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Le décor est planté : un feu de bois dont la flamme brûle doucement, des voiles tendues en fond de scène, un grillon qui nous accueille en fond sonore. Nous sommes bien avec Hugues Aufray et le voici d’ailleurs qui arrive avec ses sept musiciens, dans un halo de lumière aux couleurs du feu de bois.
Déjà, le public qui a empli à craquer la salle du théâtre Galli de Sanary est sous le charme et applaudit le baroudeur superbe qui fait son entrée en nous expliquant que ce feu de bois est une idée de Coluche : « Lorsqu’on évoque Hugues Aufray, on voit aussitôt le feu de bois », aurait-il dit un soir en conseillant plus tard à Hugues d’en faire un symbole sur scène. Voilà donc qui est fait et un hommage à un ami « qui est parti sans dire au revoir » est un bon début à ce concert en deux parties que Hugues va nous offrir.
Des tubes, des succès ? Vous en voulez ? Il en a à revendre, le bougre et comme ce public fidèle est venu pour ça, il ne s’en prive pas et va les aligner l’un après l’autre en racontant à chaque fois une anecdote, drôle, émouvante et bien soutenu par un orchestre de première qualité.
Le théâtre Galli se prête au rapprochement, à l’intimité, et, à la chaleur de ce feu de bois, Hugues raconte, se confie, chante et l’on est totalement sous le charme.
Après un entracte où le feu s’est consumé, revoici l’équipe, debout cette fois pour nous offrir quelques très belles nouvelles chansons « Troubadour, gitan, mariachi », « La ballade de Christian », « Petit prince, petit frère » (sur une musique de Monsieur Clint Eastwood s’il vous plaît !), « Du côté des Mohicans », « Ensemble on est moins seul » et bien sûr, encore et encore des anciennes chansons pour – presque – finir sur « Santiano » qui soulève un public en liesse qui le chantera de bout en bout avec lui. Petit retour pour une ballade dédiée à Dieu… s’il nous écoute et notre troubadour s’en va sur d’autres routes.
Que de charme, que de nostalgie, que de bonheur de retrouver cet homme-orchestre inchangé malgré ses cheveux blancs, avec des chansons qui ont traversé le temps et n’ont pas pris une ride qu’il chante avec amour et simplicité et ne faisant qu’un avec un public heureux qui lui fait une ovation.
Quelques minutes après, comme promis au téléphone, il me reçoit dans sa loge en toute simplicité pour faire une photo « pour vous faire plaisir car je déteste ça » me précise-t-il ! Mais ça aussi, ça fait partie de sa gentillesse et c’est un grand talent que de rester simple dans ce show biz qui tourne bien des têtes.
Voici donc cette interview promise et encore merci pour tout, Hugues !

Il y a fort longtemps, Hugues, que vous n’avez eu une actualité aussi forte !
C’est vrai mais vous savez, je suis un curieux mélange de courage et de paresse et la seule chose qui, pour moi, n’est pas un travail, c’est de chanter. J’aime la scène, je pars avec des copains musiciens qui sont là depuis des années, j’ai ma guitare, je chante, je mange, je rigole avec eux… Ca, c’est ma vraie vie.
Après, il faut écrire et ça, c’est le boulot. Je me retrouve seul à une table, devant une feuille blanche et ce n’est plus pareil car on est face à soi-même… Et là, j’avoue que je deviens assez paresseux. Autant j’adore les travaux de ferme, couper les arbres, marcher dans la boue, monter un mur, autant je déteste le travail de réflexion solitaire et j’ai du mal à m’y mettre. Et donc, écrire des chansons et un livre… ça c’est du boulot !

Chanter… vous n’avez jamais cessé de le faire !
Ca fait 50 ans que je suis sur la route et devant un public fidèle qui a toujours été là. Je n’ai pas eu, comme on l’a souvent écrit, de traversée du désert car je n’ai jamais cessé de faire des galas. Le désert a surtout été médiatique puisque la radio et le télé ne m’ont plus programmé durant des années, sauf pour passer mes anciens succès. Il faut savoir que, de 1980 à 2005, je suis resté sans maison de disques… C’est gigantesque et surtout incroyable d’exister encore !

Pourquoi tant de temps ?
Parce que, lorsque ma maison de disques a décidé de ne plus me produire parce que je n’étais pas assez vendeur, je me suis dit que j’allais moi-même me produire. Ce que j’ai fait, en toute discrétion hélas car lorsque vous arrivez dans une radio sans un label derrière, on ne vous écoute même pas, même lorsque vous avez accumulé des succès pendant des années ! C’est le métier qui est comme ça ! Et je pensais pouvoir tout faire moi-même. Je l’ai donc fait avec tous les problèmes que ça implique. Mais je n’accuse personne de cet état de chose, de mes faillites, de mes erreurs. J’ai souvent eu affaire à des fripons mais c’est la faute à ma naïveté, à ma confiance. Je n’accuse personne. Il faut savoir être responsable de soi-même et voir la vérité en face. J’ai toujours été du côté de la vérité.

