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CHIMENE BADI A SANARY :
« Le jour où je penserai que tout est acquis... je ferai ma valise ! »

Il n’y a pas 24 heures qu’elle est arrivée de Montréal, que Chimène Badi est à Sanary pour un concert au Théâtre Galli.
On sait qu’aujourd’hui les « nouvelles stars » n’ouvrent pas beaucoup les portes aux « journalistes de province », ayant toujours une bonne raison pour se débiner. Eh bien, Mlle Badi, malgré la fatigue du voyage et du décalage horaire, me reçoit avec une extrême gentillesse, une grande simplicité qui n’a d’égale que son talent.
Chemisier blanc, cheveux relevés, elle me fait très courtoisement asseoir auprès d’elle et nous voilà conversant dans la plus simple décontraction.

« Chimène, vous étiez à Montréal pour des concerts ?
Non, pas encore mais justement pour préparer le terrain ! Mon album est sorti là-bas en octobre et j’y avais déjà fait un petit tour. J’y suis donc retournée, plus en terme d’aventure, pour un suivi relationnel car il est important que ce public me voit, me connaisse mieux. J’y ai découvert une belle énergie et un public qui a l’air réactif. Mais bon, ça reste quand même un public assez restreint, un petit marché, même si j’ai très envie de fouler leurs planches et de mon côté, j’essaie de créer l’envie !
Je dois vous faire un aveu, Chimène : je vous suis depuis vos débuts et si j’adore votre voix, je trouvais que sur scène, jusqu’alors, vous donniez un image de « combattante », de rage, le sourcil froncé, le sourire rare… On aurait dit que votre vie en dépendait. Depuis quelques temps, on a l’impression que le sourire arrive plus facilement, qu’une certaine sérénité s’installe chez vous…
C’est, je crois, une question de maturité. Tout a démarré très vite, tout est allé très vite et je pense que lorsque ça vous tombe d’un coup dessus, c’est difficile à gérer, ça vous dépasse un peu, ça vous affole aussi. Je devais, suite à cette médiatisation, faire mes preuves. Et c’est vrai que j’ai un tempérament rageur. Je l’ai toujours mais je commence à digérer tout ça et à vivre ce qui m’arrive avec plus de sérénité. J’assume beaucoup plus ce que je suis, ce que je veux dire et je le fais passer différemment je pense.
Aujourd’hui, est-ce plus facile ?
Je ne crois pas, au contraire car il faut perdurer, il faut se renouveler mais avec l’âge, le temps, arrivent la maturité et cette sérénité que vous voyez en moi, ce qui me rassure ! Vous savez, dans ce métier, rien n’est jamais acquis. D’ailleurs, le jour où je penserai que tout est acquis, je ferai ma valise et je partirai, je ferai autre chose. Avec le temps, il y a plus d’assurance mais toujours des doutes sur soi et une envie de toujours se dépasser..
La question est toujours là : est-ce que j’aurai toujours cette énergie pour aller plus loin ?
Le public vous donne cette énergie ?
Bien évidemment et j’ai besoin de lui car j’ai du mal à me livrer et il faut qu’il m’aide. C’est un peu comme une drogue. Par exemple, ce soir je suis fatiguée et j’ai donc besoin de l’énergie du public pour gagner, pour lui plaire, pour aller au-delà de ma fatigue. Alors bien sûr, tous les galas ne sont pas parfaits, je ne suis pas tous les soirs au top, quelquefois le public est déroutant mais je veux pouvoir sortir de scène sans regrets. Il y a quelquefois des déceptions et ça reste toujours plus ou moins enfoui en moi. Ca ne m’empêche pas de continuer.

