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DANIEL-SIDNEY BECHET. AUJOURD’HUI IL ASSUME SON NOM !

50 ans que le grand, l’immense musicien Sidney Bechet nous a quittés. Il nous reste sa musique et aujourd’hui, son fils Daniel-Sidney nous raconte sa vie et nous parle de son œuvre : « Sidney Bechet, mon père » (Ed Alphée).
Un livre-témoignage émouvant pour lequel son fils s’est beaucoup investi en remontant le temps et en allant chercher beaucoup de documents car il n’avait que cinq ans à sa disparition et c’est bien sûr un grand regret pour lui que de n’avoir pas pu faire un plus long chemin auprès de ce père omniprésent.

« Il y a longtemps que je voulais rendre hommage à mon père et j’avais déjà dit à Moustache, que j’ai beaucoup côtoyé et qui était un ami, de le faire. Car à chaque fois que je le rencontrais, il me racontait plein d’anecdotes sur lui. Il a disparu trop tôt et un jour, je suis parti moi-même à la recherche de mon père, sa vie d’homme et de musicien. Une vie magnifique, riche que j’ai appris à connaître peu à peu grâce à des musiciens, des amis, des témoins de cette époque…
Comment avez-vous vécu votre enfance ?
Assez mal, d’abord parce que, perdre un père à cinq ans, quel qu’il soit, est difficile et frustrant. Sans parler de ma mère qui ne me désirait pas et qui a plus été une copine qu’une mère. Elle m’a d’ailleurs mis très jeune dans une pension jésuite. Bien sûr, je n’ai pas été un martyr mais j’ai sérieusement manqué de tendresse.
Pour comble, avoir le « presque » même prénom n’a pas toujours dû être facile !
Vous pouvez le dire et je lui en veux beaucoup pour ça car c’est quelque peu handicapant.
Surtout lorsqu’on choisit la même voie !
C’est vrai aussi ! Je crois d’ailleurs que ma timidité maladive et ma discrétion viennent en grande partie de tout ça ! Ca n’a pas été évident de m’assumer. J’aimais la musique, j’ai très vite fait du piano puis j’ai découvert la batterie. J’ai eu la chance d’entrer dans la classe de Kenny Clarke qui avait une magnifique conception des percussions. C’était plus qu’une école !
Et la musique de votre père ?
J’y suis venu tardivement car pour moi c’était quelque chose de tabou et je n’osais pas y toucher. J’ai donc fait du blues, du rythm’n blues, du funk même… Je suis parti en Angleterre et j’ai eu la chance de travailler avec Peter Gabriel, homme d’un grand talent et d’une grande humilité. Lorsqu’on le côtoie, on comprend pourquoi sa musique a une âme.
Quelque part c’est un jazzman !
C’est lui qui vous a amené à la musique de votre père ?
Un peu je pense mais c’est surtout en rentrant de Londres : je suis tombé sur un groupe qui rendait hommage à mon père. J’ai payé avec un chèque et lorsqu’ils ont vu mon nom, ils ont eu envie de travailler avec moi. Ca a été le déclic.
Depuis, je me suis bien rattrapé !
Aujourd’hui plus de tabou ?
Non, je joue aussi bien ma propre musique que la sienne et j’en suis heureux et fier. C’est en quelque sorte une suite logique, la continuité, une régénérescence et ça me rapproche de lui. »

Et la preuve qu’il s’est libéré de ce poids c’est que, venant à la fête du livre de Toulon, il est arrivé avec un jour d’avance pour faire un bœuf avec son ami toulonnais Jean Dionisi, heureux de jouer avec « ce frère »… Et ils ont fait un malheur !

Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag