MARCEL AMONT... PLUS JEUNE QUE LES SIXTIES !
Il traverse les décennies comme l’amie Annie Cordy, avec une pêcha d’enfer. Les années glissent sur lui, il est toujours beau, svelte, ses cheveux sont blancs depuis si longtemps qu’ils font partie de cette silhouette longiligne qui devient, sur scène, un de ses atouts. D’autant qu’ils saute, danse et virevolte comme lorsqu’on l’a connu voilà…plus de 50 ans !!!
Il fait tellement partie de notre beau paysage de la chanson française que même nos grands parents parlent de lui. Lui, il rigole et à chaque concert de la tournée « Age tendre et têtes de bois », il fait un malheur, tout comme notre Nini nationale, tout comme « les jeunots » que sont Herbert Léonard ou Catherine Lara !
Je le retrouve dans sa loge où il s’est concocté un frugal repas avant de se reposer entre les deux concerts :
« Condition sine qua non pour faire la tournée… Ordre de mon médecin après une petite alerte cardiaque… Mais rassurez-vous, tout va bien ! »
Il est disert, volubile et très heureux de se retrouver avec ceux qui ont, avec l’arrivé du yéyé, essayé de déboulonner les valeurs sûres d’alors qu’étaient Annie, lui et quelques autres… et qui n’y sont pas vraiment arrivé… La preuve !
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« Marcel, comment vous retrouve-t-on sur une tournée, au départ consacrée au « yéyé » qui ont essayé de vous pousser dehors alors que vous étiez vedette bien avant eux ?
Moi je trouve ça très amusant que l’on se retrouve aujourd’hui sur un même programme… C’est un clin d’œil du destin !
Mais les organisateurs on eu un « pif » pas possible, d’autant qu’au départ, peu de gens croyaient à cette improbable tournée et qu’aujourd’hui c’est le spectacle qui ramène le plus de public, ce qui est incroyable en soi ! Ce qui me fait rire c’est lorsque j’entends des gens dire : « Oh la la… il a pris un sacré coup de vieux, celui-là » ! Mais finalement c’est le principe même de cette tournée : que sont-ils devenus ? comment sont-ils ? faire entendre aux gens les chansons de leur jeunesse. Sans compter que ce qui disent ça ont pris le même coup de vieux que nous !
Mais pourquoi vous ?
Et pourquoi pas moi ? Michel Algay, le créateur du concept m’a proposé ça parce qu’il voulait élargir son spectacle au départ simplement basé sur les années 60. Du coup Annie et moi sommes arrivés, alors qu’on a passé les 80 ans et d’autres comme Herbert Léonard ou Catherine Lara, s’y sont ajoutés alors qu’ils sont arrivés bien après les années 60. Et ça donne un beau panel où plusieurs gnérations se retrouvent avec leurs 20 ans !
Vous avez commencé quand, exactement ?
Je suis « monté » à Paris en 51. J’avais un peu plus de 20 ans et je me destinais à un métier « honorable », quelque chose comme enseignant . Mais très vite j’ai l’appel du théâtre puis de la musique et à 20 ans on me voyait plus sur les planches du conservatoire que sur les bancs de la fac. J’ai donc décidé de quitter Bordeaux où il ne se passait à cette époque et de tenter Paris. J’ai eu quelques années un peu dures mais j’ai commencé à percer en 56, date de mon premier Olympia, et je suis vraiment devenu une vedette reconnue avec quelques tubes (qu’on appelait alors succès populaires !)… en 60 ! Voyez, on n’en est pas si loin. Et voyez pourquoi aujourd’hui ça me fait drôle de chanter aux côtés de ceux qui nous ont chassés !
En 60, je n’avais quand même que 30 ans mais avec leur arrivée j’ait fait office de « vieux briscard » ! Tout est relatif !
Et aujourd’hui, que ce soit dans cette loge ou sur scène, vous paraissez l’un des plus jeunes… Comment faites-vous ?
J’ai toujours fait attention à ma santé, à ma façon de vivre, de boire et de manger, à entretenir mon corps. Sans une certaine hygiène de vie, on ne tient pas longtemps dans ce métier et lorsque vous dites cela de moi ou d’Annie, ça prouve qu’il n’y a pas de secret ! Je ne citerai personne mais lorsque je vois comment, sur cette tournée, certains se bâfrent et boivent, je me dis que certains n’arriveront à faire ce qu’on fait à notre âge !
