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MARC BESSE… SUR LA ROUTE AVEC BASHUNG

Comme beaucoup d’artistes, Alain Bashung est entré dans la légende de la chanson française en disparaissant.
Disparu avec les honneurs puisque, à l’article de sa mort, il s’est fait couronné par les Victoires de la Musique… Un peu tard peut-être pour être reconnu par ses pairs alors qu’ils savaient sa disparition imminente. Mais il a joué le jeu, ne serait-ce que pour montrer qu’il était encore vivant. Et cette dernière prestation était d’autant plus émouvante.
Le voilà qui revit grâce à Marc Besse, journaliste, spécialiste musical, chef de projet au fameux journal « Les Inrockuptibles » et nous ayant déjà donné des bios d’artistes « hors format » : Bjork, Indochine, Noir Désir.
Aujourd’hui donc, c’est « Bashung(s), une vie » (Ed Albin Michel)
Une vie terriblement rock’n rolle car l’artiste ne s’est pas ménagé et sa disparition est peut-ête la conséquence de cette vie qui est tout, sauf ordinaire
Marc Besse s’est très tôt intéressé à lui et nous offre un magnifique portrait tout en finesse et surtout en connaissances car rien ne lui a échappé et il a vraiment « ratissé large » pour avoir de ses amis, de ses relations, de gens qu’il a pu étroitement approcher, des témoignages au plus près du personnage.

« Pourquoi ce « s » au bout de Bashung, Marc ?
Tout simplement parce que Bashung a une personnalité tellement plurielle… qu’il en devient singulier ! Et ça en fait un artiste rare.
Même s’il a toujours suivi une certaine ligne, une certaine optique connue de lui seul, il y a plusieurs périodes dans sa vie.
Cette pluralité chez lui est une sorte de puzzle qui a pris forme assez tard puisqu’il avait 35 ans lorsqu’il a été consacré avec « Gaby ». Jusque là, il butait dans le métier comme une mouche sur une vitre.
Il a fallu qu’il passe du rock à la variété, qu’il dépasse l’image du « Tom Jones français » qu’on lui avait collée, il a fallu trois décennies pour naître à lui-même.
Il a dû passer par tous les stades, de réalisateur musical, d’ingénieur du son, de directeur artistique… C’est un caméléon.
Comment est né ton intérêt pour Bashung ?
Je dois d’abord préciser que je n’ai pas écrit ce livre parce que Bashung avait disparu. J’y travaillais dessus, avec sa complicité, depuis quelques années.
Mon intérêt s’est réveillé quand je suis tombé amoureux de sa musique, de sa manière de l’aborder, d’être à un carrefour de tous les genres musicaux sans céder à la facilité.
Par contre, je récuse le mot « fan » car c’est une attitude que je n’ai jamais eue, cette espèce de mystification de l’artiste… Je n’aimais pas tout de lui béatement mais en tant que journaliste, j’avais très envie de le rencontrer. Ca a mis 12 ans.
Comment s’est passée cette première rencontre ?
Mal ! C’était en 89. Il m’a carrément envoyé ch…r. en me disant : « Tu veux qu’on se voit ? Pour quoi faire ? L’amour ? »… Puis, il a finalement accepté une rencontre. Il m’a quand même invité au restaurant après le concert… et il est resté deux heures en face de moi, sans dire un mot ! Je pense qu’il voulait me tester mais on en est resté là.
J’ai continué à le suivre et à chaque chemin qu’il prenait, c’était comme une carte postale qu’il m’envoyait.
12 ans après, il a enfin daigné me parler et je l’ai écouté raconter comme j’aurais écouté mon grand père. J’ai donc commencé ma bio en 2002, avec son assentiment et à partir de là, il m’a fait jouer au Petit Poucet : « Cherche les cailloux que je sème. Quand tu en trouves un, on en parle ! ». Il n’a fait que me mettre sur des pistes sans jamais me donner la becquée !
Il a dû y avoir des moments forts ?
Oui car, juste avant que nous nous rencontrions, j’ai été autorisé, pour « Les Inrockuptibles », à suivre l’enregistrement en studio de l’album « L’imprudence ». Je l’ai alors vu construire sa musique. C’était une ouverture qu’il avait certainement préméditée avant qu’on ne se voit. On m’a même proposé de créer son site Internet et j’ai dû interviewer quelque 50 personnes qui l’entouraient de près. Je peux te dire que lorsque je me suis retrouvé face à lui, je connaissais « mon Bashung » par cœur !
Après cela, il m’a accordé huit heures d’entretien, sa confiance et son amitié. »

Entretiens, amitié qui ne cesseront qu’à la mort de ce bel artiste très « rock’n roll ». Et comme Marc le suit jusqu’à la fin, les dernières pages sont on ne peut plus émouvantes et l’on se dit que, même si l’on n’était pas un fan du chanteur, l’homme valait le coup qu’on le rencontre, qu’on le connaisse mieux, lui qui n’aimait pas s’exprimer ni raconter son passé.
Marc Besse réalise là un parcours magnifique en parallèle avec cet artiste qu’il admirait, cet homme qu’il a aimé.
Une belle histoire… Une vie, tout simplement.

Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag