FESTIVAL AVIGNON 2009 : LES PERFORMANCES A L’HONNEUR
par Annie RAVIER
C'EST QUOI LE FESTIVAL ?

Le"In"
Depuis 2004, Hortense Archambault et Vincent Baudriller (Photos)ont pour principal objectif de suivre au plus près la création contemporaine et plus particulièrement celle qui ne sert pas l'écriture purement narrative.
Depuis cinq ans, la vidéo, la danse, les performances et les spectacles au croisement de ces différentes disciplines, sont mis à l'honneur.
Pour le 63 ième festival, il est à noter que deux stars ont participé : Jeanne Moreau (spectacle d'Amos Gitaï ) et Emmanuelle Devos (spectacle de Christophe Honoré).
La quarantaine de spectacles proposés (sans affiche publicitaire et sans parade !) présente créativité et ingéniosité autour du thème majeur: Le 20 ième siècle et la/les guerre(s).
Le "Off"
Cette année le "Off" présente 980 spectacles pour 825 compagnies. Le bar du "Off" et les scènes ouvertes se sont déplacés au même endroit, à l'espace Jeanne Laurent. Un festival 2009 qui rend hommage au dramaturge Bernard Koltès, disparu il y a tout juste 20 ans. Si les affiches placardées dans tous les recoins de la ville s'amoncellent dès le début du festival "Off", bien souvent elles servent au folklore et à la déco. Comment s'y retrouver dans cette jungle?
Tout le monde sait qu'il est difficile de trouver chaussure à son pied! Un festivalier averti en vaut deux: Bien choisir sa pièce dans le "Off" relève de quelques connaissances et astuces, indépendamment de mes commentaires sur les pièces que j'ai pu voir! Vous pouvez dans un premier temps voir la programmation des théâtres permanents en Avignon, qui jouent en juillet leurs créations maison et sélectionnent eux-mêmes des compagnies venues de toute la France. Pour n'en citer que quelques-uns, le théâtre des Halles, le Chêne Noir, les Doms, les Carmes, Le Balcon, le chien qui fume, le petit chien, etc.…vous offriront un choix de pièces qui méritent le détour. N'oubliez pas, bien sûr, de tenir compte de l'auteur et du choix du sujet. Entre classique, contemporain, one man show, auteurs en vogue ou jeune public, cirque, musique ou magie, vous trouverez certainement votre bonheur.
Ces deux festivals nés à quelques décennies d'intervalles cohabitent toujours, s'ignorent parfois et se jalousent souvent. Pourtant, qu'ils soient "In" ou "Off", tous deux donnent à voir le plus beau des cadeaux: celui d'une naissance artistique.
Au final, écoutez votre feeling, laissez traîner vos oreilles à la sortie des théâtres et en terrasses. Prenez des risques, lisez la presse locale pour le "Off"…
Sachez aussi que le fondateur du festival "Off" et auteur de théâtre: André Benedetto, est mort trois jours après avoir joué la dernière création de sa troupe: "Lettres anonymes d'aujourd'hui", dans son théâtre des Carmes.
Un hommage lui a été rendu le 17 juillet en Avignon.
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DELIRE A DEUX d'Eugène Ionesco - Théâtre: le chien qui fume
Metteur en scène: Christophe Lidon - Interprètes: Danièle Lebrun, Bernard Malaka
2009: centième anniversaire de la naissance d'Eugène Ionesco.
Son théâtre n'a pas pris une ride. Maître dans l'art de gérer les paradoxes et l'absurde, l'auteur dans cette tragi-comédie alterne non sans humour, le dérisoire d'un drame individuel avec la tragédie du monde extérieur.
D'un côté, l'incommunicabilité dans le couple: chacun enfermé dans "sa boîte mentale", mené sans cesse par le désir de toujours vouloir avoir raison, de ne pas en démordre, quitte à utiliser des arguments insensés, hors de la logique: Querelle stupide de comparaison entre la tortue et le limaçon!
Danièle Lebrun interprète avec finesse (apparente simplicité) le discours de "Madame tout le Monde": considérations "sur la concierge" entre confiance et méfiance, philosophie à trois sous: "Je suis heureuse car les Huntel ont des problèmes!", désillusions par rapport à l'amant qui est devenu un 2 ième mari et qui semblable au 1 er ne fait plus rêver!! Lui, Bernard Malaka, lui donne la réplique sur le mode: "Je regarde le monde, moi…" Cependant, en dehors de leur espace étroit réduit à une chambre étouffante, la violence d'une révolution ou d'une guerre fait rage.
