LES MUSIQUES A BAUDOT
CascaisJazz du 4 au 6 décembre 2009
En ce début décembre si doux à Cascais au Portugal, Duarte Mendonça, avait organisé une grande fête du jazz pour célébrer son amour pour cette musique qu’il a découverte à l’âge de 15 ans en 1946, et son parcours comme organisateur et diffuseur du jazz au Portugal.
Rappelons qu’il a organisé le premier festival de jazz au Portugal, qui 35 ans après reste le meilleur du pays.
Son histoire en jazz a commencé avec Luis Villas-Boas (1924-1999) auquel il était également rendu hommage durant ces trois jours. Luis Villas-Boas est le pionnier et le père du jazz au Portugal, il a œuvré pour cette musique pendant plus de cinq décades. Il a fondé le « Hot Clube de Portugal » à Lisbonne en mars 1950 après un difficile processus qui avait commencé en 1946 (ce club est donc contemporain du Caveau de la Huchette à Paris). Il organisa les premiers festivals à Lisbonne, fonda une école de jazz dans les années 70, créa la première discothèque de jazz au Portugal, intervint dans des programmes de télévision dès 1958, participa à la rencontre de la mythique fadiste Amalia Rodrigues avec Don Byas en 1968, collabora à différents programmes et à des magazines ; on peut dire qu’il a été de tous les événements jazz au Portugal. Et c‘est en 1982 qu’il fonda avec Duarte Mendonça le festival « Jazz Num Dia de Verao (Jazz d’un jour d’été), puis le festival international de Jazz de Lisboa (1985-1987), et le Festival de Jazz na Primavera (1988).
Le 4 décembre la soirée inaugurale se déroula en présence des autorités nationales et locales. Après l’allocution de Duarte Mendonça qui retraçait cette belle aventure du jazz au Portugal, plusieurs personnalités prirent également la parole en l’honneur de nos deux héros, cérémonie qui se termina en musique avec un Lee Konitz décontracté et en verve accompagné par un jeune trio : Florian Weber (p), Jeff Denson (b), Ziv Ravitz (dm) et un invité portugais, le guitariste André Fernandes, tirant le groupe vers le bop. À signaler que ce quintette joua sans amplification tant l’acoustique de la salle est bonne
Le lendemain nous eûmes droit à trois concerts : le premier avec un très bon groupe portugais « Zé Eduardo Unit » composé du leader à la contrebasse, de Jesus Santandreu (ts) et de Bruno Pedroso (dm) avec en invité le trompettiste Jack Walrath qui a joué avec nombre de grandes pointures dont Charles Mingus, et qui n’est pas sans évoquer Dizzy. Concert hard bop très enlevé.
Pour le deuxième on retrouvait la charmante et délicate chanteuse pianiste Dena De Rose dont la voix a pris du grain et de l’assurance, et qui venait là pour la troisième fois, accompagnée par un batteur de poids, le survolté Matt Wilson, qui sublime le groupe et Martin Wind très à l’écoute à la basse, dans un répertoire tout de tendresse et de douceur, mis en relief par les éclats fulgurants et en contraste du batteur.
Pour le troisième c’était l’excellente trompettiste canadienne Ingrid Jensen, elle aussi une habituée, avec Geoff Keezer (p), Matt Clohesy (b) et Jon Wikan (dm) pour un concert dense et inspiré. Ingrid joue dans une grande tessiture, avec une étonnante facilité dans l’aigu et redescendant sans heurts vers beaux graves. Elle joue assez dans l’esprit Woddy Shaw - Tom Harrell.
Dernier concert le 6, devant une salle comble, avec quelques légendes du jazz, qui ont d’ailleurs fait les beaux jours du festival dans les années passées : Phil Woods à l’alto, Cedar Walton au piano, Rufus Reid à la contrebasse, Jimmy Cobb à la batterie, et le « benjamin » Lew Soloff à la trompette. Quand on connaît le parcours de ces musiciens, leur importance dans l’histoire du jazz, les Grands avec lesquels ils ont joué, on ne peut s’empêcher d’être ému et impressionné, et on se dit qu’on a bien de la chance de les voir là ensemble, même si quelques héros sont un peu fatigués. La foule leur a fait un triomphe.
Dans le hall passaient des films noir et blanc qui nous faisaient revivre les festivals des années 70 ; dur de voir les musiciens du dernier concert avec 30 ans de moins. « Temus edax rerum » ou le temps détruit tout, ce temps qui refuse de suspendre son vol !
Une exposition des affiches des festivals passés permettait de relire la liste de tous les musiciens qui étaient venus jouer à Cascais-Estoril, un grand nombre des musiciens qui ont fait l’histoire de cette musique, qui font ce qu’elle est.
Le jazz a eu de la chance d’inspirer trois hommes sans lesquels il ne se serait pas développer aussi vite dans ce pays : Luis Villas-Boa, Duarte Mendonça et José Duarte : universitaire, historien, collectionneur et homme de radio, et qui avait quelques jours auparavant organisé une table ronde sur le jazz à l’Institut Français de Lisbonne.
TSF JAZZ présente
Mais qui a tordu la trompette de DIZZY et autres histoires de jazz
(Nova éditions)
Bruno Costemalle ancien rédacteur en chef de Nova Magazine et rédacteur en chef de l’émission La Boîte à Musique de François Zygel sur France 2 qui s’était déjà distingué avec « Mais où est passé le crâne de Mozart ? » (Panama/RadioClassique, 2007) nous a concocté ces histoires de jazz. Ce livre est publié à l’occasion des 10 ans de la radio TSFJazz.
Si vous voulez savoir pourquoi on appelle New York la Big Apple, pourquoi Dizzy jouait d’une trompette à pavillon déplacé vers le haut, comment Romano, le fils de Benito Mussolini, est devenu pianiste de jazz, qui a accompagné Ella Fitzgerald et Chet Baker, comment le magnifique thème « Summertime », berceuse de l’opéra Porgy and Bess de Gershwin, a été décliné en 10 000 versions, quel a été le premier enregistrement de jazz, qu’est-ce que le kobaiën, pourquoi Charlie Parker est surnommé Bird, et tant d’autres surnoms pour moult musiciens célèbres, comment Ella swingua avec les cigales à Juan les Pins, et une foule d’autres questions qu’on peut se poser.
Un petit livre à déguster de temps en temps, et qui peut être utile pour des réponses à des questions saugrenues, réponses qu’on ne trouvera sûrement pas ailleurs. Le livre se termine sur deux tests de culture jazz, pas très difficiles, pour jouer entre amis.
Serge Baudot
|