RICHARD ANTHONY... LA BELLE AVENTURE D'AGE TENDRE

Durant les trois ans où il fut la véritable « vedette » de la tournée « Age Tendre et Têtes de Bois », je n’ai jamais pu « coincer » Richard Anthony ne serait-ce que pour une interview de quelques minutes. Il y avait toujours une excuse ou un contretemps.
J’avais finalement renoncé à ma rencontre avec le recordman de tubes et de ventes de disques de ces fameuses années « yé yé ».
Et voici qu’il s’annonce sur la Fête du Livre de Toulon avec sa biographie « Quand on choisit la liberté » (Ed Florent Massot). Et c’est confortablement installés dans un petit restaurant intimiste que je peux enfin le rencontrer. Il m’avoue que c’est son premier salon du livre, que je ferai sa première interview et que son premier livre dédicacé… c’est le mien !
Se remettant doucement d’une grave maladie et de deux mois d’hôpital, il découvre le monde du livre avec curiosité mais aussi quelque appréhension :
« Je suis pris entre deux sentiments : la joie de sortir de ma petit bulle du show biz où, avouons-le, les conversations volent souvent bas, où l’on ne parle que de hit parade et de nos anecdotes cent fois répétées et d’un autre côté, je me sens tout petit et pas vraiment à ma place entre tous ces beaux écrivains qui ont des conversations plus élevées. A 73 ans, c’est quand même formidable !
C’est une expérience nouvelle, palpitante et effrayante !
Tout d’abord, Richard, des nouvelles de votre santé ?
J’essaie tout doucement de me remettre sur pied de cette expérience passionnante mais oh combien épuisante qu’a été cette aventure « Age Tendre ». Car c’est toute cette fatigue accumulée, tout ce stress qui font que j’ai dû arrêter, parfaitement épuisé.
Expérience fatigante mais tout de même belle aventure ?
Ah mais bien sûr et oh combien !
Retrouver tous ces copains de jeunesse comme Frank Alamo, Nancy Holloway, Pascal Danel, qui a fait sa première tournée avec moi, François Deguelt qui a démarré en même temps que moi en 58…
Et puis, ça fait chaud au cœur de retrouver ces milliers de gens, fidèles, heureux, qui ne vous ont pas oublié, qui chantent avec nous des chansons qu’il connaissent par cœur, qui ressentent la joie et l’émotion que nous avons et que nous partageons !
Alors, que s’est-il passé ?
J’ai ressenti la fatigue venir mais je ne voulais pas arrêter. Je suis resté tant que j’ai pu mais le problème c’est que les journées sont longues et fatigantes : on doit jouer deux fois dans la journée. Je passais à 17h30 et le soir, je terminais vers 1 heure. Entre temps, l’adrénaline ne redescend pas, on ne peut pas vraiment se reposer ni dormir… C’est finalement plus fatigant qu’un concert.
Mais pas de regret ?
Ah non ! Retrouver ainsi le public 50 ans après, l’entendre chanter avec nous, c’est quelque chose de très émouvant. Nous avons en commun notre jeunesse, nos souvenirs, nous avons grandi et vieilli ensemble.
Et pour ces gens, retrouver le chanteur en chair et en os c’est un moment magique… même si nos physiques se sont quelque peu transformés !

Vous venez d’écrire cette biographie mais voici quelques années, vous en aviez déjà sorti une intitulée « Il faut croire aux étoiles ».
C’est vrai mais il y a eu des problèmes avec cette première version. Mon éditeur voulait à tout prix que je parle de certains chanteurs pour que le livre se vende mieux. Je l’ai fait contraint et forcé mais une fois écrit, j’ai voulu enlever certains passages. Il n’a pas voulu. Du coup, je n’ai pas fait de promo et le livre est passé quasiment inaperçu.
Et celui-ci ?
Un éditeur est venu me demander de l’écrire. Comme je me remettais de mon opération et que je ne voulais pas rester sans rien faire j’ai dit oui à condition de rester maître du jeu. Bien sûr, il y a des recoupements avec le premier mais j’ai vraiment écrit ce que je voulais, j’ai fait quelques mises au point et il est aussi un peu plus axé sur mes chansons, ma discographie, même si ma vie privée est intimement liée à mon métier.
J’aurais aimé ajouter un CD à l’intérieur mais l’éditeur a voulu le sortir assez vite et ça n’a pas pu se faire.
Mais cela a été facile et passionnant à faire… Et c’est moi qui tout écrit !
Ca vous a donné envie d’écrire d’autres livres ?
Non, tout d’abord parce que je ne suis pas écrivain et que je ne vais pas ressasser toutes les anecdotes cent fois racontées. Ce n’est pas mon métier et ma véritable passion reste la musique. C’est là qu’est mon principal intérêt.
Alors, pour la scène, je crois qu’il faudra attendre un bout de temps mais je reviens à la musique par disque interposé.
Il y a donc un disque en préparation ?
Oui. J’avais déjà commencé à y penser avant la maladie. Je m’y remets donc.
On peut en parler ?
Bien sûr. J’ai retrouvé des titres qui dormaient dans un tiroir, des chansons jamais enregistrées mais d’autres aussi sous forme de maquettes qui n’avaient pu s’insérer sur un disque et que je vais retravailler. Il y aura de toutes nouvelles chansons mais aussi des adaptations sur des musiques que j’aime particulièrement, comme je l’ai souvent fait.
Savez-vous combien vous avez enregistré de chansons ?
Ca doit tourner autour de 500, sans compter tous les enregistrements étrangers que j’ai fait dans tous les pays du monde où je suis passé !
Vous avez été l’un des plus gros vendeurs de disques, coiffant souvent votre concurrent direct Johnny Hallyday !
C’est vrai mais Johnny est, lui, devenu ce qu’il est parce qu’il est un immense homme de scène, qu’il a une stature et une façon de se mouvoir que je n’ai jamais eue. Physiquement, « Le Tino Rossi du rock », comme on m’appelait alors, ne pouvait pas lutter contre le Dieu du rock ! Mais côté vente de disques, c’est vrai, je l’ai souvent battu… en toute amitié d’ailleurs car, malgré tout ce qu’on écrivait sur nous, nous avons toujours été amis. Et nous le sommes toujours.
Qu’on se le dise ! »
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Evelyne Arnaud |