu connu, l'autre un couturier qui n'a pas encore fait connaître son génie. Bergé est là, mêlant amour et affaires car il n'est alors que journaliste mais lorsqu'il tombe amoureux c'est d'un artiste en devenir dont il sent le talent et il mêlera donc les deux avec succès certes mais aussi ambiguïté car être Pygmalion et mécène de ses amours, ça complique un peu les choses.
Mais il est sûr qu'à travers ces deux hommes, il recherche aussi une certaine gloire, une reconnaissance et pas seulement de ses artistes. Et alors, il va toucher à tout pour conquérir le monde, il sera l'ami des plus grands dont Giono et Cocteau, homme d'affaires avisé, il montera avec un goût sûr, une collection d'œuvres d'art extraordinaire, s'occupera de peinture, de mode, de théâtre, d'opéra et deviendra ainsi un milliardaire connu du monde entier, tout en restant toujours à l'écart car le grand public ne le connaît que très peu.
Il vit dans un monde d'art et d'affaires, possède un caractère bien trempé et il faut cela pour en arriver là où il est.
On ne peut qu'admirer cette trajectoire extraordinaire, on peut admirer l'homme qui a fait de Buffet l'un des peintres les plus connus et de St Laurent un nom qui a fait le tour du monde. Mais tout au long du livre, si on ne peut que tirer son chapeau à l'homme d'affaires et à l'esthète, l'homme ne paraît pas si sympathique que ça, du moins, dans ce que nous dépeint Béatrice Peyrani et l'on finit par se demander s'il est si heureux que ça d'avoir réussi et, s'il est entouré de beaucoup "d'amis", ce n'est pas un être solitaire...
La chanson du "Blues du businessman" lui irait assez bien tant il a réussi dans ses affaires mais pas en tant qu'artiste comme il l'aurait voulu. S'il a réussi dans la vie, pense-t-il avoir réussi sa vie ? On peu se poser la question.
Michel GALABRU : Je ne sais pas dire non (Ed Michel Lafon)
En voici un qui est éminemment sympathique : notre bon Michel Galabru. Pour l'avoir rencontré souvent je peux dire que cet artiste est un bonhomme drôle, attachant, d'une grande simplicité et d'une gentillesse extrême.
Ses livres lui ressemblent, emplis de pertinence et d'humour, d'autodérision et lorsqu'on le lit, on entend aussi sa voix si reconnaissable, si tonitruante, si ensoleillée.
Il aura 90 ans dans quelques mois et quelle jeunesse d'esprit, quelle joie de vivre et quelle vie incroyable il a pu vivre qui, racontée par lui, prend encore plus de saveur.
Mais derrière ce personnage "hénaurme", cette volubilité, cette faconde, se cache aussi un homme sensible et lucide, qui n'est pas dupe de la carrière qu'il a menée, jouant souvent pour payer ses dettes et faire vivre sa famille à qui il a tout donné, même ses théâtres !
Grand comédien, il l'est sans conteste et reconnu de tous mais il est vrai - et il le dit lui-même - qu'il a dans son jardin, une belle floraison de navets ! Mais il a su montrer qu'il était à la hauteur d'un Raimu (Un Raimu qui n'as pas non plus joué que des chefs d'œuvre mais qui en a eu moins le temps). Ainsi raconte-t-il cette trajectoire chaotique, entre trois insuccès et un succès dont il restera quand même de belles choses. Peut-être plus au théâtre qu'au cinéma car il est avant tout un homme de théâtre issu, s'il vous plaît, de la Comédie Française !
Plein d'anecdotes, pleins de mini-portraits des grands qu'il a côtoyés, ce livre est truculent, c'est un bon moment de lecture à la découverte d'un homme tout simple... qui ne sait pas dire non !
Dick RIVERS : Mister D. Entretiens avec Sam Bernett (Ed Florent Massot)
Quel personnage étrange et particulier, que Dick Rivers !
Homme secret et discret, s'il se fait rare - et c'est un euphémisme ! - à la télé ou sur les ondes, il n'en continue pas moins son chemin d'artiste, de rocker vrai de vrai car en fait, du trio du départ Hallyday-Mitchell-Rivers, il est le seul à n'avoir pas fait de concessions aux modes et à être resté un rocker 100%. Ca ne lui a hélas pas toujours réussi tant les autres ont traversé les modes et lui est resté le troisième mousquetaire que l'on a traité de ringard ou de has been...
Mais jamais il n'a quitté la route du poor lonesome cow-boy qu'il avait choisie alors qu'il n'était encore que le tout jeune Niçois Hervé Forneri. Il avait cette musique en lui du jour où il a découvert Elvis Presley et n'a plus eu qu'une envie : être l'Elvis français.
Dans ce livre, il s'entretient avec l'animateur et journaliste Sam Bernett et c'est un échange de propos entre eux, une conversation de salon, qui nous fait enfin découvrir le vrai Dick, un être profondément gentil, humain, émouvant tant on le sent frustré d'avoir toujours été à la traîne des deux autres, de n'avoir pas été reconnu par le métier alors que son public, lui, est toujours là, fidèle. Mais s'il garde quand même une haute opinion de lui-même, on le sent tout de même blessé par cette non-reconnaissance. Et il est vrai qu'on peut aussi se demander pourquoi, car la voix est là, reconnaissable entre toutes, il a de belles chansons, son dernier album, intitulé également "Mister D" ( Warner) le prouve avec des chansons très rentre dedans comme "Reverse" où il fait le point sur ses 50 ans de métier, de belles mélodies dont il n'a pas à rougir.
Mais peut-être, dit-il, n'a-t-il pas eu les bonnes personnes pour communiquer, ce qui est le nerf de la guerre.
A ce propos, lorsqu'on voit la couverture du livre, qui est la même d'ailleurs sur le disque, il est vrai que ça n'incite pas à aller vers eux tant la photo est sombre et pas du tout attirante.
Dommage car Dick mérite d'être mieux connu. |