IL AURAIT SUFFI…D'après la pièce de Pauline Sales
Théâtre du Petit Louvre
Mise en scène: Jacques Kraemer - Comédiens: Roxane Kasperski et Simon-Pierre Ramon
C'est un spectacle sobre dans sa mise en scène, volontairement pédagogique et militant pour une juste cause: la dénonciation des tournantes, la sensibilisation à la lutte pour que cela cesse.
Le point de départ est la pièce de Pauline Sales: "Il aurait suffi que tu sois mon frère".
Scène brève: dans le parloir d'une prison, la visite d'une collégienne à son camarade de classe, organisateur des viols en réunion dont elle a été victime.
Prolongation du thème avec un témoignage de Samira Bellil. Cette jeune femme morte en 2004, a été cofondatrice du mouvement "Ni putes, ni soumises".
Dans son livre "Dans l'enfer des tournantes", elle a fait le récit de sa vie.
Sur scène, les deux comédiens excellent à transmettre la violence des situations. La voix masculine fait frémir, les témoignages de femmes de divers milieux et générations ne sont pas exempts de problématiques. Les questions insidieuses, par exemple des journalistes menant l'enquête (éventuel consentement de la victime? Prise de plaisir?) sont plus que dérangeantes.
On est bien au delà du problème des banlieues. Cela nous concerne tous. Les exigences artistiques n'excluent pas la réflexion sociologique et politique.
JE VEUX QU'ON ME PARLE de Louis Calaferte - Théâtre des Halles
Interprète: Yaël Elhadad, Nicolas Geny, Roland Pichaud
A partir d'un montage des textes de Louis Calaferte: - "Droit de cité", "Requiem des innocents", "Septentrion", " L'homme vivant", "Carnets", "Black out", "Clap", "Un riche, trois pauvres", "Pièces intimistes", "Poèmes" …, Alain Timar nous entraîne dans un très beau voyage.
Dérision, humour noir caractérisant les personnages. Rire chaleureusement désespéré de Calaferte. Extrême lucidité de l'auteur, lui qui disait: "Je frémis à me représenter que j'aurais pu me laisser prendre à la tentation de paraître.".
Tout en se moquant de la réalité dans un comique tragique quelquefois cynique, il éprouve une vraie tendresse pour l'humain.
Les comédiens, excellents, changent de rôles et de costumes au milieu d'une piste de cirque, dans une cohérence, une complicité et un plaisir non dissimulé. La jubilation ne fait qu'exacerber l'émotion. A chaque instant le comique pourrait se transformer en tragique.
Rires et réflexion sur la condition humaine garantis! Rythme trépidant. Si Calaferte a pu écrire: "Jamais n'ai su m'installer dans la vie - Toujours assis de guingois - Comme sur le bras d'un fauteuil - Prêt à me lever, à partir…"
Je peux vous assurer que vous en tant que spectateur vous ne vous lèverez que pour une standing-ovation largement méritée pour ce spectacle drolatique et cruel, hilarant et tragique.
JUSTE LA FIN DU MONDE de Jean Luc Lagarce - Théâtre Notre-Dame
Mise en scène Yves Penay (Théâtre d'Ulysse)
Comédiens: Cécile Fleury, Michèle Loriot, Chirhane Saïah, Axel Bry, Yves Penay
Connaissez-vous Jean-luc Lagarce?
Quand Jean-luc Lagarce est mort (du sida, le 30/09/95), c'était un metteur en scène connu mais un auteur encore méconnu. Sa notoriété n'a cessé de croître depuis sa disparition et aujourd'hui il est considéré comme un auteur classique contemporain à l'instar d'un Bernard-Marie Koltès (mort du sida peu avant Lagarce) dont la notoriété a été plus précoce grâce à l'aura de Patrice Chéreau qui montait ses pièces. Lagarce, lui, montait les siennes.
2007 fut consacrée année Lagarce et "juste la fin du monde" est entrée au répertoire de la Comédie française.
Le fils retourne dans sa famille pour l'informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l'on se dit l'amour que l'on se porte à travers les griefs et les rancœurs qui ressortent. De cette visite qu'il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.
Indépendamment du fait personnel que j'apprécie beaucoup l'écriture de Lagarce, la représentation qui en a été donnée, a été axée sur deux voies: celle du spirituel et celle de la simplicité.
La mise en scène est d'une grande sobriété. Seuls quelques éléments de la vie courante: des chaises un lit, des jouets de l'enfance, des fleurs…nous rappellent le monde de l'usuel.
Le jeu des comédiens ne m'en apparaît que plus intense et dramatique. Le départ du fils aîné, sa non participation au mariage de son frère, de simples cartes postales comme lien avec sa famille vont être revécus sur le mode douloureux de la souffrance. D'abord pris dans le "film" de leurs rôles familiaux et de tous leurs ressentiments, la mère, la sœur, le frère et son épouse tombent successivement les masques et laissent voir l'authenticité de leur être qui révèle combien l'absence de Louis a profondément marqué et conditionné leur vie et donc en creux la force indestructible des liens de famille.