Vous qui êtes du Sud et le chantez, avez-vous dans le Sud un public plus fort ?
Je ne dirai pas ça car ce n’est pas forcément le public le plus chaleureux, le plus bruyant qui est le plus à l’écoute. Il y a quelquefois des publics plus « froids » mais qui ont une grande qualité d’écoute. Selon les lieux, les soirs, le public me témoigne son intérêt différemment . c’est une question d’ambiance. Mais j’avoue être assez mauvais juge et c’est pour cela que j’ai aussi besoin de l’avis de mon entourage.
Pour rester dans le Sud, restons avec un Toulonnais : Michel Sardou. Que représente-t-il pour vous ?
C’est d’abord une grande voix, l’une des plus belles qu’on ait en France et c’est aussi une grande personnalité. Il a un sacré caractère, un tempérament qui se rapproche du mien, une grande gueule et il emmerde tout le monde en disant toujours ce qu’il pense. S’il aime, il le dit. S’il n’aime pas, il le dit et ça, ça me plaît beaucoup ! Et surtout je lui suis très reconnaissante de l’intérêt qu’il a pour moi. Me faire chanter avec lui, m’offrir un duo, il l’a fait uniquement parce qu’il en avait envie et parce que je l’intéressais et non pour des raisons commerciales, il n’a pas besoin de ça avec la carrière qu’il a. Et je l’en remercie. Entrer en studio avec lui c’est un moment formidable, on en prend plein la tête, c’est un exemple exceptionnel. Je le considère comme mon parrain, tout comme Johnny qui a fait pareil avec moi et qui n’a pas plus besoin de moi pour sa carrière… Ce sont des êtres exceptionnels, généreux. Des êtres qui comptent beaucoup pour moi.
Restons toujours dans le Sud… Votre Sud à vous... D’où venez-vous ?
Je suis née à Melun d’un père Constantinois et d’une mère kabyle. A trois ans nous sommes venus nous installer dans le Sud-Ouest, à Villeneuve sur Lot, près d’Agen et à 19 ans j’ai fait mes valises et je suis « montée » à Paris pour chanter … Mes racines ? Je n’ai jamais eu de vrais soucis avec. Je me sens Française, d’origine algérienne, je suis née dans un pays civilisé et je n’ai jamais eu aucun doute par rapport à ça. Je n’ai jamais eu un sentiment de racisme autour de moi et je l’ai toujours bien vécu…
Parlons un peu de Rick Allisson avec qui vous avez travaillé et qui a travaillé avec Lara Fabian. Ayant déjà beaucoup de similitudes, n’avez-vous pas eu un peu peur qu’il veuille faire de vous une Fabian bis ?
Non jamais et si ç’avait été le cas, je me serais enfuie : d’abord mon producteur ne l’aurait pas entendu de cette oreille quant à moi, je suis et je veux rester Chimène et n’aurais jamais accepté d’être le clone de Lara Fabian ! Je le dis avec d’autant plus de force que c’est une amie, que nous avons chanté ensemble et que nous avons chacune notre parcours. Et je suis très heureuse du tracé qu’a pris le mien depuis six ans.
Vous êtes issue de ce qu’on appelle « la télé-réalité »…
Et je ne le renie pas ! D’ailleurs, avant de faire « Popstars » j’avais envoyé une vidéo à la « Star Academy » sans succès. Ca s’est arrêté là d’ailleurs, malgré des bruits qui ont couru que j’avais fait un grand nombre de télé-réalités !
Pourquoi « Popstars » alors que vous êtes une fille indépendante ?
Vous avez raison et je vous avoue que jamais je ne serais entrée dans un groupe !
Alors pourquoi l’avoir fait ?
Peut-être que vous trouverez cela prétentieux mais je m’étais dit que, soit je serais virée car je n’entrais vraiment pas dans le moule, soit on me proposerait quelque chose. Et c’est ce qui s’est passé. C’était l’occasion de mettre un pied dans ce métier qui est très fermé, de me faire voir et entendre. Et je ne le regrette pas puisque tout est parti de là ! »
Elle rit, décontractée et la porte s’ouvre alors sur un garçon qui lui apporte des petits fours et des fruits…
« Vous voulez que je grossisse, vous ! » lui-dit-elle en riant et en le remerciant.

« Le poids, c’est encore un problème pour vous, Chimène ?
Plus vraiment, non. Je ne me prive pas de grand chose et même si, évidemment, je fais un peu attention, je ne me prive de rien et je ne fais plus de régime. Je n’ai plus cette inquiétude de l’image que je peux renvoyer, je préfère être « en forme », en bonne santé, avoir la pêche plutôt que de monter sur scène avec la faim au ventre. J’ai aujourd’hui beaucoup de recul avec ça et c’est un choix de vie.
Aujourd’hui vous pouvez chanter une chanson comme « le miroir »…
Oui où comme « Ma gueule » de Johnny. J’en ai tellement pris dans la gueule à propos de mon physique qui n’était pas « dans les normes », qu’aujourd’hui je suis blindée. Aujourd’hui le miroir me renvoie l’image d’une fille qui est ce qu’elle est…Je suis comme je suis et je préfère qu’on m’apprécie pour ma voix que pour mon physique…
A propos d’image, puis-je vous dire que la photo de votre dernier album ne vous ressemble pas du tout ?
(Elle rit) Et je suis tout à fait d’accord avec vous. Là aussi, avec le recul, je me dis que ce n’était pas très réussi. Mais bon, j’étais entouré de professionnels, de mon chef de projets, de mon producteur qui ont voulu me donner un côté glamour, un univers plus pêchu et je me suis laissée faire mais comme je n’ai pas la science infuse – et eux nom plus ! – eh bien, je peux vous avouer aujourd’hui que cette image sophistiquée ne me correspond pas du tout. Mais il faut tenter les choses pour en avoir le cœur net. D’ailleurs, on va changer la photo et mettre celle de l’affiche… Ce sera plus moi et ainsi vous me retrouverez… rassurez-vous !!! »

On est rassuré par ce beau sourire qu’elle nous renvoie en se disant au-revoir… avec la bise en prime !

Et le soir bien sûr, elle donnera son concert dans ce beau Théâtre Galli archi-plein est il est étonnant et réconfortant de voir que la salle est très composite : il y a bien sûr ses petites fans pré-pubère qui ne cessent de crier « Chimène, on t’aime » car ça, c’est incontournable. Mais il y a des familles entières avec enfants et des personnes âgées. Son public est donc très large et ça, c’est signe de longévité car Chimène n’est pas qu’une chanteuse pour jeunes uniquement. Son talent et sa voix le prouvent car dans ce concert à la fois intimiste et plein de pêche, elle chante des chansons universelles, de la belle chanson française qui traversera les décennies. Elle n’est pas qu’une chanteuse à tubes et sa voix, qu’aujourd’hui elle ne pousse plus à l’extrême même si elle sait l’envoyer avec force lorsqu’il le faut, est une voix de toutes les époques. On en a peu comme elle en France… Michèle Torr et elle sont des voix magiques et rares.
Ses succès sont là, remaniés plus soft, plus jazzy, sa voix module, caresse, les orchestrations sont belles, accompagnées de cinq superbes musiciens et malgré sa fatigue, Chimène nous offre un panel de ses propres chansons dont l’incontournable « Je viens du Sud », « Ma gueule » de Johnny, qu’elle envoie avec la même puissance que notre rocker, puis elle passe à Piaf avec, en duo avec son guitariste, une jolie version de « A quoi ça sert l’amour » et nous offre en finale un « Alléluia » des plus émouvant.
« Tellement beau », pour reprendre l’une de ses plus belles chansons…
Elle nous a charmés, Chimène, elle nous a emballés dans son monde, dans son univers et l’on y était vraiment bien… Chimène… on t’aime !

Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag