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PHILIPPE BERLING…
LE NOMADE REVIENT AU PAYS

Comédien metteur en scène, directeur de compagnie, Philippe Berling sait depuis tout jeune que sa vie est le théâtre.
Il est Toulonnais, son père était anesthésiste de marine à l’Hôpital St Anne de Toulon, mais les aléas de la vie font qu’il naîtra à la Rochelle durant leurs vacances dans leur résidence de St Martin de Ré.
Ce sera pour Philippe né en 55, tout comme son frère cadet, Charles, né en 58, son 3 ème frère et ses trois sœurs, une étape entre toutes les villes et régions qu’ils traverseront, de Brest à Paris en passant par Tahiti…
Mais si Toulon est leur port d’attache, leur mère, professeur d’Anglais, a, elle aussi la bougeotte et, selon ses envies, ils iront de maison en maison, de Magaud à Valbertrand, du Cap Brun au Faron, de la Loubière à Carqueiranne…
C’est en tant que scout à l’église de la Loubière, que sa passion pour le théâtre naît. Il y créera « Les plaideurs », unique comédie de Racine, suivie de quelques autres. Au lycée Dumont d’Urville il fait partie du club de poésie et jouera Monsieur Brun « celui qui a l’accent de Lyon » dans « Marius », grâce à son prof de philo. Il continuera avec un étudiant, Jean-Claude Berrutti… qu’il retrouvera quelques années plus tard comme directeur de la Comédie de St Etienne !

Charles, pris lui aussi par la passion du spectacle, suivra ses traces. Ils monteront un Goldoni à Châteauvallon qu’il iront jouer… à Mannheim, feront du théâtre de rue.
« Mais déjà – me confie-t-il -, je suis beaucoup plus attiré par la mise en scène alors que Charles, plus extraverti, plus Histrion que moi, est déjà beaucoup plus comédien. L’avenir nous dira qu’il ne s’est pas trompé ! »
Mais voilà, deux comédiens dans la famille, ça n’est pas du goût de la maman pour qui ce n’est pas un métier..
« Du coup –poursuit-il – je vais me lancer dans les études : Math Sup’ puis études littéraires à Aix, pensant que ça me mènera à traduire les pièces classiques… Mais je reviens toujours au théâtre et, au bout de trois ans j’ose braver les interdits et je m’inscris à l’INSAS, école de théâtre à Bruxelles. Je resterai sept ans en Belgique et je crée ma compagnie « Le Théâtre Obligatoire » ! Je monte des spectacles tels que « Il est de la police » de Labiche, je joue un peu partout en Belgique et Charles m’y rejoint. J’aurai droit à un article dans « Le Monde » !. J’en suis encore très fier !
Au bout de sept ans je rentre enfin en France. Je me suis marié, j’ai des enfants et comme il faut gagner de l’argent, je deviens assistant. Durant six ans, je passerai par presque tous les théâtres nationaux : Chaillot, l’Odéon, la Comédie Française, l’Opéra… Je travaille avec Alain Françon, avec Jean-Pierre Vincent… J’ai vraiment appris mon métier à ce moment-là !
Je commencerai à faire de la programmation et de la mise en scène avec Jean-Marie Villégier, au théâtre National de Strasbourg. où je resterai trois ans. Puis je m’installerai pour trois ans au Théâtre du Peuple, dans les Vosges…
Avec tout ça, jamais à Toulon ?
Eh bien oui puisque, avant de partir pour la Belgique, mes deux premiers emplois ont été au Collège du Pont du Las où, j’avais alors 19 ans, j’ai monté un spectacle la Fontaine. Et puis j’ai travaillé à la Garde, au Théâtre du Rocher avec César Gattégno.
Retour aux sources donc, cette année, avec cet engagement au prochain théâtre toulonnais : le Théâtre Liberté !
Oui, depuis quelque temps, peu à peu avec Charles se dessinait l’envie de diriger un théâtre ensemble, dans la région, dont la programmation serait tournée vers la Méditerranée.