L'aspect spirituel souligné par la présence absence de Louis qui finit par nous parler comme d'au delà de la mort amène celui-ci à revivre son retour chez lui comme "un chemin de croix" à laquelle sa famille le soumet et qu'il accepte.
Le retour du fils prodigue n'aura pas lieu.
Pièce intense . Jeu des comédiens de grande qualité.

LA DISGRACE DE JEAN-SEBASTIEN BACH
Adapté du roman de Jean-François Robin
Sophie Deschamps et Jean-François Robin - Théâtre du Balcon
Mise en scène: Serge Barbuscia - Prix de l'Académie Française en 2002
Comédiens: Nicolas Allwright - Fabien Audusseau – Fabrice Lebert
Soprano: Aurélie Barbuscia
"Ma musique n'est pas une monnaie d'échange, mon œuvre est faite pour le bonheur de tous les hommes pas pour le plaisir d'un seul, fût-il prince…" (J.S.Bach)
A 32 ans, célèbre dans l'Europe entière, Jean-Sébastien Bach est mis aux arrêts par le prince de Weimar.
Pendant 27 jours de détention, Bach reste dans cette prison un homme libre, car il résiste, refuse d'écrire la cantate demandée par celui qu'il considère être un tyran.
Il ne veut pas "être aux ordres". Il n'est pas valet, il ne connaît pas de maître.
Entêtement, fougue, impertinence de sa jeunesse et de son talent, il nous renvoie à la réflexion moderne sur théâtre et politique.
Toutefois, la représentation manque d'allant, la linéarité de la narration de vitalité, le jeu des comédiens d'originalité, d'audace.
Spectacle classique dans le mauvais sens du terme.
LE BAL DE KAFKA de Timothy Daly (Traduit par Michel Lederer)
Théâtre des Halles - Mise en scène: Isabelle Starkier
Comédiens: Sébastien Desjours, Guilaine Londez, Anne Mauberret, Philippe Millat-Carus, Erika Vandelet
Le Bal de Kafka de l'écrivain australien T. Daly, est une comédie réjouissante, grinçante et émouvante à la fois, jubilatoire pour le spectateur qui découvre une lumière originale sur la vie et l'œuvre de Franz Kafka beaucoup moins rébarbatif qu'au lycée!
On navigue avec bonheur entre rêve et réalité, théâtre et écriture, intégration et racines.
Se succèdent des tableaux courts autour d'une table (table familiale, tréteaux du théâtre yiddish, bureau de l'écrivain) étrange et bancale autour de laquelle les personnages de la vie de Kafka, ses fantasmes, voire ses obsessions dansent.
De la famille réelle à la famille théâtrale, aller-retour où dérision, humour, jubilation, sont proches de Woody Allen et de Charlie Chaplin.
On découvre des textes fins, des dialogues incisifs.
Sébastien Desjours est stupéfiant en Kafka: l'immense solitude de Franz le protège à peine du père autoritaire, de la mère dépassée, de la sœur rebelle et d'une fiancée coincée et de sa famille rêvée (les acteurs du théâtre yiddish).
La mise en scène est décapante. Humour, tendresse, regard déformant mais salutaire sur le monde.: on n'a qu'une envie, dire: "Bravo!".
MACONDO de Gabriel Garcia Marquez - Théâtre "Chien qui fume"
Adaptation et mise en scène: Sarkis Tcheumlekdjian
Interprètes: Déborah Lamy, Catherine Vial , Magali Albespy
Le diptyque est un coup de projecteur porté sur l'ensemble des sept nouvelles qui ponctuent le recueil "L'incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique".
Deux conteuses retranchées dans le désert près d'une barque échouée retiennent prisonnières la jeune Erendira frappée d'un profond sommeil. C'est dans ce contexte que commence le diptyque.
Après Erendira: coup de cœur du jury de la presse 2008, Macondo: Chroniques d'un village imaginé.
Il s'agit de l'adaptation des nouvelles " Le noyé le plus beau du monde" et "Un monsieur très vieux avec des ailes immenses".
Une heure de ravissement. La poésie pure est là, évidente, sur le plateau. Deux comédiennes statufiées, au costume délirant, (un chaos de cravates multiples comme jupes, bijoux extravagants), un "look" digne de la haute couture! Forte présence corporelle de ces deux femmes bohémiennes qui racontent des épopées merveilleuses où nous ne savons plus distinguer le réel du fantastique, de l'imaginaire.
