BEUR SUR LA VILLE
RIRES SUR TOULON

BOODER - Steve TRAN - Issa DOUMBIA
Un Beur, un jaune, un black.
Les Pieds Nickelés version banlieue ou "Police Academy" revue et corrigée par Djamel Ben Salah (Le ciel, les oiseaux...et ta mère, Il était une fois dans l'Oued, Neuilly sa mère...) qui, fidèle à Toulon, ville qu'il aime particulièrement, vient, à chaque sortie, (même lorsque le FN sévissait dans la ville) nous présenter son film.
Le voici avec "Beur sur la ville" qui ne sortira que le 12 octobre, accompagné de trois comparses : Booder, Julien Courbey et David Saracino.
C'est l'histoire de trois branquignols réunis dans un commissariat, non comme délinquants mais arrivés par hasard, dirons-nous, à devenir flics dans une banlieue pourrie du 99, département administratif pour les étrangers.
Ils sont sur une affaire sordide : des femmes assassinées, la tête tranchée et à partir de là, partant sur la piste du tueur, ça n'ira pas sans mal entre coups de théâtre, coups de gueules, coups de sang, gaffes et accrochages en tous genres avec une équipe de "vrais pros" et une commissaire (Sandrine Kiberlain) qui se demande où elle est tombée.
En cadeau, une pléiade d'apparitions aussi inattendues qu'incongrues : Roland Giraud, François-Xavier Demaison, Gérad Jugnot, Valérie Lemercier, Paul Belmondo, Eva Darlan, Jean-Claude Van Damme (oui, le vrai !), Marilou Berry, Frédéric Beigbeder, Josiane Balasko méconnaissable et remarquable en vieille clocharde irascible.
Au-delà de la farce et des situations drolatiques, comme toujours, le film de Djamel Ben Salah, évoquent à travers le rire, tous les grands problèmes de la banlieue, le racisme, la peur de l'autre, la différence, la fraternité, les idées préconçues...
Rencontre au bord de l'eau avec Djamel Ben Salah.

"Vos films sont de plus en plus rapprochés, Djamel ?
C'est vrai. Au départ, j'ai mis du temps à m'imposer, à imposer les choses que je voulais exprimer. Aujourd'hui, c'est devenu plus facile et si je pouvais tourner plus, je le ferais ! Mais lorsqu'on est à la fois scénariste, réalisateur et producteur, ça prend du temps. D'autant que j'ai mis longtemps à comprendre qu'il fallait déléguer. On ne fait pas un film seul. Petit à petit j'ai monté une équipe d'amis, une famille. Aujourd'hui je fais confiance et je délègue. Et c'est plus facile.
Quelle est donc la motivation de ce film ?
Je voulais sortir des sentiers battus, des poncifs, des lieux communs, des idées préconçues concernant la banlieue, de tous ces termes employés toujours de façon négative. Je parle de gens qui m'intéressent et qui sont intéressants, sur fond d'une vraie dramaturgie. Je pense qu'on peut rire de tout si l'on respecte les gens et qu'on peut ainsi faire passer des messages.
Aujourd'hui, la banlieue a-t-elle évolué ?
Ca a malheureusement empiré.
Mon premier film, je l'ai fait en 97. J'avais 21 ans, nous étions en pleine période black-blanc-beur, la gauche était au pouvoir, nous espérions des lendemains plus heureux. En 2002 tout s'est arrêté brutalement, tout a régressé et l'on est devenu ultra bleu-blanc-rouge et le chiffon de la délinquance s'est à nouveau agité.
Pourtant, à votre exemple, il est possible de s'en sortir ?
Je suis l'arbre qui cache la forêt car tous mes copains sont dans la merde. En dix ans, le rêve s'est transformé en cauchemar le plus total. Alors j'essaie de jeter des ponts avec mes films, tout en me demandant si ça sert vraiment à quelque chose.
Mais il faut toujours se battre pour ses idées. Je crois à la fraternité, il faut que la France se mélange et mon film exprime cela.
Vous forcez un peu la caricature, non ?
J'ai compilé tous les poncifs et je peux vous assurer que tout est malheureusement vrai. A un moment, évidemment, l'accumulation devient burlesque. Mais le film restitue une banlieue universelle oubliée.