Pourquoi ?
Nous avons des racines méditerranéennes, ma mère a vécu au Maroc, nous avons de la famille Pied Noir… et nous avions envie de revenir !
J’ai toujours ma compagnie, je voyage beaucoup même si, depuis 20 ans, j’ai posé mes valises à Coulommiers. Mes sœurs sont toujours à Toulon et il est vrai que Toulon était dans notre optique.
Nous en avons parlé à Frédéric Mitterrand car nous envisagions le CDN de Montpellier. Mais Mitterrand avait déjà quelqu’un en vue. Par contre, notre projet méditerranéen lui a plu et il en a parlé à Hubert Falco qui, lui aussi, a très vite été intéressé par notre projet, d’autant plus qu’on était Toulonnais. Nous nous sommes bien entendus car il voulait re dynamiser l’agglomération par le biais de l’art et de la culture.
Il nous a donc proposé ce théâtre.
Est-ce que sa structure et sa vocation correspondaient à ce vous envisagiez ?
Pas pour tout car l’idée de départ était de créer un théâtre pour accueillir des spectacles et nous avions d’autres aspirations. Il manquait d’espaces, de bureaux, de loges ; le théâtre était prévu pour 8 personne, il y en aura 25… Il fallait caser tout ce monde. Donc tout a été repensé, certaines choses ont pu être modifiées et avec le temps et un peu de patience, nous arriverons à nos fins !
Il y aura en fait 3 salles : une de 705 places, deux de 150, dont une avec gradins, l’autre avec fauteuils, nous en utiliserons une pour les répétitions mais nous comptons aussi organiser des conférences, des projections…
Car vous ferez du cinéma aussi ?
Oui, en collaboration avec le Royal avec qui l’on s’est très vite bien entendu.
Ce qui n’a pas été le cas avec Châteauvallon !
(Sourires). Il y a eu des maladresses de faites de part et d’autre. M Tamet, directeur du Centre Culturel a d’abord craint pour ses subventions ! Mais notre but n’était pas de faire de l’ombre ni de défavoriser le centre. On y a joué avec mon frère, on l’a soutenu en son temps et il n’y a pas de raison pour que ça ne continue pas ! Il y a eu une campagne médiatique et un procès d’intention mais tout est rentré dans l’ordre et les crédits que nous pourrons avoir ne seront pas enlevés à ceux de Châteauvallon. Et nous collaborerons certainement ensemble !
De plus, notre label national accordé concerne aussi ce lieu qui, jusqu’ici, ne l’avait jamais obtenu. Ce qui apportera entre 30 et 50% d’argent de l’Etat.
Châteauvallon a une histoire et il faut que nous nous concertions et nous harmonisions.
Comme nous comptons travailler avec l’Opéra, le Conservatoire, les Comoni, Tandem…
Alors, ces projets ?
Divers et variés. Nous ferons bien sûr de la création, nous allons nous ouvrir aux compagnies de la région par rapport, bien sûr, à un critère de qualité artistique, nous travaillerons avec d’autres metteurs en scène tout en gardant pour optique la Méditerranée car nous voulons creuser cette identité. Nous aurons également une programmation musicale en englobant toutes les musiques, musiques savantes et populaires, chanson française, musique classique, musiques du monde. Nous aurons une fosse qui pourra accueillir 40 musiciens, nous pourrons donc faire du théâtre musical. Nous avons aussi très envie de développer l’audio-visuel, avoir une web TV afin de faire un lien avec les spectacles vivants. Nous allons aussi faire un gros travail de fond pour sensibiliser le public potentiel qui ne vient jamais au théâtre pensant, pour diverses raisons, que ce n’est pas pour lui.
Il y a beaucoup de travail avant l’ouverture…
Qui sera ?
Fin mai, début juin 2011 pour présenter une programmation qui démarrera en septembre 2011.
Donc, été studieux pour vous ?
Eh bien, si Charles est en vacances, moi je vais voir beaucoup de spectacles, de compagnies, je sillonne la région et… je cherche une maison pour m’y fixer…Une fois de plus !!! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Evelyne Arnaud

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