Aujourd’hui, la traversée solitaire c’est donc fini ?
Oui, grâce à Johnny qui y a mis fin, qui m’a poussé à entrer chez Mercury avec tout ce que cela implique de commercial, de communication, d’efficacité. Du coup, je ressors de ma boîte, je me réveille au monde et c’est ce qui m’a décidé à appuyer sur l’accélérateur. Se produire tout seul c’est beaucoup de risques et de travail et ça prend beaucoup de temps. Aujourd’hui j’ai plus de temps pour moi et je peux faire ce que j’aime. Car maintenant, je vais m’attaquer à tout ce que je n’ai pas fait dans ma vie !
2008 sera mon année, je le sens , je le sais !

C’est à dire ?
Revenir ainsi, m’a donné une audace que je n’avais pas ou que j’avais perdue. En mai, je ferai l’Olympia et le Palais des Sports et aujourd’hui, je commence à penser à une tournée des Zénith… Pourquoi pas ? Pascal Bernardin, mon producteur (Fils du créateur du Crazy Horse) avec qui j’ai fait le disque de Dylan, m’épaule et me pousse aussi à faire des choses qui sortent de l’ordinaire. J’ai fait le festival des Vieilles Charrues en remplacement d’Adamo qui était malade. Bien sûr, il y a eu du monde mais aujourd’hui, je voudrais le faire en y étant annoncé et pas en remplaçant ! Vous savez, j’ai 50 ans de carrière mais il y a encore plein de choses que je n’ai pas encore faites.
Dont écrire vos mémoires !

Ce livre « Droit dans mes santiags » (Ed Didier Carpentier) est vraiment un album superbe dont on attend déjà la suite avec impatience ! Dans quel état d’esprit l’avez-vous fait ?
Bizarrement, ça a surtout été difficile techniquement parlant, car je suis fils de parents divorcés, il y a eu la guerre, avec ma mère, nous vivions au jour le jour et lorsque je me suis marié, je n’avais rien, pas même une valise de souvenirs, de photos de jeunesse. J’ai donc dû, au fil des ans, recomposer ma vie en glanant chez des amis, des cousins, des photos que je faisais refaire au fur et à mesure. Ca a été un travail de tout le temps. J’ai ainsi accumulé pêle-mêle des photos, des documents, des anecdotes que je mettais en désordre dans une malle et dont il fallait retrouver les lieux et les dates. C’est 50 ans de travail.
Et si j’ai accepté de faire ce livre c’est pour deux raisons : pour le public qui me suis et est resté fidèle contre vents et marées et pour ma famille car en fait, j’ai toujours été un homme déraciné, qui avait tout perdu et qui a dû se refaire des points d’ancrage. Et c’est pour ça qu’un jour j’ai acheté une terre, j’y ai construit ma maison et replanté mon arbre généalogique.
Aujourd’hui ma fille vit aux USA et ma petite-fille est entomologiste. Mais elles savent qu’elles ont leurs racines quelque part en France. D’ailleurs, ma petite-fille qui s’est spécialisée dans les abeilles, va certainement revenir travailler chez nous. C’est pour tout cela mais aussi pour rendre hommage à ma mère qui était une femme forte et qui a emporté son nom avec elle.
A propos de nom, pourquoi avoir enlevé un F à votre vrai nom ?
Ca n’a pas été voulu. C’est la faute à un typographe qui, en composant l’article, a oublié un F. Il est donc sorti ainsi et comme c’était mon premier article, j’ai décidé que ce serait mon nom !

Parlons un peu de ce nouveau disque et de ce jeu de mots puisque vous l’avez intitulé « Hugh ! » (Mercury)
N’oubliez pas le point d’exclamation car c’est le salut indien. Enfin, c’est surtout une onomatopée issue d’une B.D, tirée d’un idiot d’indien ! Mais c’est un salut ouvert, pacifique. Un salut qui s’adresse à tous les marginaux à la recherche d’une identité, qui font la route sans trop savoir où ils vont. Je suis comme eux et si je ne suis pas le dernier des Mohicans – ce serait prétentieux de ma part ! – je suis un de ces derniers errants qui ont longtemps cherché leur identité sur la route ».

La route, Hugues la connaît par cœur puisqu’il y a passé l’essentiel de sa vie. Mais aujourd’hui qu’il revient en pleine lumière, toujours plus beau et plus serein que jamais, peut-être posera-t-il un peu plus souvent ses valises dans cette Ardèche où il a replanté ses racines et son arbre généalogique. Un Ardéchois « cœur fidèle » qui peut être fier de sa vie de nomade et qui a encore tant de choses à vivre.
Il y a fort longtemps que je n’avais plus eu l’occasion de rencontrer Hugues et ce fut un vrai plaisir que de reprendre le fil d’une conversation épisodique qui dure depuis 40 ans… Les temps changent, a-t-il écrit, mais la sincérité, le talent, l’honnêteté, la vérité restent chez lui des valeurs sûres.
Hugh ! Hugues… Hasta Luego… A bientôt si Dieu le veut !

Jacques Brachet

© 2005 Evasion Mag