Que pensez-vous du métier aujourd’hui ?
Il a complètement changé, c’est évident et je doute que nombre de tous ces chanteurs qui fleurissent en ce moment fassent de longues carrières Il y a une grande partie d’entre eux qui sont interchangeables et donc, ceux qui s’en sortiront, sont ceux qui ont une réelle personnalité, un réel talent. Il faut savoir que dans ce métier il n’y a pas de place pour tout le monde et qu’on ne peut pas lancer un chanteur comme un produit ménager, ce qui est aujourd’hui souvent le cas.
J’ai quatre enfants dont le plus jeune a 26 ans. Il veut faire de la musique et, si je ne l’en empêcherai jamais, je lui dis : « Sois sûr de ton coup » sinon, tu rejoindras le banc des oubliés.
Vous n’avez jamais arrêté ce métier ?
Non, jamais et j’ai eu du bol car, lorsque les contrats se sont mis à se faire rares en France, j’allais chanter en Allemagne, en Italie et beaucoup plus loin car je chante en huit langues. J’ai animé des émissions et fait beaucoup de galas et de disques ailleurs. J’ai beaucoup parcouru la plante. Même aux jours les plus difficiles, j’ai pu résister et subsister avec ce métier. Je n’ai jamais arrêté de vivre de la chansonnette et puis, j’avais un autre violon d’Ingres : écrire. J’ai toujours écrit des chansons, des textes, des livres, même si je ne me considère pas comme un écrivain. Si je n’avais pas chanté j’aurais peut-être pu être écrivain ou journaliste.
A ce propos, alors que c’est la mode, on n’a pas encore vu sortir votre autobiographie !
Oh la la… J’y suis dessus depuis deux ans et c’est un long travail… C’est que je n’ai pas dix ans de carrière, mon bon monsieur !!! Je dois avoir 2 mètres cubes de doc à compulser !
Lorsqu’il a été question que je fasse mes papiers pour ma retraite et faire valoir mes droits, ma femme a fait des recherches entre disques, programmes, articles de presse, documents divers… Maintenant il faut tout trier. Bien sûr que je ne raconterai pas tout mais… faut trier ! Et que mon éditeur, qui le désirait, ne croit pas que je vais raconter mes galipettes car ce n’est pas mon genre, même sije sais que ça plait au public.
Lorsqu’on vous voit sur scène, on se rend compte de tous les succès que vous avez fait !
Pas tant que ça vous savez. Bon, c’est vrai, j’ai 60 ans de carrière mais peu de grands succès populaires. J’ai sorti mon premier disque à 27 ans et il se trouve que j’ai eu, avec Gainsbourg, le grand prix du disque… sans tube ! le premier « Tout doux, tout doucement » est arrivé après, suivi de quelques-une comme « Bleu, blanc, blond », « Le Mexicain », « Le chapeau de Mireille » que m’a écrit Brassens, « Dans le cœur de ma blonde », « L’amour ça fait passer le temps »…. Je n’ai jamais fait « la chanson qui tue » mais je me suis toujours plus considéré comme un homme de scène. Lorsque j’ai vu Montand pour la première fois, j’ai été sidéré et je me suis dit : C’est ça que je veux faire »
Envisagez-vous de faire un nouveau disque ?
Si je continue à écrire des chansons c’est bien dans ce but mais surtout de pouvoir les chanter sur scène car aujourd’hui, qui achète les disques ? les croulants comme moi qui se rabattent sur leur jeunesse… Le jeune achètent de moins en moins de disques et de plus, il n’iront pas acheter Marcel Amont. Mais mon désir de faire de nouvelles chansons vient du fait que je n’ai pas envie de toujours tourner en rond avec les mêmes succès que je chante depuis des décennies. C’est pour cela que je continuerai certainement pas « Age Tendre » sur la prochaine tournée. Je ne crache pas dans la soupe, je suis très heureux de faire cette tournée mais j’ai besoin d’une autre nourriture et, sinon de remplir des Zéniths de 500 personne, de remplir une petite salle de mille personnes. D’autant que j’ai u n marché avec Michel : si je faisais cette tournée il m’a promis de produire un vrai spectacle sur scène… Donc j’espère qu’il tiendra sa promesse !
Moi, je veux retourner dans un théâtre et non finir ma carrière sur un pot-pourri de quelques succès. C’est mon but ultime.
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photo : Avec le chef d’orchestre Guy Mattéoni
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