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SORTIR A CANNES : ARNO LE REBELLE

« Sortir à Cannes » affiche encore cette année une saison riche et variée en nous proposant plus de 50 spectacles autour de la danse, de la musique et du théâtre. C'est dans ce cadre que nous avons enfin assisté au concert d'Arno, celui-ci avait été programmé deux fois déjà mais s'était désengagé au dernier moment laissant les aficionados sur leur faim.
Les cannois avaient cependant pu l'apprécier, il y a deux ans au Festival de Cannes, sous sa casquette d'acteur, dans le film de Martine Doyen, Koma (sélectionné par la S.I.C. et sorti en salles en mai 2007). Ce long métrage aussi atypique que le personnage et l'acteur principal relate la rencontre entre un mythomane et une amnésique....
Mais ce samedi 13 octobre, Arno nous offraient ses talents de chanteur, rassemblant ainsi, à la salle La Licorne de Cannes La Bocca, un public varié et chaleureux.
De son vrai nom Arnaud Charles Ernest Hintjens, ce chanteur évolue depuis une trentaine d'années sur la scène musicale belge et française : d'abord au sein des groupes de rock tels que T.C. Matic, Freckle Face ou du groupe de blues acoustique Charles & Les Lulu ; il entame ensuite à partir de 1986 une carrière solo, ce qui le mène à produire une quinzaine d'albums sous son nom et à recevoir en 1996 le prix belge du meilleur chanteur de l'année.
Ne connaissant auparavant Arno qu'assez vaguement, le concert nous a agréablement surpris.
La violence expressive qui se dégageait de la scène pouvait, dans un premier moment, dérouter l'auditoire pour ensuite mieux le conquérir. De toute évidence, Arno s'implique à 100% lorsqu'il chante. Il rappelle un peu Brel, notamment au niveau de son jeu de scène : une certaine dramatisation aussi bien dans les gestes que dans les expressions du visage. D'autre part, la voix rocailleuse alliée à l'accent belge ne sont pas sans charme et accentuent la singularité. L'autre attrait chez Arno réside dans la combinaison de la chanson traditionnelle avec une matière sonore rock tout à fait contemporaine. Coutumier de la reprise de certains standards de la chanson française, il revisita de manière intelligente et sensible « La Fille du bord de mer » d'Adamo, en guise de bis. Il enflamma également l'auditoire avec son interprétation énergique d'un titre du groupe irlandais The Pogues. Le duo voix / piano ( « Les yeux de ma mère ») constitua un autre moment fort du concert et émut plus d'un spectateur. La plupart des autres titres que l'on a pu apprécier figurent sur le dernier album : « Jus de boxe » qui a occasionné cette tournée. Pour cette occasion, quatre musiciens de qualité entourent Arno ; saluons ainsi l'efficacité de la section rythmique avec Sam Gysel à la batterie et Mirko Banovic à la basse, les audaces du guitariste, Geoffrey Burton, et le touché tout en finesse de Serge Feys (claviers mais aussi accordéon sur le bis).
Autre fait notoire : Arno utilise l'anglais et le français à l'intérieur d'une même chanson, il lui arrive parfois d'ajouter une troisième langue : l'ostendais (dialecte flamand), sa langue maternelle. Ce côté polyglotte rend compte de la conscience européenne du chanteur et de cet anti-localisme qu'il proclame souvent dans ses interviews ; d'ailleurs la chanson assez revendicative « Putain... Putain... » (issue du répertoire de T.C. Matic) y fait référence en scandant le leitmotiv « nous sommes quand même tous des européens ». Un autre moment du concert témoigna d'un certain engagement de la part du chanteur lorsque celui-ci dédia une chanson « aux gens de Bagdad et de Birmanie ». On se souvient aussi qu'en octobre dernier, il organisa un événement où il manifestait sa volonté de mobiliser l'opinion pour plus de Tolérance...
On retiendra donc de ce concert que derrière l'exubérance, la désinvolture se cachent une humanité profonde. Si ces chansons flirtent avec la dérision, elles sont pétries d'expérience de vie et ne laissent pas indifférent. Arno parvient véritablement à nous transmettre ce qui l'habite, ses émotions comme ses enchantements et désenchantements les plus vifs...
Un artiste à découvrir ou à redécouvrir

http://www.arno.be/
Géraldine Martin

© 2005 Evasion Mag