Le texte est d'autant plus époustouflant qu'il est servi de façon énergique dans une mise en scène d'une juste sobriété.
C'est du théâtre comme nous aimerions en voir encore et encore…
MOTOBECANE - Ecrit par Bernard Crombey d'après "Le Ravisseur" de Paul Savatier - Théâtre du Petit Chien
Mise en scène: Bernard Crombey et Catherine Maignan
Comédien: Bernard Crombey
"El tiot Victor" surnommé "Motobécane" sillonne les routes de Picardie sur sa mobylette bleue. Amandine, huit ans, surgit sur sa route et va bouleverser sa vie.
La confession de ce paysan, dans le patois si fort de cette région, va donner lieu à un monologue bouleversant.
La magie du verbe et de la profération par l'immense acteur qu'est Bernard Crombey, donne un sacré choc.
L'homme est un cœur simple mais grand. Son phrasé semble remonter du temps et de la terre. Le spectacle est tellement exemplaire du point de vue théâtral qu'un spectateur (ingénu!) a pu lui demander s'il parlait tout le temps comme ça!! Il faut dire que Bernard Crombey impose son art très subtil en toute modestie. Outre le parler, le langage du corps est tel qu'on ne peut pas l'imaginer autrement qu'en paysan picard solitaire, frustré, mais âpre à lutter pour garder sa dignité. Petites gens, petites vies, petites violences à la campagne, mais du grand art. Poignante histoire d'amour étrange et tendre.
Si vous ne deviez choisir qu'un seul spectacle du "Off", n'hésitez pas: optez pour celui-ci.
La pureté et l'ingénuité de ce texte sont bouleversantes.
La scénographie est très belle: Comment rester insensible à la tendresse et à l'authenticité du pays de cet homme; comment ne pas ressentir la poésie et la générosité de cette tragédie humaine?
Je m'arrête là car devant tant d'éloges, vous pourriez penser que je suis payée par la production !
STABAT MATER FURIOSA de Jean-Pierre Siméon
Mise en scène Yves Lenoir
Musique composée et jouée par Patricia Dallio
Comédienne: Catriona Morrison
Stabat Mater Furiosa est-elle une objection de conscience contre l'homme de guerre?
Jean-Pierre Siméon prévient: "Il ne peut y avoir d'équivoque: l'adresse est clairement aux spectateurs à qui la comédienne fait face. La dureté de l'invective ne peut-être une objection:il y a là nulle injustice, chacun étant un jour ou l'autre, par action, par pensée, ou par omission, le Dieu de la Guerre.".
Dans un duo virtuose, la comédienne et la musicienne se tiennent debout parmi les spectateurs sur le plateau. Le texte est hallucinant et subversif. Stabat Mater Furiosa est l'histoire d'une femme qui se tient debout et refuse de comprendre. Elle pousse un cri violent contre la guerre, contre l'homme de guerre . "Non pas un cri qui comble le silence sur les ruines mais qui accuse le vide.".
Dans la teneur tragique des tentations inutiles, elle fait encore pari sur la vie et affirme dans un ultime chant d'espoir une rémission possible.
Le texte engage l'être physiquement. Les deux interprètes s'y adonnent totalement: le duo virtuose est proche de la transe. Soutenue par un beat quasi permanent qui fait songer à une marche en avant irrépressible, la partition s'organise avant d'exulter dans un moment édifiant et harmonique.
La chair du texte apparaît crue, cinglante, provocatrice jusque dans le corps de la comédienne et les rythmes effrénés qui surgissent en live des machines.
Pour la petite histoire sachez que c'est à ce moment là que la comédienne m'a invitée à venir avec elle sous les sunligts.
L'instant de surprise passé, je me suis retrouvée à danser avec elle, façon rave.
A la sortie, une jeune femme m'a demandé si j'étais comédienne!
Quand je vous disais qu'Avignon vous réserve des surprises…!
"VOUS PLAISANTEZ MONSIEUR TANNER" d'après le roman de Jean-Paul Dubois
Adaptation et Mise en scène: David Teysseyre
Comédien: Roch-Antoine Albaladejo - Théâtre Buffon
Récit véridique d'un chantier, chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, "Vous plaisantez Monsieur Tanner" est une comédie.
Paul Tanner menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé de la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous…,tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible.
L'interprétation brillante, la mise en scène intelligente font que d'un bout à l'autre, j'ai pleuré de rire.
Les dialogues sont réjouissants, les métaphores percutantes.
"La mise en scène extraordinairement tonique, l'acteur supersonique": ce sont les propos de l'auteur à propos du spectacle.
L'humour est noir, mais combien salvateur. Une vraie réussite: Courez-y vite! |