Le casting est extraordinaire !
Mon idée de départ était de donner la vedette à des artistes débutants ou peu connus et de les mêler à des stars qui jouent les seconds rôles ! Tous ont joué le jeu en étant très proches des "petits nouveaux" et quant à ces derniers, donner la réplique à de tels comédiens, même si c'était impressionnant, ça ne pouvait que les booster. J'ai démarré avec Jamel Debouze, Lorant Deutsch, Julien Courbey... Je voulais retrouver cette fascination, ce plaisir.
Entre Balasko et Kiberlain, vous avez frappé fort !
Avec Sandrine, j'osais à peine lui proposer le rôle mais une fois lu, elle a voulu à tout prix le jouer, alors qu'il est tellement loin de ce qu'elle fait d'habitude. Il y a longtemps, m'a-t-elle avoué, qu'elle avait envie d'un tel rôle. Elle a une formation classique, elle vient d'une cité qui est loin de la mienne, elle était très loin de ce rôle et ça l'a beaucoup excitée.
Quant à Balasko, c'est une immense comédienne qui a accepté spontanément de se vieillir et de s'enlaidir. C'est un Stradivarius qui se moque de son image publique et de plus, humainement est magnifique.
Y a-t-il eu beaucoup d'improvisation ?
Très peu car la multitude de comédiens empêchait toute impro. Nous avons longtemps et beaucoup répété. Etant un fan de Francis Veber, je pense comme lui : pour que la comédie soit efficace, elle doit être la plus précise possible.
J'espère avoir été à la hauteur."
BOODER...
UNE VRAIE GUEULE D'ATMOSPHERE !
C'est indéniable, il a une gueule Booder. Tout comme Fernandel, Bourvil, Michel Simon.
Loin du jeune premier romantique, son visage est cependant expressif et il fait un peu penser à ce chien de dessin animé, Droopy. toujours triste, ce qui n'est pas son cas car il aime rire et en ce moment, il ne peut que rire d'avoir enfin, après des années où il a joué dans des one man shows, des pubs ou second couteau pas mal de films, le rôle vedette de cette comédie de Djamel Ben Salah "Beur sur la ville".
Il y joue un flic de banlieue aussi maladroit que finaud, fiancé à une jolie institutrice dont le père est son chef... et à qui, par quelques salades politiques, il piquera la place sans que ce soit de son fait

"Lorsque Djamel m'a proposé ce rôle, je n'en croyais pas mes oreilles. C'est vrai, nous sommes amis, mais un des rôles les plus importants du film et en gros plan sur l'affiche... C'est inespéré !
J'espère avoir mené à bien cette belle offre et cette superbe marque de confiance.
Sandrine Kiberlain et vous... drôle de couple !
Elle a été extraordinaire car ce n'était évident ni pour elle ni pour moi de nous donner la réplique. Ca a été un grand moment d'émotion... et de panique aussi car je n'ai pas dormi la veille du tournage ! Je me suis mis une pression pas possible, d'autant qu'aux côtés de Sandrine, il y avait aussi tous les autres grands dinosaures (et ce n'est pas péjoratif !) que sont Jugnot, Balasko...
Comment ça s'est passé avec eux ?
Le plus simplement du monde. Ils étaient à notre écoute, nous ont aidé au maximum et il nous ont fait comprendre que, petits ou grands, nous avions tous notre rôle à jouer dans le film. Quelle belle leçon de simplicité de d'humilité !
Avec eux j'ai beaucoup appris.
Vous êtes-vous reconnu dans cette approche de la banlieue ?
Tout à fait. Tout ce que Djamel raconte, c'est vrai. Bien sûr, tout n'arrive pas à la fois mais toutes les situations sont réelles et le rire vient du fait qu'il les accumule et qu'il associe trois personnes de couleurs différentes, aussi foldingues, naïves, inexpérimentées les unes que les autres. Mais il leur donne une belle humanité, ce qui est souvent le cas en banlieue, lorsqu'on veut bien regarder autre chose que son côté négatif. Le film est chargé de messages.

Lesquels ?
L'idée qu'on peut vivre en se mélangeant, que tout le monde a sa chance dans la vie, si l'on veut s'en sortir, y arriver. Le message aussi que les Français balaient un peu tous les préjugés qu'ils ont contre les Arabes, les Noirs, l'Islam... Ce sont des messages de paix et de fraternité dont nous avons bien besoin. Et quelle meilleurs manière que de faire passer ces messages par le rire ?
Alors, heureux d'avoir été de l'aventure ?
Très heureux et plus qu'heureux si ce film pouvait avoir du succès auprès du public car nous y avons tous mis tout notre cœur !"
Propos recueillis par Jacques Brachet |